Ainsi l'on saigne très-facilement du nez, etc
304 LES l'IEKRES.
vert, reste d'un bleu transparent. IL fait beau tous In jours, sans exception : c'est un climat de paradis terrestre , comme d'ailleurs dans tout l'Ouest américain, di Missouri au Pacifique.
L'hiver, ces conditions changent II tombe beaucoup de neige, surtout dans les pays de montagnes, et le froid est souvent très-rigoureux. C'est ici qu'est vrai la piwmbl que les deux extrêmes se touchent : l'été on a quelquefois les températures du Sénégal, l'hiver celles de la Sbérie.
Au delà de Nevada on trouve, en descendant sur l'autre versant de la montagne dont celte ville occupe presque la ligue faîtière, un camp (centre minier) où l'on a exploité naguère de très-riches placera : c'est la petite ville il'l daho. dont les eaux minérales gazeuses et alcalines : aujourd'hui fort recherchées des baigneurs. Après vieil tient les deux Empire, aux mines fameuses : Empire- lr- 11 ri-*, au fond d'une délicieuse vallée, où sont encore « tés des placera fort riches (fig. 71): Empire-le-Hau(, | à plus de 30t'«! mètres, et dont les filons sont très-produc tifs. D'un autre côté est Georgetown, la cité principale i mines d'argent, comme Central - City est celle des t <ï*or.
Ces différentes villes forment les véritables centres D niera; mais Denver est resté, par l'élégance de ses édiH de ses maisons, de ses magasins, par la largeur, par mouvement de ses rues, par le chiffre de sa populau'< par les meeurs douces, polies de ses habitants, la premW ville du Colorado. Elle a une population de près 8000 âmes ' ; elle en compterait le double si les lai continuelles avec les Indiens et la terreur que cet
I. !•* diMrttlo tout entier De doit nuire renfermer plu* de 35 à 40000 in»**, y compris & à 6000 Indiens : Yules, Ampahoes et CbayenBM.
\mf,\*: *Jp
7Ï. — Roches déchiquetât;; 'le Noiiumenl l'ait, Colorado, ËinLs-1'nis de l'AmériqiM (lu (tord, t'ipcci uni pbotogmpMts
avaient répandue sur les routes n'avaient pas, dès le rincipe, éloigné la plupart des é migrants. Les mines issi, il faut le reconnaître, n'ont pas toujours satisfait îx espérances, souvent exagérées, des exploitants. De là 3S déboires qui ont fini par éloigner du Colorado beau- >up de capitalistes et de colons.
Denver a plusieurs journaux , plusieurs églises, des taisons de banque, des salles de théâtre, de concert, do mférences; elle a des écoles, une université; elle a de eaux hôtels, et des cafés, des restaurants, que ne désarmerait pas une ville de premier ordre.
Parmi ces derniers brille le Café Français, tenu par otre compatriote le Bourguignon Frédéric Charpiot, qui dt tous ses efforts pour que la cuisine française reste, lêrne dans ces parages, la première cuisine du monde, et ui n'a pas de peine à y parvenir.
Malgré la supériorité qui distingue Denver, il ne faurait pas croire que les autres villes du Colorado n'ont 'une ville que le nom . Dans la plupart d'entre elles, noimment à Central-City, il y a aussi des journaux, des glises, des hôtels bien tenus, des maisons de banque, de eaux magasins, enfin, une société savante, le Mechanic's nstitute, ou l'Institut des ouvriers. C'est une espèce de lub de mineurs où l'on trouve une bibliothèque, une elle collection de minerais et la réunion des principaux ecueils scientifiques des États-Unis et d'Angleterre. Les îembres se réunissent plusieurs fois par mois en assemblées générales pour discuter les diverses questions qui nt trait à l'art des mines. On fait aussi, dans cet Institut, les conférences ou lectures.
