‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 21 sur 117 · XLVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVIII INTRODUCTION

comme le plus grave des crimes, était rare. Si la victime et le meurtrier faisaient partie du même clan, l'affaire était regardée comme querelle de famille, et s'arrangeait entre les proches parents des deux côtés; l'opinion publique déterminait en général un accommodement pécunier sous forme de présents, sans effusion de sang; mais si le meurtrier et l’assassiné tenaient à des clans différents, et encore plus si la victime était de nation étrangère, toute la tribu intervenait pour éviter une cause de discorde ou de guerre; chacun se préoccupait d'apaiser la partie offensée par des dons, et dans ce but, on levait des contributions géntrales, dont l'usage déterminait le nombre et la valeur. Chez les Hurons, il fallait trente présents d’une valeur considérable pour racheter la vie d’un homme, et celle d’une femme était fixée à quarante présents, en raison de sa faiblesse pour se défendre, et parce que sur elle reposait la perpétuité de la population. Toutes ces stipulations concernaient les victimes ap: partenant à la même nation; mais s’il s’agissait d’un Indien des tribus étrangères, la compensation devait être plus élevée, puisque sa mort entraînait la menace d'un cas de guerre,

On offrait ces présents en conseil solennel, avec le cérémonial prescrit; les parents du mort pouvaient les refuser ; en ce cas, le meurtrier leur était donné comme esclave, mais ils n'avaient aucun droit de le tuer; ils

4. Lallemant, tout en s'élevant contre une coutume ayant pour résultat de rendre le publie et non le criminel responsable de l'offense, affirme que les grands crimes étaient plus rares qu'en France où le coupable est puni personnellement, (Lettre au P. provincial, 45 mai 1645.) Voir anssi Ragueneau, Relation des Hurons, 1648, p. 80.

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INTRODUCTION. XLIX

eussent ainsi encouru la censure publique, et dû à leur tour faire amende honorable. En outre des offrandes principales, on en donnait de moindres, toutes symboliques et accompagnées d’une formule consacrée, telle que : « Par ceci, nous lavons le sang de la victime», ou bien: « Ainsi, nous fermons sa blessure », ou encore : « Par là, son corps est revêtu d’une chemise neuve », et ainsi de suite, avec une prolixité et des particularités sans nombre,

Les Hurons étaient des voleurs fieffés; les Iroquois ne valaient guère mieux, malgré les assertions contraires. Chez les uns et chez les autres, il était licite au volé, non-seulement de reprendre de force son bien, mais encore, s’il le pouvait, de dépouiller le voleur de tout ce qu’il possédait.

Il est probable que la force bénéficiait seule de cette habitude, et que le faible n’en devenait que plus la proie des pillards; mais ici encore, les liens de famille du clan intervenaient; parents et hommes du même clan se réunissaient pour faire rendre justice à celui qui ne pouvait y parvenir par lui-même ?,

Les sorcières, dont les Hurons et les Iroquois étaient vraiment infestés, soulevaient cependant l’aversion générale, et la réprobation qui s’attachait à elles autorisait à les tuer partout où on les rencontrait,

Tout individu considéré comme coupable du crime de trahison, ou comme nuisible et dangereux pour la

1. Ragueneau donne le détail d’une de ces cérémonies, Celles des Iroquois étaient semblables, et d'autres tribus observaient la mème loi, mais avec moins de formalités cérémonieuses,

2. Les moyens pour découvrir les voleurs étaient réguliers et systématiques, d'après des usages établis; au dire de Bressani, aucun voleur ne tentait jamais d'accuser un innocent à sa place,

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paix publique, était jugé en conseil secret des chefs et des vieillards, et condamné à mort. On chargeait quelque homme encore jeune de tuer le coupable; il guettait l’occasion, puis le poignardait ou lui cassait la tête à l’improviste, mais en général sous le porche obscur d’une des maisons, Agissant par ordre, le meurtrier officiel ne pouvait être poursuivi, et les parents du défunt n'avaient aucun moyen de recours, même s'ils en témoignaient le désir; ilest vrai de dire que pour obvier aux réclamations, le conseil avait la précaution d’accuser presque toujours d’avance la victime désignée du crime de sorcellerie, lui aliénant ainsi ses meilleurs amis,

