ÉPINAC
e Paris à Épinac. — La descente sous terre. — Eboule nients et remblais. — Maisons d'ouvriers. — Les invalides du travail. — Cincinnatus. — La voie ferrée. — Cussy-la-Colonne et la colonne de Cussy. — La Bourgogne vineuse. — Le port de Pont-d'Ouche. — Le pays des Eduens. — Le château et la verrerie d'Êpinac. — Le pétrole français. — La porte d'Arroux. — La cathédrale et le musée d'Autun. — Ruines romaines. — Où est Bibracte?
Les trains express qui rayonnent tous les soirs de Paris sur les divers départements de la France sont bien appropriés aux habitudes de la vie moderne. Vous montez en wagon de huit à neuf heures, après dîner. On vous a laissé le temps de faire au logis votre repas à Taise, de lire le journal, en prenant le café et fumant, si vous êtes fumeur. Après quoi, vous avez fait approcher une voiture, et, au pas mesuré de votre cheval, vous avez gagné la gare. La cloche sonne, vous voilà enwagonné, étiqueté, numé-
roté, empilé, ni plus ni moins qu'un colis quelconque. Vous avez pris votre coin, et vous dormez si vous pouvez. Le lendemain, au petit jour, vous ouvrez l'œil et enviez le sort des voyageurs qui touchent à la limite de leur trajet.
Par une nuit du mois d'octobre 1863, j'étais un de ces mortels, heureux ou malheureux, qu'un soir prend au départ de Paris, et que le matin suivant restitue à une gare quelconque de province. Au lieu de suivra le chemin de mon lit, j'avais pris celui de la gare de Paris-Lyon-Médîterranée, comme on dit dans la langue officielle des railways, et je me réveillais au petit jour à Cbagny, où je ne vis rien que la brume. L'infatigable M. Joanne, le père de tous les guides, grands et petits, du Foyageur en France, m'avait annoncé que Chagny possède entre autres merveilles, une église avec clocher roman du douzième siècle, la tour carrée d'un vieux manoir, et la coupole orientale d'un château moderne, « qui attire de loin les regards. * Je n'aperçus rien de tout cela; j'eus beau écarquiller les yeux, tout était encore enveloppé dans l'épais brouillard d'un matin d'automne, qui se résolvait dans l'air en pluie fine. Sur la route qui se détache de la station, un véhicule, un cheval et un cocher endormis se laissaient cependant distinguer à la lueur blafarde d'une lanterne. Je hélai l'automédon, qui sortit en sursaut de son rêve, et me demanda si j'étais bien « le monsieur qu'il attendait »? A quoi je répondis affirmativement, fis charger les bagages et pris le chemin d'Epinac.
Épinac-les-Mines, où j'arrivai en moins de deux heures, est le centre d'une grande exploitation houillère. Je rencontrai là un vieux camarade, Zulma Blanchet, au nom à la fois oriental et gaulois, et qui avait couru la France pendant que je courais le monde. Mais le monde est taillé en rond, et quelle que soit la direction que l'on prenne,
on revient toujours au point de départ. C'est là une des propriétés de la circonférence, la seule que le bon père Legendre, dans sa géométrie classique, ait oublié de mentionner.
Je tombai dans les bras de Blanchet, lui dans les miens : il y avait quinze ans que nous nous étions perdus de vue! Un bon feu, d'excellents havanes, et le café au lait traditionnel nous attendaient dans la salle à manger. Je suivis mon hôte, en réfléchissant qu'à cette heure matinale, mon Sosie, si j'en avais laissé un à Paris, était encore ronflant, tandis que sans trop de peine et sans aucune perte de temps, je me trouvais tout à coup jeté à cent lieues de la capitale.
Je demandai un habit de mineur, un marteau, une lampe, et me dirigeai vers un des puits de la houillère. L'ingéuieur Zulma, en homme qui aime son métier, était charmé de la métamorphose, et me fit les honneurs du gouffre qui devait nous livrer aux noirs domaines souterrains.
Naguère, je l'ai dit ailleurs, la descente dans un puits de mine était pleine de péripéties. Suspendu au bout du câble, dans une tonne aux douves mal jointes (fig. 82), on allait battant contre les parois, parfois accroché par la tonne montante, craignant une chute de pierre ou d'outil, baigné par l'eau qui suintait de la roche, Enfin, sujet à mille accidents. « Nous avons changé tout cela, » pouvait dire mon ami avec le médecin de Molière. A peine étionsnous arrivés sur la margelle du puits, qu'à un signal du contre-maître, une cage hissée par le câble, qui était mû à son tour par la vapeur, vint se présenter à nous. Nous y entrâmes debout, et la cage descendit en glissant le long de deux guides, énormes poutrelles de bois fixées dans le puits sur toute la hauteur. La cage est munie d'un toit, en guise de parapierre, et ce toit est surmonté d'un mé-
450 S PIBRHES.
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