Mes compagnons et moi y fûmes plusieurs fois conviés i prendre la parole, ainsi qu'à Georgetown, et j'ose dire, tpres avoir pendant plusieurs années fait des conférences
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publiques û Paris, que j'ai rarement rencontré un audUoil
plus digne, plus sympathique, plus intelligent que tu lui i Central -City. Les dames étaient en aussi grand notnbi ipte les hommes, et tout le monde prétait l'attention la plus soutenue nu pauvre conférencier, obligé de perler pendant une heure dans une langue qui n'était pas lu sienne. Il est vrai que j'entretenais ce public d'un sujet qui ne lui était pas indifférent, je veux dire l'Or et l'Argent. Mes compagnons parlèrent, le colonel (aujourd'hui général) Heine, du Chemin de ferdu Pacifique, et M. Whiliiey. de l'Exposition universelle de 1867, où il avait r présenté en qualité de commissaire le Colorado, auquel avait été accordée une médaille d'or pour sa belle exposition de rainerais.
11 n'y a pas, au Colorado, que des villes minières commerciales. Au sud sont surtout les districts agricole! Diverses vallées du territoire, comme celle de Bouldei quand elles sont bien arrosées, offrent aussi au cultivateur des champs de terre vierge qui le récompensent avec usure de ses sueurs. Le blé, le maïs, l'avoine, tout céréales, toutes les graminées utiles, toutes les plantes potagères ont donné au Colorado des récoltes iuesp des produits d'une grosseur et d'une qualité exceptionnelles. Cette terre féconde, connue lu Californie, peu h bon droit nommée la terre promise. Seuls les arbres fruitiers, y compris la vigne, font défaut dans ce paj core trop jeune, à peine sorti dvs premières lui1 l'exploitation de l'or, et âgé nu plus de dix ans.
Par le côté ilu sud, le territoire de Colorado donne h main au Nouveau-Mexique et à sa capitale Santa-Fé, bien connue des traitants et des explorateurs. Sur ces points se déroulent des pnysages d'un genre différent de ceux qui ont été décrits. Au parc des Miinuments i Wonttmritt-
Park), des grès d'un âge géologique relativement récent (ils appartiennent à la période tertiaire) ont pris, par l'effet des agents physiques, des formes étranges, bizarres (fig. 72 et 73), qui se retrouvent d'ailleurs sur presque toute l'étendue des prairies, mais avec des apparences diverses. Au Jardin des Dieux [Garden qfGods), non loin de Monument-Park, le môme phénomène se retrouve, et l'entrée du jardin, comme le jardin lui-même, offrent au géologue et à l'artiste plus d'un point de vue original («g. 74).
Entre la plaine et le sommet le plus élevé des montagnes, au centre et à l'est du Colorado, se trouve une série de plateaux boisés et gazonnés, toujours verts, qu'on appelle aussi les Parcs. C'est là qu'habitent les Yutes. Ceux-ci vivent, comme tous les Peaux -Rouges, de chasse, de pêche, et ne souffrent pas d'autres Indiens autour d'eux. Frémont nous dit, dans ses voyages, que campant au milieu du Parc du sud, il dut fortifier son camp pour le mettre à l'abri de l'attaque des Yutes, en guerre alors avec les Arrapahoes.
Fidèles aux relations qu'ils ont de tout temps entretenues avec les Hispano-Américains, les Yutes vont volontiers jusque dans le Nouveau-Mexique, possédé aujourd'hui par les États-Unis, mais toujours peuplé d'Espagnols.
Quelques pionniers, véritables montagnards perdus dans ces plateaux déserts, vivent à côté des Yutes. Le lavage de l'or, l'exploitation de sources salines, la culture du sol, l'élève du bétail, occupent leurs journées avec la chasse et la pêche; mais l'hiver, ces sites élevés, dont quelques-uns atteignent l'altitude de 3500 mètres, sont presque inhabitables pour les blancs.
Le profil des Montagnes-Rocheuses, tel qu'on l'aperçoit de Denver, offre un coup d'œil des plus féeriques. Au sud,
■mis. De «paelqae côté du Sfèsoon ou du Mis&tssjpi 4 feut viras*, qaaad oa s'est avancé de quelques centa 4e aaaVs daas les prairies, oa se tarde pas en effet à d tsavru Faa oa l'aatre de ces pies, et souvent tous les < à 11 fois. Oa s'orieate même snr ces montagnes comme l ai aria sar ["rtoik polaire.
