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INTRODUCTION
tion nombreuse, comprise entre vingt-huit villes et plusieurs villages. Leur contrée, d'une étendue de quarante lieues, embrassait les riches et fertiles districts du rivage nord du lac Erié, et les frontières s’'étendaient à l’est au delà du Niagara, où ils comptaient trois ou quatre villes !, Le nom de Neutres était dû à lu neutralité gardée par eux pendant la guerre entre les Hurons et les Iroquois proprement dits; les guerriers ennemis se rencontrant dans une hutte neutre, étaient forcés de vivre en paix, bien qu'une fois rendus au grand air la trêve fût rompue. Néanmoins, ce peuple avait une grande férocité, et tout en maintenant son attitude pacifique entre les frères ennemis, il restait en guerre ouverte avec les Masentins, horde algonquine d’au delà du lac Michigan, après avoir eu des démêlés antérieurs avec dix-sept autres tribus des Algonquins ?. Un trait de leur férocité habituelle était de brûler les femmes, coutume étrangère aux mœurs des Hurons, mais que les Iroquois pratiquaient souvent. Le pays abondait en gibier, dont ils étaient habiles chasseurs ; ils dépassaient en stature, en force, les Hurons, auxquels ils ressemblaient pour le mode de vie, bien que leur langage, semblable aussi au fond, en différât comme dialecte, Leurs mœurs étaient encore plus ouvertement déhon-
1. Lallemant, Relation des Hurons, 1641, p. T1. On nommait le Niagara la rivière des Neutres, ou le Onguiaahra. Lallemant estimait la population des Neutres, en 1640, à 12,000 âmes, dans 40 villages,
2. Lettre du père La Roche-Daillon, 8 juillet 1627, dans Le Clerc, Etabliss. de la Foy, I, 346.
3. Témoin le cas de Catherine Mercier, en 1651, et beaucoup ra exemples de femmes indiennes, rapportés par les anciens crivains,
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XXX INTRODUCTION
tées que celles des Hurons, et on remarque chez eux quelques usages d’une extravagance inouïe! On y conservait les morts dans les demeures communes jusqu’à ce que l’odeur devint intolérable; alors, grattant la chair de dessus les os, ils rangeaient les squelettes le long des murailles pour y attendre la Fête des morts, ou l’enterrement général et périodique. En été, les hommes ne portaient aucun vêtement, mais se tatouaient de la tête aux pieds avec du charbon pulvérisé,
Les rusés Hurons leur refusaient le passage à travers le pays, afin de les éloigner des Français, et les Neutres n'ayant pas l'instinct de prendre la route si facile du lac Ontario, qui leur serait restée ouverte et eût été protégée contre les Hurons par l’inimitié iroquoise, laissaient ceux-ci réaliser de gros profits par l'échange des marchandises françaises contre les fourrures de valeur que fournissaient les Neutres f,
Au sud et à l’est du lac Erié, vivait un peuple de la même famille, les Eriés ou nation du Chat, dont on sait peu de chose, Ils semblent avoir occupé l’État de New-York sud-ouest jusqu'au Genesee, frontière des Sénécas, et ils ressemblaient de mœurs et de langage aux Hurons; renommés comme guerriers, ils em-
4, La jalousie des Hurons devint extrème lorsque La Roche-Daillon visita les Neutres; dans la crainte qu'un trafic direct ne s'établit entre ceux-ci et les Français, ils firent répandre contre les blancs les inventions les plus insensées : par exemple, que les Français ne vivaient que de serpents et de poissons, et qu'ils avaient de longues queues: puis, que les femmes, tout en n'ayant qu'un sein, mettaient toujours six enfants à la fois au monde, etc., etc, Il résulta de ces sornettes que La Roche-Daillon faillit perdre la vie, les Neutres croyant qu'il
allait répandre une peste dans leur pays. (La Roche-Daillon dans Le Clerc, 1, 346.)
