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LES CHERCHEURS DE CAILLOUX

Intérêt des excursions géologiques. — Entrée en campagne : équipement, instruments. — Reconnaissance des roches et des terrains. — La chasse aux fossiles. — Levé des cartes. — Utilité de la science des pierres.

Il est peu de sciences d'un intérêt plus général et plus immédiat que la science des pierres. La géologie est la sœur de la géographie ; elle est aussi l'auxiliaire indispensable de la plupart des sciences appliquées.

La géologie pratique s'exerce sur le terrain, en rase campagne. Dans de telles conditions, l'hygiène du corps et celle de Tâme se ressentent également bien de cette étude. En nous rapprochant des grands spectacles de la nature, en nous faisant vivre au milieu des hautes montagnes, des profondes vallées et de leurs populqjtions primitives, vles courses géologiques donnent au corps et à l'esprit comme une trempe vigoureuse. On rajeunit à cette forte discipline.

Quelle variété, quel attrait n'offrent pas des excursions de cette sorte! Ici ce sont les hautes montagnes, les Pyrénées, les Alpes, souvent si difficiles à gravir jusqu'à leurs sommets. Au milieu des monts ardus, ce sont les glaciers avec les pierres quelquefois énormes que transportent dans leur marche ces fleuves de neige (fig. 1), ou bien encore, au flanc ou au pied des montagnes, et jusque dans les vallées, les blocs erratiques, roches perdues par les glaciers des temps antédiluviens (fig. 2). Là ce sont les veines métallifères, portées souvent aux plus grandes altitudes, comme si la nature avait voulu faire payer à l'homme le prix de ses faveurs. Plus loin ce sont les roches éruptives, ces volcans éteints des anciens âges, ^t les roches volcaniques elles-mêmes, encore allumées ou a peine refroidies. Toutes ces pierres ignées donnent un cachet ineffaçable aux pays qu'elles ont soulevés, et renferment la clef de presque tous les phénomènes qui ont présidé à la genèse de notre terre. Telles sont les roches de l'Auvergne, telles encore celles de l'Islande. Ailleurs enfin, ce sont tous les terrains sédimentaires, avec leurs assises remplies de fossiles, feuillets des premières archives du globe, feuillets déchirés, épars, mais que l'homme a su rassembler, et où il a pu lire avec étonnement les diverses transformations de la vie depuis l'apparition du premier être !

Une qualité indispensable que doit avoir l'ami des pierres, pour appliquer en plein air les enseignements de la géologie, c'est d'être bon marcheur. Le géologue ne va pas à cheval et encore moins en voiture ou en chemin de fer, si ce n'est pour gagner le lieu de ses explorations ou revenir au logis. Il ne faut pas faire comme ce professeur italien qui, au retour d'un voyage en Autriche, rédigeait un mémoire portant ce titre : « Observations géologiques que l'on peut faire sur le chemin de Naples à Vienne. » Fut-il monté sur l'impériale de la diligence, il n'avait pu rien voir, et avait dû être plus d'une fois induit en erreur par l'apparence, souvent si trompeuse, des roches, et des terrains.

Le géologue voyagera donc toujours à pied. Ses vêlements devront être simples et ne provoquer en aucune façon la curiosité des campagnards. Il s'habillera comme le chasseur. Il portera de gros souliers munis de clous, et des guêtres en cuir; sur le dos, une carnassière pour loger les instruments et les cailloux. Des lunettes bleues, pour garantir la vue en été et dans l'excursion des glaciers, sont d'un usage indispensable, non moins que la canne à pointe ferrée et à marteau d'acier pour aider la marche ou atta>quer le roc. Autour de la taille, il sera bon d'avoir une ceinture pour passer au besoin les marteaux; enfin le chef sera garanti par un chapeau mou, à larges bords. Les habits seront de laine forte en hiver, de toile ou mieux de laine douce en été, et, dans les deux cas, commodes et larges. Là-dessus, d'ailleurs, chacun consultera ses goûts et les habitudes du pays où il se trouve. Le géologue allemand, Léopold de Buch, qui a été avec Humboldt le plus célèbre des disciples de Wcrner, ne voyageait jamais sans son parapluie.

Les instruments seront peu nombreux. Il en est toute-

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fois que l'on ne saurait oublier : tels sont , en première ligne, les marteaux , ciseaux et pics à pointe aciérée. Les marteaux seront de diverses formes et de diverses grosseurs ; ceux-ci servent seulement à casser, ceux-là à échantillonner les pierres. Un des côtés de la tête est carré, l'autre pointu ou en biseau. Le manche, assez long, doit tenir bien dans la main. Comme on est souvent accompagné d'aides et de porteurs, on pourra les charger d'un fleuret à mine et d'une pince, pour faire éclater ou pour soulever la roche. Ces outils seront d'un grand secours et permettront d'aller surprendre, jusque dans leur cachette la plus obscure, les beaux échantillons de minéraux et de fossiles qui ne se montrent pas volontiers. Si l'on doit traverser des fourrés, des taillis épais, des maquis , bois de bruyères et d'arbousiers à hauteur d'homme, comme il en est de si vastes en Toscane et en Corse, on fera bien de se munir d'une hache pour ouvrir son chemin. Dans tous les cas, le couteau du chasseur et du jardinier, à plusieurs lames, muni d'une scie, d'une serpette, ne devra pas être oublié»

Si la carnassière ne suffit pas, on pourra mettre les échantillons dans un double sac à filet. Le sac est porté sur le dos, tombant de chaque côté des épaules, ce qui fait contre-poids. Cela rappelle un peu la besace des frères mendiants; mais c'est une besace à jour.

