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LES TERRES ET LES SELS

Le» minerais chimiques. — Phosphate de chaux, langue. — Le guano, ~r~ttîoo , son emploi. — Le sel marin. — L'alun , le nitre, la , — borax. — Les terres coloi-ntes. — Le soufre et la pyrite de — Utilité des terre? et des sels.

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Les minerais chimiques sont aussi nombreux que variés. Ils composent comme un bataillon d'irréguliers, où entrent tous les produits solides qui u'ont pas pris place dans une des catégories précédentes.

Cependant tous ces minerais, sauf quelques cas exceptionnels, se rangent volontiers dans la famille des terres et des sels des anciens minéralogistes. La langue vulgaire et même la chimie moderne ont respecté heureusement ces vieilles dénominations.

Parmi les terres, nous comprenons d'abord celles qui servent à l'amendement du sol végétal, et que nous avons déjà en partie mentionnées, en parlant des pierres de construction, telles que les terres gypseuses, calcaires, argi-

leuses, marneuses. Après celles-ci viennent des substances de composition plus spéciale, le phosphate de chaux, la tangue, le guano, les terres ammoniacales et alumincuses, toutes substances chères à l'agriculteur, et qui, employées avec discernement, augmentent dans des proportions souvent fabuleuses le rendement du sol nourricier. On dirait que la nature s'est plu à fossiliser tous ces produits, qui ont jadis, pour la plupart, participé de la vie animale, comme si elle avait prévu que l'homme serait contraint un jour de restituer à la terre les sels que les végétaux lui enlèvent. Les produits dont nous parlons semblent être, comme quelques-uns de ceux déjà décrits, des réserves enfouies sous le sol lors des anciennes époques géologiques, et destinées à réapparaître plus tard pour jouer un rôle dans l'économie de ce monde.

Les amendements minéraux, ces terres salines tirées du sol sur un point pour lui être restituées sur un autre, ne manquent pas à notre pays, et dans quelques-uns de nos départements, ceux des Vosges, de la Meuse, des Ardennes, on retire du sol de beaux échantillons de phosphate de chaux en nodules de couleur grisâtre. Ce phosphate provient de mollusques qui vivaient dans les mers françaises en groupes nombreux, alors qu'une partie du territoire était encore recouverte par les eaux. La mer a depuis changé ses limites, mais le géologue peut tracer sur la carte les rivages qu'elle baignait alors, dire quel climat régnait sur ces archipels et combien de milliers de siècles nous séparent de cette enfance de la planète.

Un autre amendement minéral, la tangue, est de formation plus récente que le phosphate de chaux fossile. La tangue est composée de sables et de boues marines, mêlées de débris de coquilles. Elle se dépose encore aujourd'hui dans quelques alluvions de la mer. C'est un bon amende-

ment, surtout si on la mêle au phosphate «le chaux. Eu France, les localités qui bordent la Manche font un grand usage de la tangue, de même qu'en Touraine la plupart des agriculteurs tirent parti àes/aluns, sables coquilliers, calcaires et argileux, déposés aux temps des mers tertiaires. Tous les amendements que nous venons de nommer cèdent le pas au guano. Celui-ci, nous le savons, est un véritable engrais fossile, un fumier minéralisé, déposé vers le commencement de la période que nous avons nommée quaternaire, *-t qui est celle que nous traversons encore aujourd'hui. Le guano s'exploite surtout aux îles Chinchn, voisines de la côte du Pérou {6g. 63, 61 et 65). On en trouve aussi sur la cote bolivienne et au nord du Chili, vers le désert d'Atacama. ainsi que le long du rivage de la basse Californie, enfin dans certaines îles tropicales du Pacifique, de l'océan Indien, de la mer Rouge et de l'Atlantique : mais aucun guano ne l'emporte sur celui des îles Chiucha. Celui-ci a la palme sur tous, et si les autres le snîveut. c'est a une très-grande distance.

