‹ Les pilotes d'AngoChapitre 26 sur 46 · Aujourd'hui Matanzas · texte numérisé non relu

Aujourd'hui Matanzas

regardait en souriant et en filant sa moustache d'avec sa barbe.

« Orçà, reprit-il, je vous vois tous ébahis. Pensez-vous que l'entreprise soit difficile? J'ai l'intention d'y mouiller mes soupes et d'y gagner bon butin. Il me semble que ce n'est pas si grand' chose.

— Si, mon capitaine, répondit Pierre Oignon, parlant -au nom de tous les compagnons ; ils sont bien deux cents gentilshommes et deux ou trois mille vilains bien armés, ce qui est bien grand'chose; et nous ne sommes pas assez de gens pour eux1. Toutefois, nous ferons notre effort d'y aller à votre joli commandement, parce que nous vous devons obéissance comme au roi de France notre sire luimême.

— Maître Pierre, dit le capitaine, je vous connais pour un homme prudent, avisé et aussi aventureux que quiconque. A présent, vous êtes mal informé de Chiorera. Il n'y a que cinquante gentilshommes et quinze cents vilains, comme je l'ai appris du capitaine espagnol que nous avons pris près de l'île Lancelot. Les autres sont partis pour la Nouvelle-Espagne, afin d'y gagner. Nous sommes assez de gens pour eux. Écoutez bien. Vous avez été tous ébahis de me voir emmener cet Espagnol Miguel sur notre navire. Sachez qu'il a été à Chiorera alcalde, c'est autant dire comme échevin chez nous. Il est bon gentilhomme de Castille, et vous savez que les Castillans ne pardonnent guère une injure.

— C'est agir en mauvais chrétiens, dit frère Nicolas.

— Fraile, dit Miguel en ôtant son bonnet, je suis aussi bon chrétien qu'homme du monde ; mêlez-vous de vos affaires. Je respecte votre caractère; mais patience et mauvaise intention. Attendons et mêlons les cartes.

— Vous vous damnez, mon ami, dit frère Nicolas. Vous

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