‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 36 sur 117 · JEAN RIBAUT · texte numérisé non relu

JEAN RIBAUT

Position dans laquelle se trouvait le parti huguenot, — Jean Ribaut, — 11 part pour la Floride. — La rivière de Mai. — Port-Royal, — Charlesfort, — Imprévoyance, — Famine, — Révolte, — La Floride est abandonnte,

L'année 1562 voyait se former un nuage sombre et menaçant qui allait s’abattre sur la France: celle«i s’avançait à grands pas vers l’abîme des guerres de religion. C’est au milieu de ces jours de trouble, qu'une seconde colonie huguenote fit voile pour le Nouveau Monde.

Le noble et sévère champion du protestantisme français eût voulu y fonder une cité de refuge pour les temps ptrilleux dont il prévoyait la venue, Pourtant Coligny, à l'abri lui-même des persécutions, par son rang et sa puissance, était forcé d’user de discrétion, car en vertu de sa charge de grani amiral, il lui fallait agir au nom de la couronnt de France, Gentilhomme et soldat, Coligny n'étai

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JEAN RIBAUT. 19 pas marin, et il avait les préjugés et les idées des personnes de sa classe; rien ne prouve qu'il ait devancé son temps dans la notion des vrais principes de colonisation ; aussi ses projets avaient-ils en vue une colonie militaire et nullement une république libre,

Le parti huguenot avait été sincèrement religieux à son début, et les martyrs qui chantaient les psaumes de Marot, servent de témoignage à la ferveur primitive. Mais l’ambition politique n’avait pas tardé à y joindre son élément. Un esprit sagace eût pu découvrir les germes de la grande Révolution, dans ee mélange de noblesse appauvrie, de factieux mécontents, formant un parti où la confiscation des richesses de l'Église, la seule classe opulente de France, était une des conditions de son triomphe.

A cette époque, nous l'avons dit, l'Amérique était

| encore la terre des merveilles, l'illusion régnait, et

son nom seul représentait le pays des aventures, de

| l'or et des contes de fées.

Cinquante-huit ans plus tard, les Puritains débar-

| quaient eux aussi dans la baie de Massachussetts. Les R illusions alors avaient disparu; ces solitudes sauvages n’offraient qu’une indépendance chèrement

achetée ; la grande entreprise avait pris naissance

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20 LES HUGUENOTS A LA FLORIDE, le patronage d’un chef illustre; ils étaient trempés comme les rudes et austères disciples de Calvin; l'expédition des protégés de Coligny était, elle, d’une nature différente, autre aussi fut son sort.

Un brave marin et protestant convaincu, Jean Ribaut, de Dieppe, commandait pourtant l’expédition. L’assemblage habituel de gens de mer, de soldats vétérans et de jeunes gentilhommes, s’embarqua sur deux de ces antiques vaisseaux, dont les hautes poupes ct l’aspect massif nous sont conservés dans les gravures de De Bry. Partis du Ilavre le 18 février 1562, ils virent le 30 avril les côtes de la Floride, et tournèrent leurs proues vers le nord en baptisant une pointe de terre avancée du nom de cap Français. Le 1° mai, ils se trouvèrent à l’embouchure d’une grande rivière, et, passant la barre qui en défendait l’entrée, leurs bateaux flottèrent dans une baie paisible, remplie de poissons sautillant autour d'eux. Des sauvages couraient le long de la rive, leur faisant signe d'aborder. Bientôt le

soleil éclaira les cuirasses, les corselets de ceux qui,

agenouillés sur le sol, remerciaient Dieu d’avoir protégé leur voyage et soutenu leurs espérances. Les naturels, gravement assis, les contemplaient respectueusement, croyant qu'ils révéraient le soleil levant;

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| nouvelle terre promise « la plus belle, la plus fertile, | et la plus plaisante de tout l’univers. »

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JEAN RIBAUT. 21 puis ils s’approchèrent, revêtus de leurs plus beaux atours, et couvrant le sol de branches et de lauriers, s'assirent au milieu des Français charmés de cet accueil, et Ribaut donna au chef, qu’il appela le roi, un vêtement de drap bleu, couvert de fleurs de lis jaunes.