Ouel est donc ce produit étrange fait pour dérouter les * minéralogistes, qui ne savent dans quelle famille le ranger? Est-ce un sel. une terre, une pierre? Est-ce un produit animal on minéral? C'est simplement une déjectiou d'oiseaux fossilisée, et renfermant divers sels, par exemple les phosphates de chaux et d'ammoniaque, qui sont pour la terre végétale comme une manne bienfaisante qui en augmente singulièrement la fertilité. Ces produits, qui les a déposes? Nous l'avons déjà dit. Des volatiles marins, tes cormorans, les pélicans, les pingouins, oiseaux avides de poissons, et qui s'en gorgeaient à qui mieux mieux.

Les oiseaux marins d'aujourd'hui opèrent encore comme leurs ancêtres. 11 faut les voir allant en guerre sur les eaux calmes et transparentes du Pacifique. Des chefs me-

nent la bande, qui se déroule comme un immense anneau. Puis la pêche commence. On cerne le poisson, et chaque volatile plonge, happe au passage la sardine et le hareng de l'endroit, et s'en repaî avidement. La bombance finie, la troupe regagne l'île ou le rivage le plus voisin, et là, sur le rocher, silencieuse, recueillie, elle prélude à l'élaboration lente et difficile des produits ingurgités.

Peu à peu, avec le temps, la masse ainsi déposée augmente d'épaisseur. Il se forme comme des couches, des sédiments géologiques au milieu desquels se rencontrent même des fossiles, des oiseaux qui tombent sur place, n'en pouvant plus, et des poissons rendus tout entiers. Le climat du pays aide lui-même à cette précieuse formation. Au Pérou jamais il ne pleut: pas un atome ne se perd du guano déposé jadis ou de celui qui se confectionne encore sous nos yeux.

Nous savons que les Incas, ces premiers maîtres du pays, connaissaient les propriétés fertilisantes du curieux engrais; ils l'employaient dans la culture des terres, et avaient défendu, sous peine de mort, de tuer aucun des oiseaux marins producteurs de guano. Après la conquête du Pérou par Pizarre, l'usage de cet engrais se perdit. Ce n'est que de nos jours que l'on y a de nouveau recouru et avec le plus grand succès. L'emploi en est devenu général. Tout agriculteur veut aujourd'hui user du guano et en réclame impérieusement. De là bien des fraudes et des falsifications. Le Pérou, lui, a tout gagné à l'exploitation de l'utile fumier. Il en tire le plus net de ses revenus, en en fournissant le monde entier. Il y a là une réserve qui pourra durer encore une trentaine d'années, d'autres disent plus, d'autres disent moins. Il faudrait aller soi-même mesurer le tas pour connaître l'exacte vérité.

Les magnifiques plantations du sucre de Cuba, de la

Réunion, de Maurice, ont, par l'emploi du guano, doublé et quadruplé leur rendement. Les pauvres Chinois qui fouillent les gîtes, et les marins qui transportent ce produit à l'odeur trop caractéristique, sont les seuls à s'en plaindre. La poussière fine du guano pénètre les organes et n'est point faite pour les récréer. Est-ce la raison pour laquelle l'engrais péruvien était si mal représenté dans le palais de l'Exposition en 1867? Non, sans, doute, et il en faut voir une autre, celle que nous avons déjà donnée en rappelant l'état de troubles incessants que traversent depuis tant d'années la plupart des républiques de l'Amérique espagnole, troubles qui les éloignent des travaux pacifiques de l'industrie et des fêtes tranquilles du travail.

Après les divers produits dont nous venons de retracer l'histoire, et utiles à un autre point de vue, se présentent les sels proprement dits. A leur tète est le sel gemme, appelé aussi sel marin, sel de cuisine, sel commun. C'est le sel par excellence, indispensable à l'agriculture, à l'élève du bétail, à la préparation des aliments. D'anciennes mers, d'anciens lacs salés l'ont déposé sous le sol, en couches, en amas, dans nombre de formations géologiques. Il y a aussi des sources salées souterraines que souvent va chercher la sonde, de sorte qu'une grande partie du sel consommé aujourd'hui vient autant des mers d'autrefois que des mers actuelles. Le sel souterrain est le sel gemme, le sel de pierre proprement dit. L'Espagne en possède de très-belles mines à Cardone, au pied des Pyrénées. L'Autriche offre de non moins célèbres gisements à Wieliczka, en Gallicie '.

L'Egypte renferme aussi des dépôts de sel gemme, ceux

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