Ce bloc est celui même qui est représenté figure
composer les passants. Louis IX lui-même, partant pour la croisade, fut plusieurs fois arrêté le long du Rhône par les seigneurs riverains, qui le mirent à contribution, ce à quoi le saint roi se prêta d'assez bonne grâce malgré les récriminations de Joinville, qui eût préféré payer d'autre monnaie, et guerroyer un peu en chemin avant d'aller s'embarquer à Aiguës-Mortes.
En se dirigeant de Seravezza vers Forte de' Afarmi, on quitte bientôt la Versilia, et on laisse à droite la mine de mercure de Ripa, dont une des galeries débouche sur le chemin. La plaine alors s'élargit et présente de beaux bois d'oliviers ou des prairies bien arrosées. On traverse la route de Lucques à Massa et à Carrare, et immédiatement après, à la station de Querceta , le chemin de fer, qui a détrôné la route de terre , qu'il côtoie sur tout son parcours. On rencontre ensuite les vestiges de la voie Émilienne (via Emilia Scaara), plus tard connue sous le nom de voie Aurélienne : c'était la grande route qui de Rome menait dans les Gaules en suivant le littoral tyrrhénien. Enfin on arrive à la mer.
La plage est basse, sablonneuse. Une immense quantité de blocs, dont la couleur blanche et l'éclat cristallin, reluisant au soleil, éblouissent les yeux, gît sur le rivage. Chaque propriétaire reconnaît son lot à sa marque. Çà et là sont des tas de planches de marbre sciées : placages, dessus de table, etc., des marmetti ou carreaux en paquets. Quelques blocs de couleur insolite se détachent vigoureusement sur l'ensemble. C'est le portor aux veines jaunes, dorées, sur fond noir (pi. II, 7), venu du golfe de la Spezzia, le vert de Gênes ou vert de mer (pi. III, 7), le levanto ou brèche sombre, rouge et vert, de la rivière au * levant de Gênes (pi. III, 8), enfin la griotte du Languedoc au ton rouge cerise, ce qui lui a valu son nom.
couchant le beau golfe de la Spezzia. Sur le rivage , au delà du dépôt des marbres, présentant un amas de blocs disséminés dans un désordre qu'on pourrait prendre pour un effet de l'art, s'étend une rangée de maisons proprettes où sont établis les marins et les carriers.
Deux édifices plus imposants, situés orgueilleusement à récart, attirent les yeux. C'est d'un côté l'inévitable douane, bâtisse sans art, n'appartenant à aucun ordre d'architecture, et d'autre part le fort (d'où le nom de Forte de Marmi donné à la localité). Le style à la fois élégant et sévère de la forteresse révèle le siècle des Médicis, l'époque où Michel-Ange, précurseur de Vauban, dessinait des citadelles de la même main qui peignait la chapelle Sixtine ou sculptait le David. Sur la façade qui regarde la mer, Técusson grand-ducal aux six boules s'est effacé devant la croix de Savoie. Des artilleurs piémontais, à la tenue mâle et irréprochable, ont également remplacé les carabiniers peu redoutables du vieux Léopold. Par l'une des embrasures du fort, un respectable canon de fonte et un autique fusil de rempart, faisant ensemble bon ménage, sont toujours dirigés sur la mer, menaçant les forbans sarrasins, contre lesquels la citadelle a été bâtie.
Il y a des forts de cette espèce tout le long du rivage toscan, et bien que les pirates barbaresques ne se montrent plus pour faire comme autrefois des razzias jusque dans les grandes villes maritimes, l'autorité militaire continue à occuper les forts. L'artillerie tient à ses privilèges. Une des premières mesures du Piémont devenu le royaume d'Italie a été de garnir les citadelles du littoral de canonniers bien disciplinés.
LES PIEHHES