‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 20 sur 117 · LE MC TO · texte numérisé non relu

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oreilles, ou couchés, les uns sur le dos, les autres sur le ventre, chacun fumant une pipe, et discutant les affaires de leur État avec autant de gravité et d'examen que le fait la Junte espagnole ou le grand Conseil de Venise. »

Les jeunes guerriers avaient aussi leurs réunions. ainsi que les femmes; les opinions et les désirs de tous étaient représentés devant le conseil ou sénat, par des délégués qui portaient également leurs vœux devant le grand conseil confédéré des sachems, Le gou-

XLIV INTRODUCTION

vernement de cette république reposait donc uniquement sur ces conseils à degrés successifs; par ces mêmes conseils, toutes les questions et les règles étaient débattues et fixées : la vie de l’Iroquois était contenue dans le cercle de la guerre, de la chasse et du conseil, et il vivait dévoué au même degré à chacun de ces trois intérêts.

Dès qu'une question s'élevait, réclamant la -"mpétence du gouvernement de la ligue, les sacher ; des diverses nations avaient le droit de se convoquer par l'intermédiaire de courriers, porteurs de ceintures de wampum et de messages verbaux. La réunion habituelle du conseil se tenait dans la vallée de l’Onondaga, centre politique et géographique de la confédération, Si l'assemblée avait à se prononcer sur des points d’un intérêt majeur et général, une grande partie de la population suivait les sachems, envahissait les demeures hospitalières de la ville, ou bivouaquait dans les champs et les forêts environnantes.

Pendant que, dans la maison du conseil, les sachems délibéraient, les chefs, les vieillards, les guerriers, et souvent les femmes, tenaient conseil à part, et leurs opinions, transmises par les députés au grand conseil, n'étaient jamais sans influence sur les décisions de celui-ci.

L'ordre le plus absolu régnait dans ces délibérations, en se conformant au rigorisme du respect parlementaire tel que l’entendaient les Indiens. La conférence s’ouvrait par une invocation aux esprits; aucune exaltation dans le débat, ni interruption;

chacun à son tour donnait son opinion, non sans avoir

répété le sujet de la discussion et reproduit les raisons

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INTRODUCTION

énoncées précédemment, afin de prouver qu'il comprenait bien ce dont il allait parler; on peut s’imaginer, d’après cela, combien les débats devenaient prolixes et la consommation du tabac immodérée !

Il en résultait pourtant, avouons-le, une parfaite connaissance des affaires débattues, qui, jointe à l’astuce rare de ces politiques du désert, faisait l’objet de l'admiration des Européens. « C’est par leur politique subtile, dit Lafitau, qu'ils ont pris un tel ascendant sur les autres nations, divisé et maîtrisé les plus courageuses, qu'ils sont devenus la terreur de leurs voisins éloignés, et ont su garder une pacifique neutralité entre les Français et les Anglais, courtisés et redoutés de tous deux {, »

Différant en ceci des Hurons, les décisions des eonseils demandaient une entière unanimité, La fréquence et la facilité avec lesquelles s’accomplissait cette condition a lieu, avec nos usages modernes, de nous surprendre ; c’est un des exemples frappants de ce curieux mélange des natures indiennes, formé de résolution tenace et indomptable, et de la souplesse avec laquelle ils cédaient et se ployaient à la plupart des habitudes quotidiennes ; on peut s'expliquer aussi cctte bonne harmonie publique par leur esprit d’ar-

1. Lafitau, Ï, p. 480. Beaucoup d'autres écrivains français s'accordent sur ce point, La Potherie, le soldat historien, après avoir décrit d'organisation de la Ligue, ajoute : « C'est là cette politique qui, par “une liaison admirable de toutes les parties qui les composent, contribuent toutes unanimement au merveilleux effet qui en résulte, » Et plus loin : « Les Français ont avoué eux-mêmes qu'ils étaient nés épour la guerre, et quelques maux qu'ils nous aient faits, nous les avons toujours estimés, » (Hist, de l'Amérique septentrionale, NT, p: 32.) Son ouvrage fut publié en 1722.

