‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 34 sur 117 · VILLEGAGNON · texte numérisé non relu

VILLEGAGNON

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Situations respectives de la France et de l'Espagns au xvie siècle, — lui + Gaspard de Coligny. — Ses projets de colonisation protestante.

— Les huguenots et Rio-Janeiro, — Tyrannie de Villegagnon, — Ruine de la colonie.

ine nee M Vers le milieu du xvi° siècle, l'Espagne était de- 41, l venue l’objet de la terreur du monde civilisé; ses co- M ‘icilles libertés avaient sombré sous le despotisme ole M politique, religieux, commercial; les impitoyables es. M lois de son gouvernement s’appesantissaient sur qui toutes les branches de son industrie et ruinaient le ada pays ; aussi, bien que maîtresse des Indes, l'Espagne nce regorgeait de mendiants armés et titrés. Pourtant 1 anal des le fantôme de sa grandeur passée commandait en- EE Pat:

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Ta situation politique de la France était autre,

Elle respirait la vie, bien qu’en proie aux éléments

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tholiques, mais la persécution religieuse n’empêchai

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inébranlable, s'élevait au milieu des faiblesses, de 1

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vacillations, des trahisons de l'époque, et ce héros 4

c'était Coligny.

Ferme dans ses convictions, calme et sagace À Coligny voyait monter l'orage et prévoyait les dar gers qui s’élevaient autour de ses coreligionnaires

Les églises calvinistes se formaient, et, devant M

danger pressant, tendaient à organiser l'intolérance des Réformés ; leurs exigences grandissaient à côt è des exactions et des corruptions de la cour et ip clergé; la position rendue intolérable de part el d'autre devait se briser et le dénouement ne se feni :

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VILLEGAGNON, 11 pas attendre : Coligny crut, à ce moment, y avoir trouvé une honorable diversion.

Lorsque Charles-Quint assiégeait Alger, son camp fut assailli par une tempête, et les infidèles saisirent ce moment pour faire une sortie furieuse. Une centaine de chevaliers de Malte, au surcot rouge orné des croix blanches de leur ordre, supportèrent le plus fort de l’attaque, et entre tous se distinguait Nicolas Durand de Villegagnon. Une autre fois, les infidèles, débarquant dans l’île de Malte, attaquèrent la cité Notable; la garnison, faible et découragée, manquait d’un chef. Villegagnon avec six amis éprouvés passa, sous le couvert de la nuit, à travers l'armée ennemie, escalada les murailles, prit le commandement, répara les brèches, et conduisit si vaillamment la défense, que les assiégeants repoussés remontèrent sur leurs galères. Il tenait ainsi le premier rang parmi cette chevalerie de la mer qui défendait la chrétienté contre les incursions barbaresques. Lettré, habile à manier la plume et la parole, il savait persuader et convaincre. Son caractère malheureusement n’en faisait pas un chef chez 4 qui l'élévation morale fût en rapport avec les dons intellectuels; amoureux de la dispute, il se livra aux recherches et aux controverses si sévèrement répri-

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mées alors par Rome, et que la Réforme ouvrait à son esprit aussi inquiet et instable qu’ambitieux et entreprenant,. |

Nonobstant ses vœux monastiques, il batailla en faveur de l’hérésie par ses écrits et ses discours, et assura les protestants de son adhésion tacite à leur croyance. Commandeur de son ordre, il se querella avec le grand-maître ; vice-amiral de Bretagne, il se mit mal avec le gouverneur de Brest'. Las des déboires qu’il se créait lui-même, il se laissa entra’ner par son imaginatio: ct traversa les mers.

Il rêva alors de fonder pour la France, parmi les splendeurs tropicales du Brésil, un empire dont il aurait la suprématie. Il avait un rare don de persuasion, et il convainquit facilement ceux dont il devait demander l'appui, qu'on pouvait confier une entreprise, en apparence secondaire, à l'intrépide marin qui, chargé de faire traverser à Marie Stuart une mer couverte d’ennemis, l’avait conduite en sûreté,

1. Villegagnon lui-même nous a laissé une relation en latin de l'exnédition contre Alger (Paris, 1542), ainsi que le récit de l'entreprise des infidèles contre Malte (Paris, 1553). Il a été l’objet d’une étude de Bayle, Dictionnaire philosophique. V. aussi Guérin, Navigateurs français, 163; Marins illustres, 231 ; Lescarbot, 1612, Histoire de la nouvelle France, etc. Il existe aussi une foule de satires calvinistes contre lui, dont : l'Étrille de Nicolas Durand, la Suffisance de Villegägnon, etc., etc.

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VILLEGAGNON., 13 malgré tous les périls, auprès de son futur époux le Dauphin, fils d'Henri II.

Aux yeux de son roi, Villegagnon sut faire miroiter l'appât d’une ample moisson de richesses, et le partage dans la domination du Nouveau Monde, réservé jusqu'ici à l’arrogance espagnole et portugaise. Des huguenots, il n’en dit mot. A Coligny, il tint un autre langage et parla d’un asile assuré pour la religion persécutée. Il n’est pas certain que l’amiral ne fut pas le premier auteur de ce plan, du moins lui accorda-t-il toute son attention ; cependant il le présenta au roi, ardent ennemi des Réformés, non comme une entreprise religieuse, mais comme destiné à ajouter un nouveau fleuron à la grandeur de la France. Genève fut initiée de son côté à l’entreprise et Calvin lui-même y donna son adhésion.

Les vaisseaux furent frêtés au nom du roi; la plupart des émigrants étaient des huguenots mélés à des gentilshommes besoigneux et inoccupés, à de pauvres artisans et à des marins, pirates des ports normands et bretons. Partis du Havre le 12 juillet 1555, ils virent ies côtes du Brésil dans les premiers jours de novembre. Entrant dans la baie de Rio-Janeiro, appelée alors Ganabara, Villegagnon débarqua et installa son monde sur une petite île.

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Par un étrange emploi du langage, tout le pays fut nommé France antarctique, et l’on appela le fort qu'on construisait, fort Coligny.

Villegagnon signala son protestantisme de fraîche date par un intolérable rigorisme; il punissait du fouet et du pilori la moindre peccadille; au bout d’une saison de sévérité et de privations, il faillit périr assassiné, si le complot n’eût été dénoncé par trois soldats écossais.

La question de subsistance pour la colonie s’éleva immédiatement. L'île était trop petite pour la culture, tandis que la terre ferme était peuplée de tribus hostiles, et elle était menacée par les Portugais, qui voyaient dans l'occupation des Français une violation de leur domaine.

Villegagnon n'était pourtant pas abandonné par la France, où l'influence huguenote se trouvait pour une fois d'accord avec les desseins des chefs catholiques, qui voyaient dans l’émigration un moyen d'être délivrés de quelques dangereux ennemis. Bois-Lecomte, neveu de Villegagnon, prépara le départ d’un renfort au nom de Henri II. La composition de l'expédition ressembla à celle du premier embarquement, mais Genève y joignit une députation dont faisaient partie plusieurs ministres, Cinq

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