Poivre
vant, Normand, et aucuns disent aussi parle sieur Robinet de Braquemont, gentilhomme de la vicomte d'Arqués, qui fut ensuite amiral de France. Autrement, comment le roi de Castille, don Enrique troisième, aurait-il, par chartes et lettre- royaux, conféré la couronne et royaume des îles Canaries àJeande Béthencourt? Si les Espagnols avaientles premiers découvert les Canaries, en auraient-ils reconnu la possession à un gentilhomme normand, de Grainville la Tainturière? Non, Vertu-Dieu ! mais le Saint-Père Pape de Rome, c'était Innocent VIII, reconnut très-bien les droits de Béthencourt, qui avaient été cédés à ce dernier par Robinet de Bracquemont, son cousin, en échange des terres de Grainville et de Béthencourt.
— En quelle année, demanda Braguibus, dites-vous que le sieur de Béthencourt conquit ces Canaries?
— Il partit, répondit Crignon, le 1er mai 1402, de la Rochelle, avec plusieurs compagnons normands, auxquels se joignirent le sieur Gadifer de la Salle et plusieurs compagnons gascons.
— Cap de saint Arnaud, s'écria Chamouillac, je le savais ! Ne vous le disais-je pas tout à l'heure?
— Mais, dit Braguibus, ceci prouve que si les Normands ont été les premiers à passer le cap de Nun et découvrir les Canaries...
— Avec les Gascons, par tous les diables! s'écria Chamouillac.
— Vous jurez, notre féal, dit Braguibus. Ceci ne prouve pas, pour revenir à notre propos, que lesdits Normands et Gascons aient aussi passé le cap Boiador.
— Monsieur le médecin, dit maître Antoine Vasseur, nonobstant votre grand savoir, je vous apprendrai qu'au sud du cap Boïador sont les ruines d'un château duquel l'appareil des pierres porte des marques françaises, et à présent les Portugalais y sont: on l'appelle la Mine. Et quand les Portugalais y vinrent, il se trouvait que les Mores et païens de ce pays nommaient le poivre « mala-
guette », toul comme nous le nommons à Dieppe et k Rouen. Je les ai entendus le nommer ainsi quand je lus sur leur côte, il y a cinq ans.
— Igilur, dit Braguibus, ces messieurs Portugalais et Espagnols se gaussent de nous, quand ils prétendent s'attribuer tous pays au sud de la ligne, comme premiers découvreurs, et à bon droit le roi, notre sire, leur a demandé qu'ils lui fissent voir le testamenl d'Adam.
-Navire sous vent à nous! cria la vigie du liant de la hune du grand mât. Navire à tribord, sous vent, à nous ! "
Tout le monde sauta sur ses pieds. Avec Grignon, je courus sur le gaillard d'avant. Le soleil faisait miroiter la mer. Grignon, se couvrant les yeux de ses mains, s'écria :
« C'est une caravelle espagnole ! »
A l'instant même j'entendis la voix de Mauclerc qui criait au timonier :
« Le heaume au vent, ho ! »
Aussitôt notre capitaine, Jean Florin, s'écriant plus terriblement que ne lit Stentor à la guerre de Troie : « Pitre ' et tabour', sur le tillae, ho ! Sonnez le branle-bas de combat! Hissez le bourset de misaine, ho! »
Et, tout de suite après :
« Mauclerc, chassez sur eux!
— Le heaume à tribord, ho! cria Mauclerc. Coupons la route à ces matins!
— Vertu-Dieu ! s'écria Braguibus, l'astrologue parle comme un gendarme. Il semble enragé. Allons-nous avoir bataille? En ce cas, cedat toçja armis! Qu'on m'apporte iei ma pertuisane ! Je veux les étonner de ma vaillance ; je ne1 sens courage de lion. Allons à eux.
— Mort de tous les diables, cria le capitaine, que fait cet ivrogne de médecin ici? En bas! ho ! Voulez-vous des-