Catre les demi pics est le mont Lincoln, plus élevé 1 rare «*e les précédents et plas haut que notre mont E aaâsaatfl dépasse, dît-on. 5000 mètres.
Le mont Liacola a été ainsi nommé en l'honneur 1 président martyr, qui n'avait pas besoin de ce baptô; noar que sou nom. pur entre tous, passât jusqu'il I lointaine postérité.
Celte magnifique ligue de montagnes est la plus belle d l'Amérique du Nord. Dans le Colorado, qu'elle recoupe le loue, d'un méridien, elle apparaît, à travers l'atmosphère Iranspaivute et limpide, comme une masse ondoyante aux
k par de Me 'iav Ttt farte jusqu'aux nues sa cime 1 * de 421'» mètres, et garde le nom d ; le cauâtam* Pîke, qui fa le prenne ueamé e* IMS. \m aard. le par de Laac, baptisé eu 1830 par un t hardi fjmjat. le cakaam Laac, élève à ta même
a pars suât nJaarû par un intervalle de 1 70 a les. et 1 |iaiaat laal I» embrasse à la fois.
Ta aaas- aa entma aaçle. le pic de Long présente dei •1res Bs. 73 : de là le nom de Pic dis f/cit. {frmmV*. amr ma aiaaeat dnaaé les anciens coureurs de i et les traitant* canadiens. Itês I - sarcle, ceux-ci fréquentaient ces parages 4 avaàrat certaûaesaeat déceavert. avant le capitaine Pike r le relia H L*ae> les pics qui dcsaacat immortaliser ces d
. — Vue des piliers iiatun'ls du Jardin îles Dioiiï, Culorado, Êlata-L'nis lie l'Amérique du Piord, d'après une photographie.
tous bleus cl violets, qui rappellent ceux do l'Apennin. Toutefois les 'découpures de la chaîne péninsulaire, bien qu'ayant été chantées par Horace et tant d'autres poètes, n'ont pas les vives allures de cette partie des Montagnes-Rocheuses, toute composée de granits aigus, ou de schistes aux lits contournés. Le ciel du Colorado rappelle aussi le ciel de l'Italie. Chacun fait ces rapprochements, et le voyageur venu d'Europe croit être près de son pays, tandis que trois mille lieues l'en séparent.
C'est au milieu de cette chaîne de montagnes que sont situées les mines d'or et d'argent qui ont fait et qui font encore la fortune du Colorado. Les placers aurifères gisent le long des cours d'eau. Les mines proprement dites, d'or ou d'argent, sont situées aux flancs des montagnes, et se retrouvent à de très-grandes hauteurs, jusque dans les Parcs où il y a aussi des placers, et même sur les cimes les plus élevées.
Central-City, nous le savons, est le plus riche district des mines d'or, surtout en y comprenant Black-Hawk et Nevada ; Empire est aussi un centre métallifère renommé. Enfin, à Georgetown sont rassemblées les mines d'argent. Les filons de ce dernier district ont été découverts par quelques courageux pionniers, qui ont renouvelé sur le Snakc- Range ou chaîne du Serpent les actes de courage, de patience dont Gregory avait le premier donné l'exemple dans les montagnes de Clear-Creek.
Dans les placers, Por se retrouve en pépites, en paillettes, et le métal est toujours à l'état pur ou, comme on dit, à l'état natif ou de métal naturel. Dans les filons il existe soit à l'état natif, soit à l'état de combinaison intime avec des sulfures de fer, de plomb, de cuivre, de zinc, d'où il est très-difficile de l'extraire entièrement.