$ h | Fi XLVI INTRODUCTION.

dente nationalité; car jamais, depuis les beaux jours les ti de Sparte, l'existence individuelle et la vie nationale naiel ne furent aussi intimement unies. l’opi Nous avons déjà vu que les sachems de la Ligue pond étaient également les sachems de leurs nations res. oblig pectives : ils parlaient peu dans les conseils des chek sent | secondaires et des vieillards, sauf pour présenter les surpi sujets de discussion !; leur influence s’y exerçait néan- mém moins, et devenait aisément suprême; car ils parve. que p naient toujours à s'assurer les voix des plus influent pour. du conseil, par lesquels, tout en restant dans l'ombre, tions. ils dirigeaient les débats du conclave :. les au C’est parmi ces chefs inférieurs que se recrutaien plusie presque toujours ceux qui étaient chargés, dans le: niques occasions publiques, de prendre la parole, de défendr certai les intérêts de la nation ou d'exprimer ses vœux; des. Leurs tinés de bonne heure à ces fonctions, la nature et l’édu tant d cation les y rendaient propres; ils étaient versés dan: cours chives 4. Lafitau, I, p. #79. un 2. Le témoignage de Lafitau est très-caractéristique : « Ce que CORSeI dis de leur zèle pour le bien public n'est cependant pas si univers nir et( que plusieurs ne pensent à leurs intérêts particuliers, et que les sx confiés chems ne fassent jouer plusieurs ressorts secrets pour venir à bout nobate leurs intrigues. Il y en a tel, dont l’adresse joue si bien à coup ParTois qu'il fait délibérer le conseil plusieurs jours de suite sur une matie qu'eur dont la détermination est arrêtée entre lui et les principales tèt Hollanc

avant d'avoir été mise sur le tapis, Cependant, comme les chefs se:

tre-regardent et qu'aucun ne veut paraitre se donner une supérior! SION I

qui puisse exciter la jalousie, ils se ménagent dans les conseils pl discour que les autres; et quoiqu'ils en soient l'âme, leur politique les obli: ee à y parler peu et à écouter plutôt le sentiment d'autrui qu’à y donne PAP DE} le leur; mais chacun a un homme à sa main qui est comme um Nous espèce de brülot, et qui étant sans conséquence pour sa persont # les Iroq hasarde en pleine liberté tout ce qu'il juge à propos, selon qu'il ù concerté avec le chef même pour qui il agit, » (Mœurs des sauvage repress 1, p. 481.) considé

1X jours ationale

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$ sauvagti

INTRODUCTION. XLVII

les traditions et dans l’histoire de leur ligue; ils devenaient de véritables orateurs, comptant haut dans l'opinion populaire, et y ayant une influence prépondérante. En écartant les figures, métaphores obligées dont ils surchargeaient leurs discours, on y sent la trace d’une intelligence aiguisée, une mémoire surprenante et une éloquence digne de ce nom. La mémoire de ces sauvages acquérait un développement que personne ne pourrait égaler ; sans archives écrites pour garder le souvenir des Événements et les stipulations des traités, leur mémoire suppléait à tout; comme les autres tribus indiennes, d’ailleurs, ils s’aidaient de plusieurs moyens, tous de l’ordre des signes mnémoniques, tels que paquets de baguettes rangées d’une certaine façon, d'emblèmes et d'images grossières, Leurs fameuses ceintures de wampum portaient autant de signes représentant, soit un acte, soit un discours ou bien la clause d’un traité, C’étaient là les archives publiques confiées à la garde de plusieurs conservateurs, dont chacun restait chargé du souvenir et de l'interprétation des emblèmes qui lui étaient confiés. La signification de ces ceintures se répétait parfois dans les conseils publics; dans les conférences qu'eurent avec eux les Français, les Anglais et les Hollandais, rien ne surprit ceux-ci plus que la précision inouïe avec laquelle, avant de répondre à leurs discours, les orateurs indiens les reproduisaient point par point.

Nous sommes amenés à parler du code criminel chez les Iroquois et les Hurons, et des rares occasions où la répression prenait un caractère public. Le meurtre, considéré chez eux, à l'exception de 4 sorcellerie,

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