I. Ces mines ont été récemment envahies par les eaux (186S
la plus grande partie de l'alun consommé en Europe, mais la Toscane en fournit aussi une bonne part, et ses gîtes de Montioni, voisins du littoral tyrrhénien, sont non moins réputés que ceux de la Tolfa.
Après l'alun, disons un mot du nitre, ainsi qu'on nomme vulgairement le nitrate ou azotate de soude. Celui-ci est livré principalement par le Pérou. Cousin germain du salpêtre ou nitrate de potasse, il sert dans la fabrication des acides azotique et sulfurique (eau-forte, huile de vitriol). On pourrait aussi l'employer dans la fabrication de la poudre, mais il rend celle-ci brisante, c'est-à-dire qu'elle fait éclater les armes.
Au Pérou, on extrait le nitre par un simple lessivage
i sables qui le contiennent, et les navires de commerce
;nnent le charger au port d'Iquique, si tristement visité, îe tant d'autres ports du Pacifique, par le fameux ement de terre de 18G8.
Le natron de l'Inde et de l'Egypte est analogue au nitre péruvien et se retire, par évaporation, de l'eau de certaius lacs.
Plus difficile est l'exploitation des soudes naturelles d'Espagne, qu'on rencontre principalement dans les collines d'Aranjtiez, non loin de Madrid, en amas parfois cristallisés ou en grains répandus au milieu des argiles. Il faut lessiver ces terres, faire cristalliser les sels. On obtient ainsi des carbonates de soude naturels, qui font concurrence aux sels sodiques qu'on fabrique artificiellement avec le calcaire, le sel marin et le charbon, ou qu'on retire des cendres des végétaux marins. On sait que les sels de soude sont indispensables à la production du savon.
Quant au borax ou borate de soude, on le sépare des eaux, des boues de quelques lacs. On cite le borax du Thibet, et depuis quelques années celui de Californie, re—
tiré du célèbre lac de Borax du comté de Lake. Le borax de Californie a fait à celui de l'Inde une concurrence victorieuse.
Il faut terminer cette revue rapide des terres et des sels par quelques produits dont il n'a pas été question, tels que les terres colorantes, employées surtout dans la peinture et la teinture. La plupart sont à base métallique et rentrent dans la famille des minerais proprement dits. Les terres de Sienne et de Cologne ne sont autres que des minerais de fer oxydé, de même composition que celui représenté planche I, figure 1 , et les cendres bleue et verte, des minerais de cuivre carbonates, azurite, malachite (pi. I, 4 et 5); le vermillon n'est que du sulfure de mercure (pi. I, 8) ; le minium, appelé par les peintres rouge de brique ou de saturne, n'est qu'un oxyde de plomb.
N'oublions pas non plus, avant de clore cette nomenclature, le soufre, soit qu'il se présente à l'état cristallisé (pi. VI, 7) ou à l'état terreux, pulvérulent, comme dans la plupart des solfatares, notamment celles de Sicile , du Napolitain , de la Romagne , et celles de Californie, de la Guadeloupe, etc., soit qu'il s'offre à l'état métallique, comme dans la pyrite de fer. Nos fabriques de produits chimiques ont eu l'heureuse idée d'utiliser ce dernier minerai, à une époque assez rapprochée de nous, où les soufrières de Sicile paraissaient devoir nous être fermées. Depuis lors l'emploi des pyrites s'est de plus en plus répandu ; des gîtes que l'on regardait comme inexploitables ont révélé tous leurs trésors; et dans ce fait, comme en beaucoup d'autres, on a vu le progrès surmonter tous les obstacles, et l'esprit de recherche créer à l'industrie des ressources nouvelles, inattendues, inépuisables, quand la ruine paraissait certaine. Témoins les succès obtenus par tous ceux de nos fabricants
de produits chimiques qui consomment aujourd'hui des pyrites. Ne jamais désespérer, tel devrait être, à notre époque, l'adage des industriels, au milieu des transformations incessantes que les nécessités du temps leur imposent.
Les produits que nous venons de passer en revue ont fait en partie la chimie et surtout la fabrication chimique moderne. La plupart de nos manufacturiers leur doivent la fortune qu'ils ont acquise, et c'est en même temps dans l'étude attentive de ces produits que les savants de laboratoire ont puisé la plus grande partie de leurs connaissances. C'est ici surtout qu'ils ont appris à refaire de toutes pièces, et souvent avec avantage, les productions de la nature. Nous venons d'en donner des exemples à propos de la fabrication de la soude artificielle et du soufre qu'on extrait des pyrites. Le sel qu'on retire des eaux de la mer, l'alun artificiel, le sulfate d'alumine, qu'on dégage des terres alumineuses, la soude, la potasse, qu'on lessive dans les cendres des végétaux, sont autant d'autres preuves qui viennent à l'appui de notre théorie. Tout se tient donc ici-bas. et le manteau qui recouvre notre planète offre dans les terres et les sels, dans ce que nous prendrions volontiers pour les scories, les impuretés du globe, tout aussi bien que dans le charbon, les minerais métalliques, les pierres précieuses et les pierres usuelles, les éléments les plus variés au travail et à l'activité industrielle. N'est-ce pas d'ailleurs de ces terres et de ces sels qu'est en majeure partie composée la terre végétale, cette grande nourricière du genre humain, comme on Ta si souvent appelée?