COLOMBE A TÊTE ROUSSE
Pl. XXX FI.
Columbà ruliceps. — Tentm.
La Colombe à tête rousse reproduit, dans une proportion plus petite, la Colombe Phasianelle. Longtemps même elle a été confondue avec elle, et l’inégalité de taille qui existe entre les deux espèces a été attribuée à la différence d âge des individus. Mais, indépendamment de cette inégalité considérable qui forme déjà un caractère important, l’espèce que nous décrivons présente quelques caractères particuliers que M. Temminck a justement fait remarquer, et qui l’ont déterminé à la considérer comme une espèce distincte.
La tête est d’un roux vif et décidé. Tout le dessus du corps, des ailes et de la queue est d’un beau rouge violacé. La nuque porte un demi-collier de reflets métalliques verts et pourprés, produits par l’extrémité ainsi colorée des plumes qui la couvrent. La partie supérieure de la poitrine, le ventre et le dessus des ailes sont d’un roux vif très-rapproché de celui de la tête. A la partie inférieure de la poitriue se montrent, sur cette couleur, disposées en une large bande transversale , de nombreuses taches blanches que porte l’extrémité des plumes de celte partie. La queue, très-longue et très-étagée , est composée de douze larges pennes, dont les quatre externes, d’un roux clair très-vif, sont traversées par une ou deux bandes obliques d’un brun noir, disposition qui forme, avec la couleur de la tête, le principal caractère de l’espèce. Le bec, les yeux et les pieds sont d’un brun rougeâtre.
Les taches blanches de la partie inférieure de la poitrine ne se retrouvent pas chez la femelle; c’est la seule différence qui existe entre les deux sexes. Dans les jeunes, la couleur rousse domine plus que chez les adultes, principalement au bord des plumes, et la gorge porte quelques taches brunes.
La Colombe à tête rousse habite, comme la Colombe Phasianelle, les des de Java et de Sumatra.
DES COLOMBES
COLOMBE CAPISTRATE.
Pi. XXXVII.
Columba Capistrata. — Temm.
C’est encore dans le groupe des Muscadivores que vient se placer la Colombe Capistrate.
Beaucoup de grandes espèces de Colombes, appartenant aux diverses contrées de l’Asie méridionale et aux îles qui avoisinent ce continent, semblent avoir été formées sur le même type, et ont de si grands rapports entre elles, que l’on serait tenté de les considérer comme de simples variétés d’une même espèce, qui, répandue dans des localités différentes, aurait subi, dans ses variations de taille et de coloration, l’influence des circonstances atmosphériques diverses dans lesquelles elle s’est trouvée placée. Ce sont ces légères différences qui servent à établir et à caractériser les espèces, mais qui souvent aussi en rendent Je rapprochement ou la distinction si difficiles, et donnent lieu à tant de doutes et d’erreurs.
La Colombe Capistrate est de la même taille que la Colombe Mantelée avec laquelle elle a d’ailleurs beaucoup de ressemblance. Elle a le dessus, la partie antérieure et les côtés de la tête couverts d’un «ris cendré assez tranché sur les couleurs qui l’environnent, disposition qui forme une sorte de masque, et qui est le principal caractère de l’espèce. Ce gris se montre cependant encore , mêlé à une teinte violacée , sur la nuque, et, plus prononcé, à la naissance du cou. Le manteau, ainsi que le dessus des ailes, sont d’une couleur pourpre trèsfoncée, mais sans éclat; ces dernières ont leurs rémiges d’un gris presque noir; la même couleur se retrouve, mais plus pale, sur le dos et sur le dessus des pennes de la queue qui sont toutes égales et terminées par une bande d’un gris obscur. La gorge est blanche; tout le dessous du corps est d’une couleur vineuse très-claire. Les couvertures inférieures de la queue sont d’un roux clair; elle est elle-même en dessous d’un gris foncé, et la bande qui la termine est d’un gris clair.
HISTOIRE
Le bec, rouge à sa base, est blanchâtre à son extrémité. Les pieds sont d’une rouge très-vif.
La Colombe Capistrate habite Java. L’individu que possède la collection du Muséum d’histoire naturelle, et que nous avons figuré, a été envoyé par MM. Diard et Duvaucel.
Elle est représentée dans notre planche aux deux tiers de sa grandeur.
DES COLOMBES
COLOMBAR CAPELLE.
Pi. XXX VI II
Columba Capeilei. — Temm.