L'argent accompagne très-souvent l'or. Seul ou allié à
recorder ou greffier de son district, paye la taxe, et tout est dit. De même pour la culture du sol. Chacun peut occuper un nombre donné d'acres (cent soixante acres ou soixantequatre hectares) des terres vierges d'un territoire; il paye une cerlaiue somme au land-ofjice ou bureau des terrains, 2\ le voilà constitué à jamais propriétaire foncier. Ce sont ses mesures libérales qui ont fait la prospérité des lointains erritoires des États-Unis.
Je ne m'appesantirai pas ici sur les systèmes d'exploitation en usage dans les placera ou sur les filons, je les Eli déjà décrits ailleurs avec beaucoup de détails '. Je ne parlerai pas non plus de ces énergiques mineurs, anglais, irlandais, américains, canadiens, mexicains, français, qui ont importé dans le Colorado les traditions du travail souterrain ou du lavage des alluvions aurifères. Tels je les ai dépeints dans le temps , surtout à propos de la Californie, tels je les ai retrouvés dans le Colorado. Ici toutefois deux phénomènes nouveaux se présentent, qu'on n'a jamais observés ailleurs avec le même degré d'intensité : d'une part, l'ardeur exceptionnelle que les exploitants ont apportée à la recherche et à la mise en valeur des gîtes; d'autre part, des difficultés de tous genres que la nature particulière des minerais, surtout des minerais d'or, est venue inopinément apporter dans les procédés métallurgiques.
La recherche des filons s'est poursuivie dans le Colorado avec une véritable fièvre. Chacun a couvert les districts métallifères de lignes, réelles ou imaginaires, indiquant la prétendue direction des veines. Dans ce monde inconnu et nouveau, chaque chercheur, aidé ou non de la boussole et des principes de la géologie, s'est tout à coup trans-
1 . Voir la Vie souterraine et les années 1863 et 1865 du Tour du Monde.
formé en Colomb. Les capitalistes des États de l'Rsl, (!.' New- York, de Boston, de Philadelphie, émerveillés <ipci>. prétendues découvertes, ont prêté leur argent aux mineurs. Souvent, à très-grands frais, ils ont envoyé étt commis incapables, des machines lourdes, conteuses, inutiles, dans ce lointoin pays, et ils ont vu, pour la plupart. leurs eiTorts échouer et tout leur capital perdu. De là de nombreux déboires, qui arrêtent en ce moment l'essor J» Colorado, si merveilleux dès le début.
La seconde cause du malaise auquel est aujourd'hui sujet le Colorado ne mérite pas moins d'être notée; c'est précisément la nature complexe des minerais d'or et ffff" gent qui paraît n'exister que pour les gîtes de l'Amériq111' du Nord; elle est à son maximum dans le Colorado, et B» enraye singulièrement l'exploitation des richesses sou icT" raines de ce pays. Dans les sulfures métalliques, l'or r* c pas libre. H est à l'état de combinaison chimique avec?soufre, et les procédés les plus délicats de pulvérisalioiv calciuation ou grillage, d'amalgamation ou dissolut^-0 dans le mercure qui a tant d'avidité pour l'or, de chlor^11" ration ou atlaqué par le sel marin, le chlore, l'aci-"^ chlorhydrique qui décomposent les sulfures, tous ces proc*^ dés permettent à peine de retirer la moitié, et quelquefo*^13 seulement le tiers ou le quart de Tor ou de l'argent coii^1' binés dans les minerais. Ce fait s'était déjà p/ésenté en Ca^*" lifornie pour ce qu'on nomme là-bas les sul furets ou snl — fures d'or, mais nulle part, comme dans le Colorado ^ loutes les mines à la fois n'avaient eu à lutter contre If* même difficulté, si grave et presque insurmontable. Ici \c problème à résoudre est plus que jamais sérieux. De sa so lution, en effet, dépend en partie l'avenir de ce territoire. Bien que tout le monde, dès le premier jour, se soit mis à l'œuvre, chimistes, métallurgistes, ingénieurs, savants
