SCENE V
BxVBILAS, seul.
Se donne-t-il un mal pour épouser une femme qui ne veut pas de lui, ce seigneur Sottinezl... J'aime bien Paquita, notre gentille camériste;mais si elle se sauvait avec un autre, je ne courrais pas après... mais il n'y a pas de danger ; pourtant elle est assez coquette, cette petite Paquita, et je crois ra'étre aperçu qu'elle faisait des yeux doux à ce gros lourdaud de Magloire.
LA FOLIE, SOUS Us traits de Paquita, lui donnant un soufflet.
Ahl je suis coquette l ah ! je fais des yeux à Magloire î
BABILAS.
Eh bien! quoi donc? qu'y a-t-il donc? Ahl c'est vous, Paquita? j'aurais dû vous reconnaître tout de suite au soufflet; c'est assez votre genre.
LA FOLIE
Et c'est ce que mérite un méchant garçon (tendrement) qui doute de mon amour et de ma fidélité.
BABILAS.
J'ai tort, la, j'ai tort, Paquita.
LA FOLIE
Vous n'aurez plus de ces mauvaises pensées-là?
BABILAS.
Non, sans doute... ah çà, mais vous avez donc quitté la maison en même temps que la sigaora Isabelle?
LA FOLIE
Il le fallait bien : je ne voulais pas la laisser seule avec ce jeune Français, et justement j'ai profité d'un instant où l'on ne me voyait pas pour prévenir le seigneur Seringuinos qu'ils vont sortir à l'instant môme. Où est-il, mon Dieu, où est-il?
BABILAS,
Il vient d'aller avec Sottinez chercher le corrégidor...
Il ne reviendra pas à temps; ne pourrais-tu pas courir après lui ?
BABILAS.
Mais qui veillera à la porte ?
LA FOLIE
Moi!
BABILAS.
Ah ! c'est vrai, je n'y pensais pas.
LA FOLIE
Va vite, cours, mon garçon.
BABILAS.
Oui, gentille camériste... l'amour va me donner des ailes.
Il court.
LA FOLIE
A l'autre maintenant.
Elle se transforme en grosse servante de caLaret, et se dirige vers le coin de rue où est place' Rodriguez,
RODRIGUEZ
On ne passe pas.
LA FOLIE
Et pourquoi donc ça?
RODRIGUEZ
C'est l'ordre.
Mais l'ordre ne peut pas m'empécher d'envoyer mes garçons au marché. Je suis la marchande de vin du coin ; est-ce que vous ne me reconnaissez pas?
RODRIGUEZ
Ah ! je vous reconnais maintenant ; c'est que la nuit...
LA FOLIE
Quant à mes garçons et à ma servante, je leur donnerai ma lanterne, et ce sera le mot d'ordre poiLr passer, n'est-ce pas?
RODRIGUEZ
C'est convenu. Vous entendez, vous autres, vous laisserez passer ceux qui auront une lanterne.