Le Colomb a r Cape lie atteint la taille la plus élevée des espèces de ce genre, et il est plus vigoureusement constitué qu’aucune d’elles, si l’on en juge surtout par la force de son bec, qui surpasse en grosseur celui des autres Colombars , et qui a beaucoup de rapports avec celui de certains Gallinacés , et même de quelques oiseaux de proie. Son front est couvert d’une couleur grise cendrée ; tout le reste de la tête et de la gorge est d’un vert pâle et teinté de gris. Les parties supérieures du corps et des ailes sont d’un vert sombre. Les ailes, amples et allongées, ont leurs moyennes et leurs grandes couvertures, ainsi que plusieurs des pennes cubitales, d’un gris ardoisé très-foncé; toutes ces plumes sont bordées à leur côté externe d’un jaune brillant, et la réunion de ces parties ainsi colorées, en série continue, forme une ligne prolongée qui partage l’aile obliquement dans toute son étendue. Les rémiges sont entièrement noires. La poitrine est couverte par une large bande transversale d’un jaune mordoré, qui forme une sorte de plastron. Le ventre et les flancs sont du même vert teinté de gris que nous avons déjà remarqué sur la tête et sur la gorge. La queue, de moyenne longueur et légèrement arrondie, a les deux pennes médianes, qui dépassent sensiblement les autres, d’un vert jaunâtre, et toutes les latérales d’une couleur cendrée à leur base, noires vers le milieu de leur longueur, puis enfin terminées par une bande de gris clair. Elle est en dessous d’un noir foncé, mais toujours, ainsi qu’en dessus, terminée de gris. Ses couvertures inférieures sont d’un roux marron très-vif. Le bec, très-fort et corné, est d’un vert jaunâtre. Les pieds sont rouges.
La femelle a toutes les dispositions de couleurs du mâle; mais la couleur verte est partout plus pâle et plus couverte de gris, et le jaune mordoré de la poitrine, le jaune doré des ailes et le marron des couvertures inférieures de la queue sont seulement indiqués par de légères nuances.
Le Colombar Capelle habite les grandes îles de Java et de Sumatra. Nous
HISTOIRE
ne connaissons rien sur ses mœurs; mais îa force et la grosseur de son bec doivent faire présumer qu’il se nourrit de graines dures, et peut-être aussi de gros Coléoptères.
Cette espèce, établie par M. Temminck, a été dédiée par lui à M. le baron Van deCapelle, gouverneur général des possessions néerlandaises dans lesquelles elle se trouve.
Les individus d’après lesquels nous l’avons figurée et décrite font partie de la collection du Muséum d’histoire naturelle de Paris, et ont été envoyés de Java par MM. Diard et Duvaucel, voyageurs de cet établissement.
DES COLOMBES
COLOMBE PICUI. ( AZARA.)
Pl. XXXI X .
-h Coiiimba Picui. — D'Ovhigny,
Cette jolie Colombe est une de celles dont le voyage de M. d’Orbigny, dans l’Amérique méridionale, a enrichi le Muséum d’histoire naturelle de Paris. Elle est cependant très-anciennement connue, et a été décrite sous ce nom par de Azara, dans son voyage dans l’Amérique méridionale. Elle fait partie d’un groupe de petites espèces américaines, dont les premières connues avaient été placées, improprement, suivant nous, parmi les Colombi-Gallines, mais qui, depuis que leur nombre s’est augmenté, nous paraissent évidemment, par l’absence constante de certains caractères, devoir en être séparées pour être réunies aux vraies tourterelles avec lesquelles elles ont bien plus de rapports.
En effet, les Colombi-Gallines sont caractérisées par la longueur des pattes, la nudité du talon et la brièveté de la queue , tandis que les espèces dont nous parlons ont toutes, comme les Tourterelles, les pattes de moyenne longueur, le talon emplumé, et le plus souvent la queue longue et plus ou moins étagée; réunion de circonstances qui exclut l’idée qu elles se tiennent habituellement à terre, ainsi que le font les Colombi-Gallines.
La Colombe Picui est appelée de ce nom, qui ne signifie autre chose que Tourterelle, par les habitants du Paraguay. Suivant de Azara, qui l’a fait connaître, elle est très-commune sur les bords de la rivière de la Plala, où on la rencontre par bandes assez nombreuses, dans les prairies découvertes, et toujours loin des forêts. Elle est très-peu farouche, et on la voit très-souvent dans les cours des habitations. Son nid, formé de petites branches, est placé sur les buissons et les arbres de moyenne hauteur. Elle y pond, ajoute le même auteur, deux oeufs blancs, dont l’un est presque sphérique, et l’autre un peu allongé. Nous avons souvent fait cette remarque sur d’autres espèces de Colombes, et nos observations à ce sujet nous ont constamment donné pour résul tat, que la forme de l’œuf indique le sexe de l’oiseau qu’il contient,
HISTOIRE
et que c’est l’œuf rond qui donne naissance au mâle, et l’œuf long à la femelle.