Ribaut et ses compagnons, à peine sortis de leur longue prison navale, ne tarissent pas, dans la description qu’ils nous ont laissée, d’éloges sur la beauté de la scène qui les entourait!. La pureté de l'air, la verdure des grands bois, les palmiers, les magnolias, les fleurs couvrant la prairie animée par les daims et les cerfs qui y paissaient; d’innom-

transportait d’admiration et leur fit trouver cette

1. La Vraie découverte de la Floride, par le capitaine Jean Ribaut, en l'année 1562, dédié à un granä seigneur de France, et traduit en anglais par Thomas Hackit, C’est le journal de Ribaut, qui ne parait plus exister en original, Cette traduction se trouve dans ur traité très- F de Hakluyt, écrit en lettres gothiques, intitulé Divers voyages

L (Londres, 4582), dont le collége d’Harvard possède une copie dans sa

hibliothèque ; elle a été réimprimée par les soins de la Société Faluvt,

Ajoutons à ces motifs d'enthousiasme, que l'imagination surexcitée, voyait se réaliser leur rêve d'or et de pierreries : une perle, « grosse comme un gland au moins, » pendait au cou d’un des indigènes ; ils apprirent aussi d'eux que le pays des merveilles, Cibala, avec ses sept villes et ses richesses inconnues, n'était qu'à vingt journées de marche de là. En réalité, il s'agissait de la contrée baignée par le Gila, fleuve éloigné de près de sept cents lieues, et les richesses n'étaient qu’une fable,

Ils nommèrent le fleuve, la rivière de Mai; c'est actuellement le Saint-Jean; et sur la rive du sud, près de l'embouchure, ils placèrent uné colonne de pierre portant gravées les armes de France. Puis ils se dirigèrent vers le nord avec l’heureuse ignorance de l’avenir, jetèrent l’ancre à Fernandina, et donuirent à une rivière, sans doute celle de Sainte-Marie, le nom de la Seine; après deux ou trois semaines d'exploration, ils semblent avoir bien saisi l’ensemble et la richesse de cette région à demi aquatique ; avan çant lentement, ils donnèrent à chaque rivière 01 cours d’eau un nom rappelant la patrie absente, ainsi de la Loire, de la Garonne, de la Charente: enfin nos aventuriers atteignirent un point destint à une future célébrité, et trouvèrent, entre des rives

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JEAN RIBAUT. 23 1à- plates et sablonneuses, un port commode qu'ils et |! nommèrent Port-Royal! (1562).

nd P® Poursuivant leur course, ils remontent la rivière, 1 | laissant à leur droite un large cours d’eau, que nous les, 1 croyons être le Beaufort.

ues, î Lorsqu'ils débarquèrent, tout était solitaire : les réa DU Indiens avaient fui. Ils les ramenèrent par l’appât Gila, | de cadeaux européens, et en retinrent deux captifs ; 2s ri- Î mais lorsque soins et caresses échouèrent pour les | apprivoiser, Ribaud témoigna de sa prudence habi-

c'est ; tuelle en les relâchant,.

| sud, : Parcourant les bois, ils les trouvèrent remplis de ne de ; dindons sauvages, de perdrix, d'ours et de Jynx. uis 1ls ï Les cerfs, eux, étaient d’une taille et d’une beauté orante D si rare, que le chef huguenot donna ordre d'épar- | gner leur vie.

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Marie, M Mais leurs explorations n'étaient pas achevées,

naines M moigré le désir de beaucoup d’entre eux de s’attar-

semble M der dans cette nouvelle terre de Canaan; Ribaut,

+ aval Lioulant concilier leurs désirs avec les projets de l'expédition, rassembla ses hommes et, dans un

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psente, Ps 1, Ribaut pense que la large rivière de Port-Royal est le Jordan

OUR M navigateur espagnol Vasquez de Ayllon, qui y vint en 1520, et

destin donna le nom de Sainte-Hélène à un cap du voisinage; le district avoi-

out, appelé maintenant Sainte-Hélène, est le Chicora des anciennes es NÉ uirtes espagnoles:

discours éloquent, fit appel à leur courage, leur rappelant combien de gens partis d’une origine obscure avaient su, par leur esprit entreprenant, arriver au renom et à la fortune; puis il conclut en demandant quels étaient ceux qui resteraient préposés à la garde de Port-Royal, au nom du roi; il se présenta tant d'hommes de bonne volonté, que Ribaut en choisit trente, et parmi eux, Albert de Pierria fut désigné pour les commander. On construisit un fort qui prit le nom de Charlesfort en l'honneur du fils de Catherine de Médicis ; on le garnit de vivres et de munitions, puis Ribaut partit. Albert de Pierra resta seul avec ses trente compagnons, perdu au milieu de ces immenses solitudes qui, du pôle Nord au Mexique, n’eussent pas recélé un seul autre chrétien qu'eux! Comment s’assurer la subsistance? Ceci eût dû être leur premier souci, mais ils ne songeaient qu’à l'or, et oubliaient les chances de famine; le plus grand nombre d’entre eux étaient des marin: et des gentilshommes, ignorant la culture et le travail ; pendant quelque temps, ils s'occupèrent d’achever le fort, puis ils se mirent en quête d’avertures,.

Les Indiens n'étaient entrés que trop en familirrité avec eux, et nos Européens y perdirent ce pres

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