L'organisation militaire des Jroquois n'avait quelque efficacité que par le fait de leur union civile et de leur bravoure personnelle. Ils avaient deux chefs de guerre fournis par la nation des Sénécas; mais sauf dans des occasions exceptionnelles, ceux-ci ne paraissent pas avoir dirigé les opérations ; les Iroquois vivaient dans un état d’hostilité chronique avec toutes les tribus environnantes, si ce n’est avec celles dont ils pouvaient exiger un tribut. Tout homme jouissant du crédit populaire pouvait lever une expédition de guerre; il annoneait son intention dans le village, chantait ses chansons guerrières, lançait sa hache dans le poteau de guerre, et dansait la danse du combat. Ceux qui le désiraient se joignaient à lui, et le groupe belliqueux se mettait aussitôt en marche, n’emportant qu'un peu de farine et de sucre d'érable en fait de provisions. Dans les grandes occasions, on concertait l’action; les divers groupes se réunissaient à un rendez-vous convenu, d’où ils partaient ensemble, Les meneurs de ces entre-

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prises guerrières appartenaient presque toujours, comme les orateurs, à la classe des chefs secondaires. Les Iroquois suivaient une tactique d'accord avec les forêts sombres et presque impénétrables où ils devaient combattre; là, ils devenaient de redoutables adversaires ; mais en rase campagne, malgré leur bravoure reconnue, ils luttaient avec désavantage contre l'Européen.

Tout est bizarre et inconsistant dans les mœurs et les institutions ce ce singulier peuple ; on voit une oligarchie héréditaire à la tête de la nation, dont l'esprit est tout démocratique ; non que les Iroquois eussent eu de nos jours les instincts socialistes qu’on se plaît à croire éwalitaires, car nuls n'étaient, comme nous l’avons déjà vu, plus prompts à reconnaître et à accepter la supériorité due au mérite personnel ou aux usages établis; mais chaque Indien, à quelque degré de caste qu'il appartint, avait part à la conduite de la chose publique, et n’abandonnait jamais son sauvage esprit d'indépendance. Les sachems et les chefs visaient toujours à exercer l'autorité sans paraître la posséder ; ils ne portaient aucun insigne de leur dignité ; ils n’étaient pas plus riches que les autres ; souvent même les largesses qu'ils faisaient, dans le but d'augmenter leur influence, les rendaient plus pauvres: ils chassaient et pèchaient pour vivre, et pourtant, sales, graisseux et repoussants autant que leurs subordonnés, ils portaient en eux une certaine dignité native quis’accordait bien avec leur maintien théâtral et leur taille souvent imposante, et que ni la peinture d’ocre, ni la graisse d'ours ne pouvaient altérer,

L'Iroquois est resté fermement attaché à ses institu-

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tions, à ses rites, à ses traditions et aux fêtes de la Confédération. La plupart des éléments de son sys- é tème social sont communs à toute la race indienne; quere s’il y eut des efforts pour les réunir en une sorte de législation traditionnelle, les Iroquois pourtant n’innovèrent rien, ils édifièrent avec des matériaux émanant du passé, et donnèrent un corps et des formes con. POP?

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son déclin actuel. La nation s’affaiblit chaque jour; étant

mais soutenue par les liens de parenté et de clan, la etpar

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les Iroquois dégénérés ressaisissent avec une mélancolique fierté les souvenirs de leur gloire disparue. popule

On se demande si les Iroquois, poursuivant en paix le cours de leur destinée, fussent sortis de l’état sauvage ? Supérieurs comme ils l’étaient à toutes les au-

h ue 4 ue Les tres tribus américaines, ils ne fournissaient pourtant du Nor aucun indice d’aspirations au delà de la vie gaerrière Es

et chasseresse; ils semblent y avoir tenu avec une

° Là ° e Li Q Considi ardeur invétérée, ainsi qu’à leurs routines barbares; x 4 EE k ment ils égalaient en férocité les plus mauvais de leur race; LE raiso Q Q . « (20 aussi la puissance d'expansion de leur système n’a-t-elle Lo point produit de résultat apparent. Entre les année: en ; üne div 1712 et 1715, les Tuscaroras, peuple de la même famille, furent admis dans la ligue comme sixième na- 1. Les tion, mais non sur un pied d'égalité. Plus tard, dans pu la période de leur déclin, plusieurs autres tribus furent 9,200 gu considérées comme faisant partie de la Ligue; pour- Æreenhal , . . . . nea B tant, en réalité, les admissions n’eurent pas lieu, Les . Lu re

Iroquois montrèrent toujours une grande répugnance ad

à s'associer d’autres peuplades et à les laisser pénétrer .