Du papier d'emballage est indispensable pour envelopper les échantillons. Chaque pierre doit être soigneusement étiquetée et mise à part pour être reconnue. Il faut surveiller les porteurs. Tel de ces hommes que l'on a engagé en passant au village voisin, jette volontiers les pierres qu'on lui remet. Au retour, il en ramasse d'autres à l'entrée du village, s'imaginant que c'est la même chose, et vous regardant comme un fou de prendre tant de peine à collectionner des cailloux.

Pour étudier les échantillons, la loupe et un flacon d'acide nitrique ou eau-forte sont indispensables. L'eau-forte révèle instantanément les roches calcaires. Dès qu'une goutte en est versée sur la pierre, il se produit un mouvement tumultueux comme celui des eaux gazeuses qu'on débouche. L'acide qui se dégage est du reste le même dans les deux cas : c'est l'acide carbonique, qui s'empresse ici de céder la place à un acide violent. Aucune autre roche que les calcaires ne jouit de cette propriété.

L'eau-forle étant très-volatile et attaquant impitoyablement la peau et les vêtements, il faut avoir recours à des moyens de fermeture particuliers. Le bouchon, usé à l'émeri, sera surmonté d'un chapeau en cristal, et le flacon enfermé dans un étui en bois à couvercle vissé. C'est assez de cet incommode compagnon. Aussi n'eraporterons-nous pas avec nous la balance ni l'éprouvette graduée pour calculer la densité ou poids spécifique des roches, non plus que le chalumeau ou tube d'essayeur. Il vaut mieux laisser ces appareils au logis pour des déterminations exactes qu'on ne manquera pas de faire au retour.

L'explorateur consciencieux ne se contente pas de recueillir et de nommer des échantillons; il relève aussi quelques éléments généraux sur le terrain. La boussole de poche, munie d'un demi-cercle vertical gradué, auquel est lié un indicateur mobile, servira à prendre les angles de direction et d'inclinaison des couches rocheuses, et avec le mètre ou mieux un rouleau divisé, on mesurera l'épaisseur des différentes assises. Une lunette d'approche pour étudier le terrain à distance et juger, si faire se peut, de la nature des parties inaccessibles; un appareil photographique, et à défaut une chambre claire, pour prendre aussi exactement que possible les détails d'un paysage géologique, seront fort utiles à ceux auxquels le dessin

n'est pas familier, et qui sont embarrassés pour dresser rapidement un croquis.

Dans un pays nouveau, non encore exploré, on pourra aussi, au moyen de la boussole, faire quelques levés à vue assez exacts ; mais la plupart du temps, dans nos contrées, les cartes cadastrales ou celles de Cassini et de l'État-Major serviront pour tous les besoins. Si l'explorateur, comme cela arrive quelquefois, avait à dresser des cartes topographiques en même temps que géologiques, le sextant ou tout autre appareil précis pour la mesure des angles et des hauteurs lui serait indispensable, et la chaîne ou le cordeau pour la mesure des bases de sa triangulation.

Les instruments météorologiques sont presque indispensables au géologue : le thermomètre, pour l'indication des températures, soit de l'air, soit des sources, soit des cavernes ; l'hygromètre, pour mesurer le degré d'humidité de l'air; le baromètre, pour connaître les variations du temps et la mesure des hauteurs. Le baromètre à mercure, si exact dans ses indications, est d'un mauvais emploi en campagne, car il se casse presque toujours, et exige des lectures assez longues.

On préférera le baromètre métallique , dit anéroïde ou holostérique , dont on fait aujourd'hui de très-petits modèles fort exacts. Ce baromètre est le meilleur instrument qu'on puisse appliquer, en marchant, à la mesure des hauteurs. S'élève-t-on de dix mètres, on voit l'aiguille de l'anéroïde descendre d'une division, et l'on obtient ainsi, dans les ascensions de montagnes, l'indication des niveaux atteints, à quelques mètres près. Cette approximation est plus que suffisante dans la plupart des excursions.

L'hygromètre n'est guère plus portatif que le baromètre à mercure. L'hygromètre à cheveu de Saussure

n'est pas exact et ne peut se transporter facilement. Les hygromètres à boules de Daniell, de Regnault, sont des instruments de laboratoire. En campagne, le psychromètre d'August (où Ton obtient le degré d'humidité de Pair par les différences d'indication d'un thermomètre sec et d'un thermomètre mouillé) est préférable. On fait aussi depuis quelque temps des hygromètres à cheveu sur le modèle des baromètres holostériques. Une aiguille qui se meut sur un cadran (le cheveu auquel elle est fixée est enfermé dans une boite, et passe sur de petites poulies) indique le degré d'humidité de l'air. Cet élément est souvent utile à connaître. Dans ses explorations, le géologue ne doit pas du reste négliger les études météorologiques, car il est à même d'en faire quelquefois sur des lieux fort peu accessibles, et où nul ne vient opérer que lui.

Le but des courses géologiques est la reconnaissance des terrains et des roches qui les composent. Celles-ci n'ont bientôt plus de secrets pour le géologue. Dans Tordre des roches sédimentaires, ce sont les calcaires ou pierres à chaux, qui font effervescence avec les acides, et qui donnent , quand ils sont assez compactes et durs pour prendre et garder le poli, la classe si intéressante des marbres (planche II); ce sont encore les gypses ou pierres à plâtre, qui sont inattaquables par les acides, mais se rayent facilement à l'ongle; les argiles, qui happent à la langue; les marnes, roches terreuses, qui tiennent de la nature des argiles et des calcaires; les grès, aux grains durs, rayant le verre ; les houilles, qui brûlent au feu ; les ardoises à la teinte, à l'allure caractéristique; les schistes1, satinés, lustrés, qui se divisent en feuillets comme les ardoises; et

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