‹ Les pilotes d'AngoChapitre 10 sur 46 · Dédiées en 1534 à l'amiral Chabot · texte numérisé non relu

Dédiées en 1534 à l'amiral Chabot

— Jean Florin, dit Oignon, n'est point savant comme lui ei n'a pas mené une vie si merveilleuse que lui. Seulement, Jean Florin est le meilleur Normand de toute la Normandie.

— Qu'entendez-voùs par là, notre ami? demanda Braquions.

— J'entends, dit le pilote, que Jean Florin est bon Français, servant bien le roi, et qu'au service du roi, monté sur un bon navire comme la Pensée, et ayant maître Etienne Picot pour procureur, il n'est point de méchant tour qu'il ne joue à nos ennemis, ces diables d'Espagnols et de Portugalais, le tout à grand profit de ménage. Or, que peut-il y avoir de plus beau que de gagner du bien en mettant à mal les ennemis du roi de France?

— Mais que diantre Etienne Picot vient-il faire dans ces prouesses? s'écria Braguibus. Quand Ulysses naviguait, avait-il un chicaneur avec lui ?

— Ulysses avait tort, répondit gravement Oignon, et la chicane est une belle chose et fort utile. Nous faisons à la fois la course et le commerce, et pour l'un ou l'autre il est bon d'avoir la loi de son côté. Je pense que jamais Jean Florin n'a piraté une caravelle ou un galion, ou pillé un port sans que maître Etienne Picot n'ait, par de bons et sages motifs et dues assignations en bonne forme, prouvé qu'il avait le droit de le faire. Ah! si le roi nous lâchait la bride !

— Eh bien? dit Braguibus.

— Oui, s'écria Pierre Oignon, il est fort heureux poulies Espagnols et les Porlugalais que le roi François Ier use à leur égard de tant de bonté et de courtoisie ; car s'il voulait lâcher tant soit peu la bride aux négociants français, en moins de quatre ou cinq ans ceux-ci lui auraient conquis l'amitié et assuré l'obéissance des peuples des nouvelles terres, et cela sans employer d'autres armes que la persuasion et les bons procédés1. »

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