‹ Les pilotes d'AngoChapitre 14 sur 46 · Sous-entendu facullalem · texte numérisé non relu

Sous-entendu facullalem

— La Pensce, dit Crignon, et le Sacre à tribord. » Comme le pilote me montrait le Sacre et la Pensée qu'il

reconnaissait rien qu'à voir le haut de leurs mâts, je vis qu'il avait les larmes aux yeux, et qu'il était son bonnet. Alors, pensant à mon père, l'eu M. de Gonneville, et à son bon navire le Saint-Jacques que, moi aussi, j'aurais reconnu dans mon enfance, je me pris à pleurer. A ce moment, nous entendîmes les cloches du Havre qui sonnaient V Angélus, nous descendîmes de cheval, et, mettant dévotement genou en terre, nous dîmes nos prières. Je me souviendrai toujours que le bon Vasseur me remit ses patenôtres, et, comme je voulais m'en excuser, me dit :

« Allez, monsieur, prenez. C'est feu M. le capitaine de Gonneville qui me les a données. »

Les deux premiers relevés furent Jean Florin et Etienne Picot. Chamouillac, regardant du côté de la mer, dit d'un ton dédaigneux :

«Cen'estpasune mer, cela. La mer en Gascogne est bien plus grande. Venez en Gascogne, je vous ferai voir la mer.

— Où prenez-vous la mer en Gascogne, monsieur de Chamouillac? dit Crignon stupéfait.

— Il n'importe où je la prends, répondit Chamouillac. Je la prends comme il faut, et je suis prêt à donner de l'épée dans le ventre à qui voudrait maintenir que la mer en Gascogne n'est pas plus grande qu'ailleurs. »

Etienne Picot, détachant de la selle de son cheval les sacs où il mettait ses papiers et pièces à procès, dont il ne se séparait jamais, donna un grand coup de bonnet à la compagnie.

<c Messieurs, nous dit-il, je m'en vais mettre un cierge à saint Yves, patron des avocats. Je suis à votre joli commandement jusqu'au départ, et au delà comme s'entend. Vous me trouverez toujours au logis de maître Gilles Lerouge, huissier à verges, si vous avez besoin de mes services pour quelque petit exploit ou quelque belle assignation. Messieurs, Dieu vous garde. »

Pendant qu'Etienne Picot entrait par une rue, nous entrions par l'autre, et ne tardâmes pas à nous arrêter au bord de la mer, devant une grosse tour ronde à la porte de laquelle se tenaient de nombreux varlets. Sitôt qu'ils nous eurent vus, ils s'empressèrent autour de nous, prenant nos chevaux et notre bagage et faisant de profondes salutations à la compagnie. Nous passâmes par une grande salle basse, d'où nous montâmes des degrés. Jean de Verassan et Jean Florin nous conduisaient : on voyait qu'ils étaient chez eux.

« Ce logis, me dit Oignon, appartient à M. Jean Ango. Il l'a fait tout récemment construire, et y a reçu le roi, notre sire. Nous y logerons jusqu'à notre départ. »

La voûte des degrés était peinte de sphères d'or avec la devise : Deus spes a juventate mea. Au premier étage s'ouvrait une galerie tendue de belles tapisseries à personnages représentant des Indiens et des Mores. Là s'arrêtèrent M. de Verassan, Jean Florin et Jean Alfonse, pour entrer dans leurs chambres. Au deuxième, les varlets nous firent passer par une galerie tendue de tapisseries d'Arras, représentant des feuillages parmi lesquels des tigres, des antilopes et diverses autres bêtes. Nous entrâmes dans une crande et belle chambre dont les fenêtres garnies de vitres donnaient sur la mer. Elle était meublée de deux lits, de plusieurs coffres et sièges, d'une table. Dans le fond s'ouvrait une petite porte par laquelle on arrivait à des degrés en vis conduisant à une chambre bâtie sous les combles. Dans celte chambre, percée de larges et liantes fenêtres, on voyait appendus au mur ou placés sur des tablettes tous instruments nautiques, physiques et mathématiques, tels que astrolabes, sphères armillaires, cartes marines, arbalestilles, compas. Une grande rose était peinte sur un carton, avec ses 360 degrés, et les vins ' des 3M2 vents marqués au Nord par une fleur de lis, à l'Orient par une croix, et à l'Occident par un aigle à deux têtes.

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