‹ Les pilotes d'AngoChapitre 18 sur 46 · Fameux fabricant d'épées au XVIe siècle · texte numérisé non relu

Fameux fabricant d'épées au XVIe siècle

donc ce morion, il me plaît. Je prends pareillement cette pertuisane, j'aime les pertuisanes; l'ayant an poing, je pertuiserai le corps de nos ennemis.

— Il vous faut aussi une arquebuse, dit Chamouillac.

— Point, point, dit Braguibus. Entre mes mains elle serait inutile, telum imbelle sine iclu. Vos arquebuses font trop de fracas.

— Cap de saint Arnaud! s'écria Chamouillac, l'amitié que j'ai pour vous ne permet pas que je vous laisse partir sans arquebuse.

— Voire, dit Braguibus; mais si mon arquebuse est chargée de poudre, elle pourrait bien partir sans moi.

— Vous équivoquez, notre ami, s'écria Chamouillac. Vous avez de l'esprit autant qu'en Gascogne. Prenez cette arquebuse, pour l'amour de moi. Je vous enseignerai comment il faut en user. »

Vaincu par l'entêtement de Chamouillac, Braguibus se décida et emporta son arquebuse qu'il appelait tormetlr imii bellicum, et sa pertuisane qu'il tenait le fer en bas. 11 fallut ensuite le conduire chez les droguistes et apothicaires, où il lit provision de tout ce qui lui était nécessaire.

Donnant alors son arquebuse à l'un des garçons apothicaires qui emportaient ses drogues dans une manne, et sa pertuisane à l'autre sur la tète duquel il plaça son morion, il empoigna ses livres d'un air assuré, et nous dit en toute allégresse :

« Messieurs, j'ai présentement mon artillerie. Marchons. Devant cette mienne arquebuse médicale, Mars lui-même ne tiendrait pas le champ. J'ai emporté dans ma valise, avec mes besicles et instruments de chirurgie, un Hippocrate et un Galien. Marchons. La victoire nous est assurée, et le roi catholique n'a qu'à bien se tenir. »

Nous suivîmes Braguibus, riant jusqu'aux larmes. De fait on ne vit jamais homme aussi joyeux que ce bon médecin.

« Mes amis, dit Oignon, allez avec Vasseur qui vous conduira porter ces liardes et ces armes à bord de la Pensée. Pour Gonneville et moi, nous allons à notre hôtel réunir tous les instruments qui nous sont nécessaires dans notre profession de pilotes. Nous nous reverrons ce soir à souper, et demain...

— Et demain, dit Braguibus, nous dirons un long adieu au plaisant pays de France.

— Non, notre ami, dit Oignon en lui serrant la main. Nous ne ferons que lui dire au revoir, et nous partirons joyeusement, comme doivent partir d'honnêtes gens montant sur mer pour le service du roi. »

Les adieux de Picot furent touchants.

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