(je ne parle pas des chevaliers d'industrie ou des contrefacteurs), et que chacun, dans cette espèce de course au clocher, ait apporté son procédé qu'il croyait le meilleur, aucun procédé n'a encore réussi, et le prix est toujours à donner à l'heureux inventeur du traitement des sulfures auro-argentifères. Celui qui trouvera le moyen de retirer par des systèmes pratiques, et non par des méthodes de laboratoire, des minerais du Colorado, et subsidiairement de ceux du Montana, de l'Idaho, de la Nevada, de la Californie, toute la quantité d'or et d'argent qu'ils renferment et que l'analyse dévoile, celui-là aura fait sa fortune. 11 sera du jour au lendemain riche à millions, et du même coup il aura donné à la colonisation des États et des territoires de tout l'Ouest américain l'impulsion la plus féconde. Ce sera là une fortune bien acquise ; voilà les vrais inventeurs et non ceux qui cherchent péniblement la contrefaçon des procédés déjà connus. Celui qui apportera au Colorado le mode de traitement métallurgique qu'il réclame depuis plusieurs années, celui-là sera non-seulement le bienfaiteur de ce territoire et de tous ceux du far-west, il faudra aussi, tant la nouvelle invention sera fertile en résultats, le proclamer solennellement un des bienfaiteurs du genre humain. Allons, métallurgistes, à l'œuvre ! qui de vous va devenir le grand homme que l'on attend?
C'est une curieuse destinée que celle de l'Amérique du Nord d'être non -seulement le pays de l'avenir, celui vers lequel gravitent aujourd'hui tous les émigrants, tous les colons, celui qui dans peu de temps va changer les lois du monde politique et commercial, mais d'être aussi le pays qui produit à cette heure la plus grande quantité d'or et d'argent sur tout le globe. D'un océan à l'autre, soit qu'on suive la chaîne littorale atlantique, les
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■ J^ih pkwnehesàefleisMles ave Mes nsle Son- * «Tor et d'argent . •■ 3bnl»a«. 4e l" Arizona, du fc aaantqBws-vaes be départent aux précédenï Je la productûm.
Caaa lai am (bat ■ovreau dons l'histoire de l'Amérique •am. 3aai «àe ùmxmr aujourd'hui près de la moitié du aaBâani àa: avaacs an ur et en argent que produit sdijjaJhaMaA le gjube'. Ce mit ne s'est révélé que depuis pam dfatméftsv mais il n'a pas échappé aux hommes d'État •rni ^uareraent rCnïon.
^ SllkC. UUU^ J^u ûil-ÏNKi^t. MIT picaïUCUk 1011 ti>u-
naitre Les détails statistiques de la production de l'or et de l'argent, et d'année en année, il a généralement Lieu de iLéikiter le pays des résultats et des progrès obtenus.
I. Vinci, Tiprès les renseignements officiels, quelle a du être U proinctiuD d'ir et a argent aux Etats-Unis es 1867, une année des moins ÎTueiséws :
Californie 125 000 000 francs.
N«vwta 100 000 000
Montana 60 000 000
Liahu 30 000 000
Colorado S 5 000 000
Orùgoa 10 000 000
Autres États on territoires S5 000 000
Total de la production d'or et d'argent
ma États-Unis, en 1867 .... 375 000 000 francs.
Aux États-Unis, on ne se contente pas de savoir, on veut voir. Aussi ces mines du far- west, dont tout le monde s'entretient, sont-elles l'objet de nombreuses visites, non-seulement de la part des ingénieurs, mais aussi des journalistes , des économistes, des hommes d'État de l'Union.
Un des politiques les plus connus aux États-Unis et des plus modérés, le même que la voix politique a désigné aux élections dernières pour la vice-présidence, quand le général Grant a été nommé président, M. Colfax, a raconté dans un de ses nombreux specchcs ses visites aux mines d'or et d'argent de l'extrême Ouest en 1865. Il était alors speaker ou président de la Chambre des représentants à Washington; et il profita, en 1865, des vacances de la session pour aller voir, disait-il , de vrais mineurs, de vrais Indiens, de vrais Mormons.
