ORGANISATION SOCIALE ET POLITIQUE DES IROQUOIS
Dès qu'on aborde la question de l'organisation sociale des Indiens, un problème en apparence difficile à résoudre se présente à l’esprit. Comment ces sociétés populeuses, avec des tempéraments violents et indisciplinés, pouvaient-elles vivre en paix sans lois reconnues et sans une autorité respectée? Il y avait pourtant là des villes où des milliers de créatures vivaient dans une harmonie que notre société moderne pourrait leur envier, Cette bizarre contradiction est due à des particularités du caractère et des habitudes des Indiens, car cette race intraitable était à de certains points de vue le peuple le plus malléable et le moins difficile à diriger qui existât.
Les premiers missionnaires furent charmés du docile acquiescement avec lequel leurs instructions furent accueillies; pourtant ils ne tardèrent pas à découvrir que ces auditeurs si complaisants ne croyaient ni n’entendaient un mot de ce qu'ils acceptaient si facilement ; ils s’y prêtaient par une sorte de courtoisie qui ne pouvait, à la longue, suffire à satisfaire les missionnaires, mais dont l'habitude les maintenait dans un parfait
qu'on le prononce en trainant, et tantôt de joie, quand on le prononce plus vite, » Histoire de la Nouvelle-France, 1, 211. — Leur véritable nom est Hodenosannee ou Peuple de la Longue-Maison, parce que leur confédération des Cinq nations formait une longue ligne à travers le New-York central, et ressemblait ainsi à une de ces longues maisons
d'écorce déjà décrites, Le nom d’Aguanusesoni, qui leur est attribué
par Lafitau et Charlevoix, eu le traduisant « faiseurs de cabanes », peut avoir été un dérivé du vrai nom primitif,
XXXIV INTRODUCTION
accord entre eux. Cet empire sur eux-mêmes était dû à une fierté personnelle qui recouvrait la nature sauvage de ces hommes au point de faire illusion, L’Indien, bien que vaniteux, vantard, arrogant et vindicatif, supportait la raillerie et le sarcasme avec une singulière patience; avide et glorieux, il savait être prodigue, donnait souvent tout son avoir pour satisfaire aux mânes d’un parent défunt ou pour acquérir de l'influence et gagner l'approbation et la faveur de ses voisins, quant à la crainte de l'opinion pub'ique, elle égalait et dépassait celle des peuples civiusés.
Tous les Indiens, principalement ces tribus populeu.*s e, sables, possédaient un code de courtoisie dont les exigences rigides étaient des plus respectées et qu’on ne pouvait enfreindre sans encourir la censure publique; la nature si peu réglée des Indiens se soumettait à toutes les entraves de la coutume; les usages établis prenaient force de loi comme chez tous les peuples n'ayant que la tradition pour guide, et ces usages devenaient, par le fait, la loi commune, bien que sans tribunal pour l’imposer ni pour la contrôler, Dans ces sociétés démocratiques au fond, mais non dans la forme, le respect pour la supériorité native et la facile soumission qu'elle obtenait sont un trait caractéristique. Prompts à s’entr’aider dans le malheur, ils témoignaient souvent d’un esprit de confraternité charitable, Lorsqu'une jeune fille se mariait d’une façon fixe, les autres femmes du village l’alimentaient de bois pendant un an, chacune pour sa part; on voyait aussi les hommes d’un village se réunir pour rebâtir des demeures à une ou à plu-
plaisa par d