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INTRODUCTION. XXXI
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Sur le Bas-Susquehanna, se trouvait la formidable tribu nommée les Andastes par les Français. On ne connaît guère que leur analogie avec la race mère, comme langue, comme type et comme habitudes ; guerriers féroces et résolus, ils tinrent tête longtemps aux Jroquois de l’État de New-York, et les maladies finirent par les vaincre plus que le tomahawk *.
Dans le New-York central, s'étendant à l’est et à l'ouest depuis l’Hudson jusqu’au Genesee, on rencontrait le redautable peuple qui a donné son nom à la race iroquoise, en l’inscrivant en caractères indélébiles sur les feuillets de l’histoire de la primitive Amérique, Parmi toutes les races barbares du continent, ce sont les Iroquois du New-York qui tiennent la première place. Les éléments d'organisation, à l’état d’embryon dans les autres tribus, étaient chez ceux-ci érigés en système et recevaient un habile développe-
1. Ragueneau, Relation des Hurons, 1648, p. 46; Le Mercier, Relation, 1654, p. 10, « Nous les appelons la nation Chat, à cause qu'il y à dans leur pays une quantité prodigieuse de chats sauvages, » Les lroquois passent pour avoir donné ce même nom de Jegosasa, nation du Chat, aux Neutres. — Morgan, Ligue des Iroquois, 41. Synonymes : Erieis, Erigas, Erichronon, Riguchronon, Les jésuites u'eurent pas de mission chez eux, mais il semble qu'Etienne Brülé, l’aventureux interprète de Champlain, les visita pendant l'été de 1615, — Ce sont les Carantoüans de Champlain,
2. Gallatin se trompe en plaçant les Andastes sur l'Alleghanvy. Bancroft et d’autres écrivains ont adopté cette erreur, Les recherches de M, Shea ont prouvé leur identité avec les Susquehannocks des Anglais et les Minquas des Hollandais, — Voir Hist, mag., Il, 194. Synonymes : Andastes, Andastaerronnous, Antastoni (d'après les Francuis), Susquehannocks (Anglais), Minquas (Hollandais), Conestogas (Anglais),
XXXII INTRODUCTION
ment; en un mot, l’'Iroquois est le plus Indien des Indiens. Sauvage dans l’âme, mais un sauvage développé et achevé, il offre l'exemple peut-être le plus remarquable du degré d’élévation auquel peut atteindre un homme renfermé dans les limites de la vie primitive du chasseur. Les confédérés, ambitieux et agressifs, surent se servir des avantages géographiques d’une situation commandant, d’une part, les abords des grands lacs, de l’autre, les sources des affluents de l'Atlantique et du Mississipi, et en tirer tout le profit possible. Aussi patients et politiques qu'ils étaient féroces, ils furent non-seulement les conquérants de leur race, mais les puissants alliés, en même temps les ennemis redoutés des colons français et anglais, flattés et ménagés des deux côtés, mais trop habiles ou sagaces pour se donner sans réserve à aucun des partis. Leur histoire et leur organisation témoignent de la capacité qui assurait leur supériorité. Leurs légendes ou superstitions elles-mêmes, à travers bien des absurdités, offrent dans leur tradition une empreinte énergique qui contraste singulièrement avec les sottes créations de l'imagination algonquine. Après une étude attentive de leurs institutions, je ne crois pas que les Iroquois, laissés absolument à eux-mêmes, eussent fondé une société portant la marque d’une civilisation propre; mais ces instilutions sont pourtant assez caractéristiques pour mériter l'attention !.
1. Le nom d'Iroquois est français, Charlevoix dit : « 11 a été formé du terme hiro où hero, qui signifie : « J'ai dit », et par lequel ces sauvages finissent tous leurs discours, comme les Latins le faisaient autrefois par leur déri, et de oué, qui est un cri, tantôt de tristesse, lor:-
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