‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 25 sur 117 · M, School · texte numérisé non relu

M, School

Reerches algi

INTRODUCTION. LIX anté son tour, est roi de tous ces rois de race animale. La esait tradition diffère sur son origine. Selon la croyance la imé, plus répandue, son père est le Vent de l'ouest, sa mère ours, l’arrière-petite-fille de la Lune, et son caractère est d'un digne d'un si haut lignage. Tantôt ilest oiseau ou loup, selon ou lièvre gigantesque, entouré de sa cour de quadru-

ésage pèdes; tantôt il se manifeste sous une forme humaine, rtera majestueuse et ornée de tous les dons, puissant magi- Iqu'i cien, destructeur des serpents et des manitous maltoufte faisants; quelquefois, il devient un gnome malicieux, te est jouant de vilains tours et plein de caprices enfantins, n des bouffon et victime à la fois des hommes, des bêtes et tabac, des esprits. Son pouvoir de transformation est illimité ; nance, Sa curiosité et sa malice sont insatiables; mais les aelque innombrables légendes dont il est le héros ne brillent ndreà due par leur triviale incohérencet, Il ne parait pas regar. ‘(ue Manabozho ait jamais été l’objet d’un culte. Genation Dendant, en dépit de l'absurdité de cette création, la 12. tradition le déclare chef de tous les manitous; il est, classe en un mot, le «Grand Esprit ». C’est lui qui répare les TE Ch désastres du monde causés par le déluge. La légende ntest Andienne raconte qu'un jour, il chassait en compa- Mana- &nic d'un certain loup, son frère, selon les nns, ou selon né és les autres, son petit-fils, lorsque ce parent : uadrupède zho, à tomba sous la glace du lac ct fut dévoré par les serpents cachés dans l’antre humide; Manabozho, ivre de vengeance, se transforme en tronc d'arbre, et, par devoirs £et artifice, surprend et tue le roi des serpents, pen- En dant qu'il faisait la sieste au soleil avec les reptiles e initim 8es compagnons. Ces serpents, tous manitous, suscifétiches,

tion de :!: M. Schoolcraft a recueilli une partie de ces légendes, Voir Recherches alyiques, vol, 1,

LX INTRODUCTION

tèrent dans leur rage l’inondation du lac qui submergea la terre. Manabozho monta sur un arbre; celui-ci, pour obéir à son ordre, grandissait au fur et à mesure que le flot grossissait, et le sauvait ainsi de la vengeance des mauvais esprits. Ayant de l’eau jusqu’au cou, il jeta ses regards sur l’étendue aquatique, et discerna enfin un oiseau à l’industrie duquel il fit appel pour reconstruire le monde. L'oiseau se met en quête d'un peu de boue, comme élément de reconstruction, mais il ne peut atteindre aux profondeurs voulues ; un rat musqué fait la même tentative, mais ne réapparaît que flL'ant sur le dos et mort en apparence. Néanmoins, Manabozho, en ouvrant l’une de ses pattes, y découvre un atome de limon, et ceci, avec la carcasse du petit oiseau, lui suffit pour créer le monde à nouveau ‘.

La tradition accuse plusieurs formes. Manabozho apparaît, non comme le restaurateur, mais bien comme le créateur du monde, formant l'humanité à l’aide de carca:ises de bêtes, d'oiseaux et de poissons”, Tantôt il est représenté épousant une ratte musquéc

1. Cette fiction avait cours parmi les Algonquins éloignés, V, le récit de Misson dans la Relation de Le Jeune, 1633, 16; il est en résumt le même que celui que nous donnons ici.

2. Au commencement de toute chose, Manabozho, sous la forme di grand Lièvre, était sur un radeau, entouré d'animaux qui le reconnaissaient pour leur maitre. On ne voyait aucune terre; désireux de créer le monde, le grand Lièvre persuada au castor de plonger pour trouver un peu de terre; mais le plongeur aventureux revint inaniw à la surface; la loutre essaya ensuite et échoua également; enfin le rat musqué se proposa pour l’entreprise désespérée, il plonga, et après être resté un jour et une nuit sous l’eau, il réapparait près du radeai avec les apparences de la mort et toutes les pattes fermées ; les autre: animaux les desserrent et y trouvent une parcelle de sable, avec kr quelle le grand Lièvre créa le monde, Perrot, Mém. déjà cité,

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INTRODUCTION. LXI

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* dans la cosmogonie algonquine.

