LXVIII INTRODUCTION
saient sous une forme purement matérielle. Ainsi, ils y voyaient le chasseur habile, le guerrier redouté, ou les sages entourés de la ‘considération publique, allant après leur mort dans un Eden de chasse perpétuelle, pendant que les lâches seraient condamnés à manger des serpents et des cendres dans des régions de ténèbres et de brouillards. Pourtant, la croyance générale était qu'il n’y avait qu'une contrée d'ombres pour tous. Les âmes, revêtues de la même forme qu'elles avaient eue de leur vivant, voyageaient à travers de sombres forêts pour arriver aux villages des morts, ne vivant que d’écorce et de bois pourri, Lorsqu'elles y seraient arrivées, elles passeraient tout le jour accroupies et souffrantes, puis, la nuit venue, elles commenceraient à poursuivre les ombres des bêtes sauvages, armées d’arcs et de flèches, parmi les ombres également des arbres et des rochers; car toutes les choses animées ou inertes étaient immortelles, s’enfuyaient ensemble vers les sombres régions de la mort.
Les croyances concernant le pays des âmes difté- “aient selon les tribus, et même selon les individualités diverses ; il y en avait parmi les Hurons qui pensaient que les âmes continuaient leur voyage à travers les espaces célestes, le long de la voie lactée, pendant que les âmes des chiens s’acheminaient par une autre route, en traversant certaines constellations nommées le Chemin des chiens.
A des intervalles de dix ou douze ans, les Hurons, les Neutres et d’autres tribus alliés se réunissaient pour recueillir les ossements de leurs morts, et les déposer en grande cérémonie dans un champ commun de sépulture. Là, des centaines de corps, enlevés de
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INPRODUCTION. LXIX
leur lieu de repos temporaire, étaient ainsi inhumés dans une immense fosse. À partir de ce moment, l’immortalité des âmes commençait; elles s’envolaient, disaient les uns, sous l'aspect d’une colombe, tandis que le plus grand nombre affirmaient qu'elles voyageaient à pied, sous leur forme terrestre, jusqu'au pays des ombres, portant avec elles les fantômes des ceintures en wampum, des peaux de castor, des arcs, flèches, pipes, chaudrons et anneaux enterrés avec eux dans la sépulture commune. Mais les esprits des vieillards et des enfants étant trop faibles pourla marche, ces ombres restaient forcément en arrière, aux alentours de leurs villages natifs, où les vivants entendent souvent se fermer les portes invisibles de leurs huttes, et les faibles voix des âmes enfantines, poursuivant les
oiseaux dans les champs de blé!, Nous n’en finirions
pas si nous tentions de décrire les innombrables fan-
taisies que l'imagination indienne a enfantées sur les
destinées de la vie future ; la plupart prenaient nais-
sance dans des rêves, surtout dans les visions des ma-
lades, qui, croyant être revenus des portes de la mort, racontaient ensuite aux assistants ébahis tout ce qu'ils
avaient vu et ressenti,
Le pays des ümes n’est pas toujours pour l’Indien un lieu de tristesse et d'ombre, Les Hurons se représentent souvent les esprits des morts, y compris ceux des chiens de ces derniers, dansant joyeusement en présence d’Ataentsie et de Jouskeha. Quelques traditions algonquines veulent que le ciel soit le théâtre d’incessantes festivités, du son des tambours et des ra-