Il partit dans la diligence transcontinentale, accompagné de quelques amis, entre autres d'un journaliste de Springfield (Massachusetts), M. Bowles, qui a laissé de ce voyage une intéressante description.
La veille de son départ, le 14 avril, M. Colfax alla prendre congé du président. « Je veux, lui dit Lincoln, que vous soyez mon interprète auprès des mineurs que vous allez visiter. J'ai la plus large idée de la richesse minérale de notre pays. Je la crois inépuisable. Elle abonde dans tout l'Ouest, des Montagnes-Rocheuses au Pacifique, et l'exploitation en est à peine commencée. Pendant la guerre, alors que nous ajoutions chaque jour une couple de millions de dollars à notre dette nationale, je n'avais pas le loisir d'encourager chez nous la production des métaux précieux; nous avions d'abord la nation à sauver. Mais à présent que la rébellion est vaincue, et que nous connaissons le montant de notre dette, plus nos mines ex-
trairont d'or et d'argent, et plus nous effectuerons facilement le payement de ce que nous devons. Je veux désormais, ajouta-t-il avec une grande animatiou, favoriser nos exploitations souterraines par tous les moyens qui sont en mou pouvoir. Nous comptons par centaines de mille les soldats congédiés, et l'on craint que le retour dans leurs foyers d'un si grand nombre d'hommes ne paralyse l'industrie en lui fournissant tout à coup un plus grand nombre de bras que celui dont elle a besoin. Je veux essayer d'attirer ces hommes vers les richesses cachées de nos montagnes, où il y a assez de place pour tous. L'immigration, même pendant la guerre, ne s'est pas arrêtée, et nous recevons sur nos rivages un chiffre toujours plus imposant chaque année du trop-plein des habitants de l'Europe. J'ai l'intention de diriger ces immigrants sur les mines d'or et d'argent qui gisent pour eux dans l'Ouest. Dites aux mineurs de ma part que je prendrai leurs intérêts autant qu'il sera en moi de le faire, parce que de leur prospérité dépend celle du pays. Oui, s'écria-t-il en finissant, tandis que ses yeux brillaient d'enthousiasme, nous prouverons en très-peu d'années que nous sommes le trésor du globe1.' »
Le soir du même jour, M. Colfax retourna de nouveau vers le président, et le trouva partant pour le théâtre. Lincoln l'invita à l'accompagner. Ayant pris d'autres engagements pour la soirée, et devant d'ailleurs quitter Washington le lendemain matin, M. Colfax ne put accepter cette invitation. Comme le président franchissait la porte de la Maison-Blanche et serrait la main au voyageur : « N'oubliez pas, Colfax, lui dit-il, notre conversatioD
I. J'ai traduit textuellement les paroles de Lincoln. Elles sont extraites d'un discours que M. Colfax prononça devant les mineurs du Colorado i Central-City, le 27 mai 1865.
d'aujourd'hui, rapportez à ces mineurs ce que je vous ai dit pour eux. Bon voyage! Je vous enverrai un télégramme à San-Francisco. Adieu ! » Ce furent les derniers adieux de Lincoln, et les dernières paroles qu'il prononça sur les affaires du pays. C'est peut-être moins d'une heure après que l'ancien comédien, John Booth, le tuait à bout portant d'un coup de pistolet, dans une loge d'avant-scène au théâtre Ford.
Le successeur de Lincoln, M. Johnson, n'a pas continué vis-à-vis des mineurs de l'Ouest les traditions de son glorieux prédécesseur. Peut-être que les nécessités de la politique ont appelé son attention ailleurs, et détourné son esprit des questions minières et coloniales, si importantes cependant aux États-Unis.
Espérons que le général Grant, auquel M. Johnson a cédé depuis peu la place, comprendra que la bonne exploitation des mines (les divers exemples que nous avons cités le prouvent) importe également à la société tout entière. Elle intéresse par ses produits, comme l'a très-bien fait remarquer un publiciste, l'industrie et la défense nationale, tous les arts de la paix et de la guerre que l'on ne compromettrait pas sans périls f.