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INTRODUCTION, LIII

dans l'enceinte de la Longue-Maison ; mais ils pratiquèrent constamment un système d'adoption dans lequel, malgré son origine sauvage et cruelle, ils trou vèrent de grands avantages, Lorsqu'ils avaient massacré assez de prisonniers de guerre pour satisfaire leur propre férocité et celle des femmes, ils répartissaient ceux qui restaient, hommes, femmes ou enfants, dans les différents groupes de chaque clan; adoptés comme étant de la famille, ils étaient incorporés à la nation, et par ce moyen les Iroquois parvenaient à réparer les pertes subies dans les guerres ; aussi, dès le xvr11* siècle, et même avant, une proportion importante de la population consistait-elle en prisonniers adoptés {.

Il nous reste à faire connaître les idées religieuses ét surtout les superstitions qui régissaient si profondément la vie indienne.

Les croyances religieuses des Indiens de l'Amérique du Nord sont formées de contradictions et d’anomalies qui semblent d'autant plus frappantes qu’on les considère au point de vue de l'impression généralement populaire. D'un côté, la poésie, l'imagination et le raisonnement s'accordent pour admirer ces natures incultes qui, livrées à leur seule inspiration, adoraient une divinité omnipotente, un grand esprit omniscient et

4, Les Iroquois étaient à l'apogée de leur prospérité en 1650. Morgan évalue leur nombre d'alors à 25 mille âmes ; mais ce chiffre est exagéré, car l’auteur de la relation de 1660 ne compte que 2,200 guerriers, et Le Mercier, en 1665, pans de 2,350. L'Anglais Greenhalgh, qui les visita en 1677, note 2,150 guerriers; Du Cheseau, en 1681, les porte à 2,000, ete.; De fi Barre, en 1684, en ins- "“crit 2,600, des adoptions ayant grossi la population guerrière ; le mé-

oire adressé au marquis de Seignelay, en 1687, revient au chiffre

+. 2,000; tous ces chiffres impliquent une population de 10 à 12 mille

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omniprésent, et qui arrivaient ainsi à une conception morale trop élevée même pour Socrate et pour Platon, D'autre part, nous voyons ces sauvages plongés dan: un chaos de superstitions grotesques, dégradantes «! incohérentes. L'examen démontre pourtant que ce: contradictions étaient plus apparentes que réelles. Le monde matériel pour l’Indien est tout de sensa. tions et d'intelligence; les oiseaux, les bêtes, les rep: tiles ont selon lui le don d'entendre la prière humaine, et ils exercent une influence sur la destinée humaine; un pouvoir mystérieux et inexpliqué réside également dans des objets inanimés; ceux-ci peuvent aussi écouter la voix de l'homme et peser sur sa vie dans la balance du bien et du mal, Les lacs, les chutes d’eau, les ri vières servent de demeure aux esprits, mais l’Indien croit plus souvent encore que ces objets sont des être: vivants eux-mêmes qu'on peut se rendre propices par des prières et des offrandes. Les lacs et les fleuves possèdent donc une âme ayant la faculté d’être mécon: tente ou satisfaite; dans le silence des forêts, dans les

profondeurs du ravin, réside un mystère vivant, in-

défini et d'autant plus redoutable. Dans l’œuvre entière de la nature rien n’existe, quelque vulgaire qu’er soit l’objet, qui ne puisse être doué du pouvoir secret de faire du bien ou du mal.

La parenté de l’homme et des animaux leur sem!) évidente ; chaque espèce animale a un type or in we, son roi ou son progéniteur, qui doit exist aelque part, et être immense dans ses proportions, bien qu semblable à ses descendants de forme et d'espèce; : croyance prévaut, vague mais enracinée, que les hommes eux-mêmes trouvent leur première parenti

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