Pour avoir une conception un peu plus élevée de l'existence surnaturelle, nous trouvons chez les Algonquins primitifs les traces d’une croyance vague er un esprit dont la forme indécise prend le nom d’Atahocan; mais il ne semble pas avoir été l’objet d’un culte, ou en possession d'attributs particuliers, et il n’y a nu Indien de cette croyance au delà des tribus du Saint- Laurent inférieur. D’autres peuplades reconnaissaient un manitou suprème dans le soleil{, Les Algonquins

-révéraient aussi un manitou malfaisant, dont les mis-

sionnaires firent le représentant du démon, mais que les sauvages redoutaient moins que sa femme. Celle-

‘ci portait un vêtement fait des cheveux de ses vic-

times, car elle causait leur mort, et c’est elle que,

par leurs hurlements, leurs cris discordants, le bruit des tambours et des bâtons, les Indiens cherchaient à éloigner de leurs malades; quelquefois, pendant la nuit, une squaw terrifiée l’apercevait dans la forêt, sous la figure d’une flamme de feu, et lorsqu'elle raicontait en tremblant la vision au cercle accroupi autour du foyer, les assistants brûlaient un morceau de viande au feu, afin d’apaiser le démon femelle.

L'Est, l'Ouest, le Nord et le Sud étaient vaguement

ipersonnifiés comme esprits ou manitous; le Vent

1. Cette croyance était prédominante; les Ottawas, selon Ragueneau

(Relation des Hurons, 1648, 17), avaient l'habitude d'invoquer l’Au-

tour du monde, l'Auteur de l'hiver, le Dieu des eaux et les sept Esprits de l'air. Ragueneau dit encore : « Les peuples de ces contrées n'ont recu de leurs ancêtres aucune connaissance de Dieu », et il ajoute :

«car je ne puis voir dans cette invocation aucun sentiment religieux. »

LXII INTRODUCTION

d'ouest passait pour le père de Manabozho; il y avaitun faiseur d’été et un faiseur d’hiver ; les sauvages cherchaient à tenir ce dernier à distance en jetant des fers rougis dans l’espace.

Lorsqu'on quitte la famille algonquine pour celle des Iroquois, on trouve d’autres notions sur les êtres surnaturels, Selon les traditions huronnes et iroquoises,

alors que la terre n’était qu’une vaste plaine liquide, | il existait un ciel avec des lacs, des plaines, des cours | d’eau, des forêts, habités par des animaux, des esprits, |

et même, selon quelques-uns, par des êtres humains, Ici, apparaît un esprit femelle, du nom d’Ataentsie. Un jour qu'elle chassait l'ours, celui-ci glissa dans

une fissure, et tomba sur la terre ; le chien d’Ataentsie À

le suivit, et sa maîtresse, saisie de désespoir, sauta après eux. D’autres disent qu’elle fut chassée de l’En-

pirée par son époux, par suite de ses amours coupà- k bles; enfin, d'autres traditions plus indulgentes veu- k lent qu’elle soit tombée sur la terre en essayant de R

cueillir des feuilles médicinales sur un arbre élext,

pour son mari malade. Quoi qu'il en soit, les animaux È

qui nageaient dans ces solitudes aquatiques la voyant

tomber, se réunirent aussitôt en conseil pour décider È ce qu'il y avait à faire; on soumit le cas à la sagessc È

du castor, L’'intelligent animal en référa à la tortue. et celle-ci ordonna à ses compagnons de plonger et de rapporter du limon qu’ils placeraïient sur leur dos, Ainsi fut formée une île flottante, sur laquelle s’échou Ataentsie ; là, elle mit au monde une fille, laquelle eu à son tour deux garçons, dont la paternité reste inex-

pliquée. On les appela Taouscaron et Jouskeha ; bien: |

tôt ils se battirent, et Jouskeha tua son frère d’un coup

de bois d de vie et mère Ata Il est 1 faisant, e des Algon à celles terre, et festivités c Jouske moissons comme un ché et d Alors les ] les menac les homme mère, qu'il C'est lui qu lui, la ter eaux se trot nouille gig pour obteni

1, Le récit c Les Indiens diff lroquois et Hu trouva chez les dition algonqui renard et un .