La Colombe Picui est d’une plus grande taille que la Colombe Tourteline, mais elle lui ressemble assez pour les dispositions des couleurs. Elle a de plus, comme elle, la queue longue et légèrement étagée, et les ailes courtes et arrondies.
Son front est d’un gris de perle qui devient plus foncé sur la tête et le dessus du cou, et se perd dans une teinte brune sur le dos et la partie supérieure des ailes. Celles-ci portent vers la même partie, un peu au-dessous du bras, et dans sa direction, une rangée de petites plumes d’un violet foncé très-brillant, et sur les dernières pennes cubitales une tache d’un noir velouté. Leurs grandes couvertures sont blanches, tandis que toutes les rémiges sont d’un brun noirâtre, et leurs couvertures inférieures d’un noir très-foncé. La gorge est blanche. Une teinte isabelle l’entoure et couvre entièrement la poitrine et le ventre. Les plumes anales et les couvertures de la queue sont blanches. Celle-ci est composée de douze pennes, dont les deux médianes sont d’un brun foncé, et les latérales blanches et bordées extérieurement de brun, à l’exception de celle externe qui est entièrement blanche.
Le bec est, ainsi que le tour de l’œil, d’un bleu foncé. Les pieds sont d’un rouge-violet.
La femelle est semblable au mâle.
DES COLOMBES
COLOMBE LUCTUOSE.
Pu XL.
Golumba luctuosa. — Reimv.
Il existe souvent entre deux espèces du meme genre une ressemblance frappante de forme et de couleurs. Mais c’est ordinairement dans des contrées trèséloignees 1 une de l’autre que la nature semble reproduire ainsi ces espèces, Presque toujours aussi, placées à des distances immenses, dans des circonstances semblables, elles se rapprochent également par leurs habitudes et parleurs mœurs, La Colombe Luctuose et la Colombe Marine qui se ressemblent tellement qu il est presque impossible, au premier aspect, d’apercevoir entre elles quelques légères différences, forment une exception à cette règle, si c’en est une, ou du moins donnent lieu à une observation contraire. Toutes deux habitent les mêmes contrées, mais dans les localités et avec des habitudes diverses. D après les observations de M. Reinward , naturaliste hollandais, qui a vu ces deux espèces simultanément dans plusieurs iles du vaste archipel des Indes, la Colombe Marine est de passage, et émigre régulièrement à des époques fixes, elle couvre de ses volées nombreuses les plages du littoral de ces îles; tandis cpie la Colombe Luctuose, sédentaire et isolée, se tient cachée parmi les rochers du rivage et ne se laisse que très-rarement apercevoir.
Cette diversité de mœurs suffirait peut-être pour distinguer les deux espèces (bien quelle existe souvent entre les individus d’àges et de sexes différents dune même espèce); mais si on les compare attentivement, on ne tarde pas à reconnaître des différences, que leur constance ne permet pas de ne pas admettre comme caractères distinctifs. Ainsi la Colombe Luctuose est toujours plus grande que la Colombe Marine. Cette dernière a les pennes des ailes entièrement noires , tandis que chez la première elles sont d’un gris cendre et seulement bordées de noir. Chez celle-ci encore, la large bande qui termine la queue est, de même que la bordure latérale des pennes externes, d un noir moins foncé et s’étend moins sur ces dernières qui sont presque entièrement blanches, au lieu d’être largement terminées de noir. Enfin, la Co-
HISTOIRE
lombe Luctuose porte de chaque côté de Fabdomen une ligne noire qui s’étend de la partie postérieure de la cuisse aux couvertures inférieures de la queue , et dont on ne trouve aucune trace chez la Colombe Marine.
A ces légères différences près , la similitude des deux espèces est complète, La Colombe Luctuose est, comme la Colombe Marine, dans toutes les autres parties de son plumage, d’un blanc parfait, dont la combinaison avec la couleur grise de ses ailes fait naître l’idée de deuil exprimée par son nom. Nous l’avons figurée aux deux tiers de sa grandeur.
Elle a le bec blanchâtre et les pieds noirs.
Cette espèce remarquable est assez rare dans les collections, circonstance qu’explique ce que nous venons de dire de ses habitudes.
Le Muséum d’histoire naturelle de Paris en possède plusieurs beaux individus, provenant de la première expédition de la corvette l’ Astrolabe.
DES COLOMBES