Épée droite à croisière et à quillons recourbas
A quoi bon des armes9 disait-il.
LES PILOTES D'ANGO. Cl
— Je vous crois, mon ami, dit Ciïgnon. La médecine vous en fournit amplement.
— Oui, dit Braguibus. Cette dague à ma ceinture est un faux ornement, comme qui dirait un symbole. Esculape n'est point représenté avec des armes, et jamais je n'ai vu Galien ou Hippocrate figurés l'armet en tète ou l'épée au poing.
— Cap de saint Arnaud ! dit Chamouillac, si vous êtes assailli, comment vous défendrez-vous? De la complexion que je vous vois, gros et court comme vous êtes, vous me semblez fort comme trente-six bœufs. Il vous faut une bonne épée avec un bon bouclier.
— Monsieur notre ami, dit Braguibus, je ne saurais pas m'en servir. Vous me verriez, au premier choc, me mettre à vau de route comme Iloratius, relicta non benè parmula. Je suis peu belliqueux, par vocation. Voudriez-vous que je fusse comme la lance d'Achilles dont la rouille guérissait les blessures qu'elle faisait? Voudriez-vous me voir, comme une autre Pénélope, défaire avec le tranchant de mon épée ce que j'ai fait et réparé avec mes drogues?
— Que saint Treignan me descousse, s'écria le valeureux Chamouillac, si je connais votre Horatius et votre Achilles ! Si Horatius s'est mis à vau de route, c'est qu'il était traître au roi, je vous le dis à votre barbe. Nous n'en voulons point de tels ici. 11 faut vous équiper, notre ami.
— Alors, dit Braguibus, je dois donc me résoudre à entreprendre le métier des armes. Bon. Je ne fais rien à demi. Me voici déjà devenu un foudre de guerre. Apportez-moi le glaive de Perseus, la lance d'Hector, le bouclier d'Eneas,le casque de Turnus. Je veux des armes forgées par Vulcain.
— Monsieur, dit l'armurier, nous n'en avons point céans de celui que vous dites ; mais je vous assure que celles que je vends, moi, Jérôme Coutard qui vous parle, sont tout aussi bonnes qu'elles, voire que celles de Zuniga1 de Tolède.
— Il faut nous en contenter, dit Braguibus. Je prends