De I'réyille, Histoire du commerce de Rouen
Oignon leva son bonnet. Nous en fîmes autant. « Un homme pareil s'entend à reconnaître le mérite dèsgens.
— Il nous a choisis pour nous prendre à son service, interrompit l'incorrigible Braguibus. Cela s'entend.
— Eh bien ! dit le pilote, parmi tous ces hommes de mer qu'entretient M. Ango, parmi Raoul et Jean Parmentier, et Jacques Cartier, et Jean Alfonse, et Jean de Verassan, il n'en est point qu'il prise autant que Jean Florin. Il le met par-dessus tous autres, et quand, à la barbe des Anglais, il arma un navire pour faire passer le duc d'Albany en Ecosse1, c'est à Jean Florin qu'il le confia.
— M. de Verassan paraît un fort habile homme, dit Braguibus. Savez-vous quelque chose de lui?
— Lui! répondit Pierre Crignon. Peu d'hommes le valent pour la science et le courage, et quant aux voyages qu'il a faits, ils sont les plus extraordinaires, les plus aventureux, les plus périlleux dont on ait oui parler. lia été dans l'Egypte, dans l'Inde et au Cathay, et l'on m'a raconté qu'il avait été gentilhomme de la Chambre du Grand Turc et maître d'armes du Sophi!
— Ventre-Mahom, que nous contez-vous là ! s'écria Braguibus. Votre homme sent le fagot, d'avoir été si fort avant dans les bonnes grâces de tous ces païens.
— Vraiment, dit Crignon, vous avez tort de vous en troubler l'esprit, notre ami ; M. de Verassan est fort bon chrétien, et son frère Hiérome de Verassan est, à Rome, familier de notre Saint Père le Pape. Pour moi, je me crois apte à reconnaître son mérite, car nous avons bien souvent raisonné ensemble de l'hydrographie et de la cosmographie, et c'est à lui que j'ai confié les recherches que je fais sur l'art de calculer les longitudes2.
— Mais Jean Florin le passe, à votre estime? reprit Braguibus.