CHAPITRE XV
RIVALITÉS RELIMIEUSES,
Québec. — Situation difficile de Champlain, — Montmorency. Mne de Champlain. — Désordres et dangers de la colonie, — Nouveau monopole. — Le duc de Ventadour, — Les Jésuites, — Ca-
tholiques et hérétiques. — Richelieu, — Les cent associés,
Nous touchons au moment où l'existence de Champlain allait subir une transformation peu d'accord avec ses goûts et ses aspirations. L’ardeur d'aventure et d'exploration devait céder le pas au labeur pratique et sédentaire ; on a vu combien la lutte contre les éléments naturels et la population sauvage convenait
mieux à son tempérament que les soins à donner à
une colonie naissante ; mais il sut se consacrer avec un égal dévouement à l’accomplissement de cette tâche ingrate.
À Québec, les signes du développement de la colonie restaient faibles etrares. Au bord de l’eau, sous les rochers, se voyait l'habitation construite à la
hâte huit ans avant; auprès d'elle, les magasins des
trafiquants, la demeure des religieux et leur rustique petite chapelle. Sur le point le plus élevé du roc, à où se trouvent encore les batteries du château démoli de Saint-Louis, Champlain bâtit un fort, derrière lequel il y avait des jardins, des champs et quelques constructions.
Plus loin, sur les rives du Saint-Charles et sur le site actuel de l’hôpital général, les récollets édifièrent plus tard, en pierre, un couvent.
Québec méritait à peine le nom d'établissement : c'était à moitié une mission et à moitié une factorerie, dont les habitants sédentaires n’excédaient pas cinquante à soixante, tant religieux que trafiquants de pelleterie, avec deux ou trois malheureuses familles peu portées au travail actif.
Dans un viéil écrit, on représente facétieusement le fort comme n'ayant d’autres sentinelles que deux vieilles femmes et une couple de volailles ; tout y était désordre et discorde, Champlain avait bien l'autorité nominale, mais la direction réelle appartenait aux marchands, dans la dépendance desquels. était tout le monde, sauf les religieux. Chacun, envieux de son voisin, se réunissait dans un commun accord de jalousie contre Champlain, et, mu par de mesquines considérations d'intérêt personnel, cherchait à entra-
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RIVALITÉS RELIGIEUSES. 363 ver les progrès de la colonisation qu'ils s'étaient engagés à soutenir. On interdisait aux familles qui tentaient la fortune de l'émigration de trafiquer avec les Indiens, forcés de vendre les produits de leurs travaux aux agents de la compagnie à un prix inférieur à la valeur, et de recevoir en échange des marchandises évaluées à un taux exorbitant. Quant aux marchands, les uns étaient de Rouen, d’autres de Bretagne; les uns catholiques, leurs associés protestants; de là des tiraillements incessants. Tout exercice du culte protestant était interdit dans les domaines de la Nouvelle-France ; mais les huguenots mettaient la prohibition à néant, chantant leurs psalmodies hérétiques sur le pont des vaisseaux avec une telle vigueur, qu’ils remplissaient les oreilles des Indiens de leurs rudes mélodies. D'autre part, les marchands de la Rochelle qui avaient refusé de s’associer à la compagnie continuaient leur audacieux et illicite trafic sur les bords du Saint-Laurent, échappant aux poursuites, ou bien acceptant le combat s'ils étaient serrés de près, et produisant ainsi une cause d'irritation perpétuelle chez les tenants du monopole f,
4. Champlain, 1629, 1632, passim. Sagard, Hisloire du Canadu, passim. Le Clerc, Etablissement de da foy, IN-VI, Advis au Roi sur les affaires de la Nouvelle-France. Plainte de la Nouvelle-
France à la France sa germaine, passin,
Champlain témoigna dans cette difficile position d’autant de patience qu’il déploya d'activité : chaque année, il se rendait en France afin d'y soutenir les intérêts de sa colonie ; c'eût été trop devancer les appréciations de l’époque que d'ouvrir le commerce à toutes les concurrences; il ne chercha done qu'à réduire le monopole et à le réglementer dans une mesure qui servit utilement ses généreux desseins. L'emprisonnement de Condé devenait une autre source d’embarras, mais le jeune duc de Montmorency se mit à sa place, en lui achetant la lucrative lieutenance de la Nouvelle-France, moyennant onze mille livres, et laissant le commandement à Champlain.
Celui-ci avait réussi à imposer des lois à la compagnie des commerçants ct, se berçant de l'illusion qu'ils tiendraient leurs engagements, il conçut de nouvelles espérances pour l'avenir de la colonie; dans cette pensée, il s'embarqua pour Québec au printemps de 1620, emmenant sa femme; à leur approche, le canon salua leur arrivée sur la terre de son exil. Les bâtiments y tombaient en ruine, la pluie pénétrait de tous côtés, et la cour, dit Champlain, était aussi sale et ruinée que celle d’une ferme mise au pillage.
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