I. Jean de Bélhencourt, p
devez pardonner les injures, ou sinon vous vous damnerez.
— Or çà3 dit Jean Florin, c'est assez raisonner. Le sieur Miguel, étant alcalde ou éehevin, a été injustement battu de verges par le corrégidor Ae, Chiorera; c'est le juge de la ville. Il en veut tirer vengeance, pour l'outrage fait à lui.
— Que ne l'assignait-il en cour de Rouen? s'écria Picot. Jcm'engage, sur mon bonnet, à lui faire rendrejustice.il n'est pas besoin de témoin ; si lui gentilhomme a été outrageusement fouetté, il suffit qu'il produise les pièces. Il doit porter les marques sur son corps, corpus delicti. Les témoins sont dans ses chausses ; je suis prêt à verbaliser.
— Mort de ma vie ! s'écria Jean Florin, c'est moi qui me suis attribué le procès! Messieurs, est-ce chose loisible de fouetter un gentilhomme? Le sieur Miguel est en droit de tirer vengeance insigne de cette vilenie. Pour ce faire, il est venu me trouver, et s'engage à piloter notre navire à Chiorera et à nous guider dans la ville, pourvu qu'on lui abandonne le corrégidor. Pensez-vous maintenant que l'entreprise soit si difficile? Nous les surprendrons, par le chef-Dieu ! ne se gardant pas, et nous aurons aisément raison d'eux. Au surplus, c'est pour la liberté des mers que nous nous battrons et pour le service du roi.
— Vive le roi de France! s'écrièrent tous les officiers. Allons à eux ! Nous les tenons en notre pouvoir.
— Messieurs, dit maître Picot, la cause est entendue. Levons l'audience. Ils devront contribuer le quart de leurs biens pour la rançon de notre bon roi. Nous devons au roi le quint1 du butin. Prenant le quart de leurs biens pour le quint du roi, ils nous en redevront encore. Ils sont nos débiteurs dores et déjà ; allons recouvrer nos créances.
— Mes amis, dit le capitaine, voici comment j'ai délibéré de les assaillir. Demain, après avoir entendu la messe, nous approcherons assez près de la côte, dans une anse que connaît Miguel. Il y descendra sur la petite barque avec dix