Sagard, Voyage des Hurons
LXX INTRODUCTION
quettes, et qu’on y recoive, avec une hospitalité toujours ouverte, les visiteurs du monde des vivants; car la contrée des esprits étant jugée comme assez rapprochée pour que le chasseur errant passât ses confins sans s’en être aperçu, les traditi: ::8 s’accordent pour représenter le voyage des âmes entouré de difficultés et de périls; il leur fallait traverser une rivière rapide sur une poutre tremblant sous leurs pas, pendant qu’un chien, gardien féroce, s’opposait, de l'autre rive, à leur passage, et cherchait à les précipiter dans l’abîme. Cette rivière était pleine d’esturgeons et de poissons que les ombres harponnaient pour leur subsistance; au delà, se voyait un étroit sentier serpentant entre des rochers mouvants, qui s'écroulaient sous eux, écrasant sous leurs débris les moins agiles des pèlerins, Les Hurons croyaient qu'un personnage nommé Oscotarach, ou le Perceur de têtes, vivait dans une maison d’écorce, près du sentier, el
que ses fonctions consistaient à enlever la cervelle de |
tous ceux qui passaient près de lui, ce nme préparation indispensable à l’immortalité qui les attendait plus loin. Cette idée singulière se retrouve également
dans quelques traditions algonquines, d’après les- }
quelles la cervelle est rendue après coup à son possesseurt,
4. Pour les idées des sauvages relativement à l’autre vie, consultez Sagard, les Relations, Perrot, Lafitau et Charlevoix, en les comparant
à Tenner, James, Schoolcraft, et à l'appendice du Répport sur les In- B
diens de Morse, Le Clerc raconte une singulière légende ayant cours de son temps chez les Alsonquins de Gaspé et du Nouveau-Brunswick, Le fils favori d'un vieil Indien mourut; à la suite de cette perte, le père, désolé,se mit en route avec plusieurs amis pour aller le redemander au pays des âmes. Il fallait traverser à gué pour y parven
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INTRODUCTION. LXXI u Les rêves servaient d’oracle universel à l’Indien; ils ts: Jui révélaient son esprit gardien, lui enseignaient à guéa | . r seZ rir ses maux, le mettaient en garde contre les malésc& fices des sorciers, Île guiduient vers les caches de ses . ennemis et dans les régions de la chasse ; enfin, ces pe songes lui dévoilaient les secrets de la bonne et de la pie mauvaise destinée. Les rêves avaient une puissance | de mystérieuse et inséparable, dont les moindres inspira- )d: ‘ ‘ A . s - . .
P de tions devaient être suivies à la lettre, et qui devenaient doi dans toutes les villes indiennes la source d’intermi- Sun nables sottises et vilenies. On avait des rêveurs attitrés leur et des interprètes également reconnus de ces songes. AG La féte des songes était, chez les Hurons et les Iroaie quois, une de leurs plus célèbres réunions; des scènes nains représentant la folie y tenaient la première place; elles per- étaient simulées par des naturels, et toute la ville semtêtes, | blait être, pendant plusieurs jours, une vaste suceur- » et | un lac long de plusieurs journées de marche, Ils firent ainsi, dormant er, € rs”.
ile de | la nuit sur des plates-formes soutenues par des perches au-dessus dei À de Peau; ils arrivèrent enfin en présence de Papkootparont, le Pluton Ppara- indien; celui-ci fondit sur eux avec fureur, le bouclier levé; mais ndail s'adoucissant bientôt, il changea de dispositions et les défia à un jeu t de balle; les voyageurs le vainquirent, gagnèrent les enjeux consistant men en blé, tabac et en certains fruits qui vinrent ainsi à la connaissance les- des humains. Le pauvre père implora ensuite la délivrance de son fils, o$- et Papkootparont, touché de ses larmes, lui remit enfin cette âme lu sous la forme et dans la dimension d'une noix qu'il fit entrer en la comprimant dans une petite bourse de peau. Le vieillard ravi emporta son trésor sur la terre, muni d'instructions pour faire rentrer cette \ter ime dans l'enveloppe mortelle de son fils, qui devait ainsi renaître à ES la vie, Revenus chez eux, nos aventureux voyageurs racontent l’heu- Lan reuse issue de leur voyage, et on la célèbre par une fête de danses; le NE père, désireux d'y prendre part, donne le précieux petit sac à garder nn àune des squaws présentes, La curiosité la poussant, elle ouvre le ; pen sac; l'âme s'échappe et s'envole vers les régions du domaine de . | | Papkootparont, préférant ce séjour à celui des demeures des vivants, e reur”
ot Le Clerc, Nouvelle relalion de lu Gaspésie, 310-328.
LXKNIL INTRODUCTION.
sale de Charenton, Chacun prétendait avoir rêvé de quelque chose d’essentiel à son bien-être, et courait de cabane en cabane, demandant à tous ceux qu'il rencontrait, de deviner l’objet de ses vœux et de le satisfaire aussitôt.
On peut comprendre que, croyant le monde matériel gouverné par des puissances occultes qui disposaient de sa destinée, admettant que de bons, de mauvai esprits, et des êtres insaisissables remplissaient | même qui l’entourait, exerçaient un contrôle mystérieux sur son existence et sur sa mort, l’Indien dût vivre dans un état de terreur perpétuelle. Le bruissement d’une feuille, le cri de l'oiseau, le contact d’un insecte, pouvaient être, selon lui, le signal mystique d’un cha: grin ou d’une bonne chance.
Il s'ensuivait que toute agglomération de cette na tion entrainait avec elle une horde de sorciers, de docteurs, de devins, et ces fonctions étaient souvent réunies en une seule personne. Le sorcier, par ses sortiléges, ses chants et ses festins magiques, amimés du roulement de son tambour, avait pouvoir sur les
esprits et sur les influences occultes résidant dans les |
choses animées et inanimées. Il prétendait évoquer les âmes de ses ennemis, qui lui apparaissaientseus forme de pierres ; il brisait celles-ci à coups de lRachette, el paraissait en faire jaillir la chair et le sang ; de même nassés, il faisail .Ort, et, murmu
encore que nos sorciers des si :
des images de ceux dont il voulai rant ses incantations, les piquait à la place eonvenue. et la victime, semblable à celles qu'on envoultait ai moyen âge, périssait lentement.
Le docteur indien comptait plus sur l’aide de la ma
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