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INTRODUCTION. LXIIT

de bois de cerf, Le dos de la tortue devint un monde de vie et de verdure, dont Jouskeha, aidé de sa grand”mère Ataentsie, gouverna les destinées f,

[l est le Soleil, elle est la Lune ; lui est l'esprit bienfaisant, elle, le génie du mal, comme le démon femelle des Algonquins ; ils ont une maison d’écorce semblable à celles des Iroquois, construite à l’extrémité de la terre, et souvent ils viennent prendre leur part des festivités des villages indiens.

Jouskeha cultive le froment et donne d’abondantes moissons à l'humanité; parfois, on ie voit maigre comme un squelette, tenant la pointe d’un épi desséché et dévorant avidement un membre humain, Alors les Indiens connaissent qu’une terrible famine les menace, Jouskeha s’interpose sans cesse entre les hommes et la malignité de sa méchante grand’mère, qu'il est souvent forcé de corriger vertement. C'est lui qui à créé les lacs et Les ruisseaux; car, avant lui, la terre étant aride et desséchée, toutes les eaux se trouvaient retenues sous les aisselles d’une gre-

nouille gigantesque, que Jouskeha dut transpercer pour obtenir l’écoulement régulier de l’eau. On ne lui

1, Le récit ci-dessus est celui de la Relation de Brébeuf, 1636, 86. Les Indiens différaient en racontant les détails, mais presque tous les lroquois et Hurons étaient d'accord sur les points essentiels. Brébeuf trouva chez les Hurons une autre tradition, se rapprochant de la tradition algonquine. Elle portait qu'au commencement, un homme, un renard et un skunk se trou”èrent ensemble dans une ile, et que l'homme fit l'univers avec la terre que lui apportait le skunk. Les Delawares, tribu algonquine, paraissent avoir emprunté à la cosmogonie iroquoise la croyance que le monde fut formé sur l’écaille d’une tortue ; d’après les mêmes, Jouskeha est père de la race humaine; mais à la troisième génération, un déluge détruisit toute sa postérité, et rendit nécessaire de transformer les bêtes en créatures humaines.

LXIV INTRODUCTION

offrait ni prières, ni sacrifices; sa nature généreuse les rendait superflues !.

Les écrivains primitifs font de Jouskeha le créateur du monde, et comparent son rôle, dans cette mythologie indigène, à celui de Atahocan, la divinité des Al: gonquins. Une autre déité réclame aussi sa part de suprématie dans la religion iroquoise. Elle se nomme Areskoni, ou Agreskoni, et ses attributions sont celles du dieu de la guerre. On l’invoquait souvent, des sacrifices de bêtes et d’ennemis captifs lui étaient dédiés’, Ainsi que Jouskecha, on l’identifie avec le soleil, et peut-être n'est-ce que le même personnage sous des attributs différents. Les Jroquois avaient encore un dieu du nom de Tarengowagon, dont il est très-difficile de préciser le rang et le caractère 3, Tantôt il apparaît comme fils de Jouskeha, exerçant une immense

influence, puisque c’est lui qui parle en songe àux hu- | mains. Les cinq nations reconnaissaient encore un!

autre personnage surhumain, héros ou chef déifit,

sous le nom de Hiawotha; on le disait un messager | divin, faisant un séjour sur la terre pour l'instruction politique et sociale d’une race choisie, tradition qu’on | retrouve parmi celles des Péruviens, des Issepéains et

des autres nations primitives qui se sont toujours plu

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