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La durée de l’existence dans ces parages inconnus ajoutait à leur surprise : pendant une de leurs explorations, Ottigny rencontra une troupe d’Indiens qui offrirent de le conduire avec ses soldats vers leurs demeures, Monté sur les épaules d’un robuste sauvage, le lieutenant de Laudonnière traversa les marais et les bois inextricables; parvenus au terme de leur course, ils trouvèrent un chef à l'aspect vénérable, qui leur assura être le père de cinq générations successives et vivre depuis deux cent cinquante ans: un autre patriarche se disant bien plus âgé encore lui faisait face, pendant qu'Ottigny et ses crédules compagnons contemplaient ces patriarches, tous deux à moitié ensevelis sous les flots de leur chevelure blanchie.
L'homme et la nature semblaient se réunir pour désigner les bords de la rivière de Mai comme le siége de la nouvelle colonie ; d’une part, les demeures indiennes y étaient entourées de champs de maïs, de haricots, de courges, promettant une abondante ricolte; et de l’autre, le cours du fleuve ouvrait le chemin aux approches des mines d’or et d'argent dont la vision chimérique rayonnait aux yeux des colons,
Néanmoins, afin de contenter ses hommes, Laudonnière leva l'ancre et parcourut les côtes avoisi.
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LAUDONNIÈRE, 33 nantes; à son retour, fixé plus que jamais sur son premier choix, il alla avec quelques officiers et soldats explorer les bords du fleuve. Harassés par une chaleur intense, ils atteignirent une épaisse forêt de pins aux senteurs résineuses, dont le silence n’était troublé que par le bruit des daïms bondissants; puis ils entrèrent dans une vaste prairie, traversée par un ruisseau d'eau vive et entourée d’une haute bordure de bois. Les soldats nommèrent ce lieu le val de Laudonnière ; le coucher du soleil les surprit au bord de la rivière; ils y passèrent la nuit sur une épaisse couche de feuillages.
Au point du jour, éveillés au son de la trompette qui les appelait à la prière, ils entreprirent aussitôt à cet endroit la construction d’un fort, ayant à sa droite la pointe Saint-Jean, à gauche un marais, en avant ja rivière, et par derrière la forêt. Chacun se mit courageusement à l’œuvre ; une palissade de bois servit de défense du côté de la rivière, un fossé et un rempart de fascines fut établi des deux autres côtés; à chaque angle on plaça un
h bastion avec un magasin; la cour intérieure servit | de parade; puis, du côté de la rivière, s’éleva une | maison avec galeries couvertes pour Laudonnière
Lt les officiers, On donna à ce fort le nom de fort
34 LES HUGUENOTS À LA FLORIDE, Caroline en l'honneur de Charles IX, roi de France, Tant de préparatifs donnèrent l'alarme à Satouriona, « seigneur du pays, » comme l'intitulent les narrateurs. Les hauteurs de Saint-Jean apparurentun matin couvertes de guerriers sauvages ; les Français quittèrent un instant le pic et la pioche pour l’arquebuse et l’épée, et bientôt on vit descendre le chef indien. L'artiste Le Moyne fitde mémoire le portrait de ce géant tatoué et portant pour tout vêtement une ceinturerésonnant des pièces de métal qui la couvraient, Vingtmusicienssuivaientlatroupedesguerriers, soufflant àtravers des tuyaux formés de roseaux, produisant les sons les plus discordants. Parvenu au milieu des Européens, Le Moyne nous dit, dans legravelatin de sa Brevis narratio, que Satouriona s’assit à terre comme un singe, On réunit un conseil pendant lequel, à l’aide de quelques mots et d’une pantomime expressive, on conclut un traité d'alliance. Laudonnière eut l’imprudence d’y promettre aide et assistance au chef rcntre ses ennemis. Ainsi satisfait, Satouriona ordonna à ses Indiens d’aider ses nouveaux amis, et deux jours après les toits du fort étaient achevés et couverts de feuilles de palmier, selon l’'usage du pays.
Nous dirons iei un mot de ces peuplades sauvages,
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LAUDONNIÈRE. 35 La péninsule de la Floride contenait plusieurs confédérations indiennes bien distinctes, dont trois se trouvèrent en contact avec les Français, La première était celle de Satourionæ; puis venait l’importante confédération nommée les Thimagoa, ayant Outina pour chef, et dont les quarante villages étaient disséminés parmi les lacs et les forêts bordant le cours supérieur de la rivière; enfin celle du roi Potanou était la troisième, dont les possessions, situées à l’ouest etau nord du Saint-Jean, consistaient principalement en landes, marais et fertiles alluvions. Ces trois communautés vivaient à l’état d'inimitié mortelle, mais leur niveau intellectuel était supérieur à celui des tribus errantes, qui se livraient à la chasse dans le nord du pays.
Peuples agricoles, leurs abondantes récoltes, dues principalement au travail des femmes, étaient réunies dans un grenier commun et les nourrissaient pendantles trois quarts de l’année, jusqu’au moment où 1ls se dispersaient pour faire les chasses d'hiver, Au centre de l’assemblage de huttes formant le village, se voyait celle du chef, bâtie parfois sur une éminence artificielle ; elles étaient entourées de palissades ; on approchait de quelques-unes d’entre elles par de larges et longues avenues formées de degrés
faits de main d'homme ; on peut encore en voir des traces en parcourant la Floride, ainsi que des monticules artificiels dans lesquels les Floridiens, semblables en ceci aux Ilurons et à d’autres tribus, recueillaient les ossements de leurs morts. Le chef de chaque village, dont la dignité était héréditaire, exerçait un pouvoir parfois absolu et était subordonné au grand chef de la nation; selon le langage des chroniqueurs français, les chefs étaient les vassaux des puissants monarques Satouriona, Outina et Potanou. Toutes ces tribus, éteintes maintenant, sont les auteurs des débris aborigènes subsistant encore actuellement dans diverses parties de la Floride.
Le fort achevé, les avides huguenots voulurent pénétrer dans l’intérieur des terres : à cet effet, le lieutenant Ottigny remonta la rivière dans une barque avec quelques soldats et deux Indiens animés d’une ardeur belliqueuse contre les Thimagoa, et convaincus que leurs alliés allaient semer la mort parmi ces ennemis détestés, à l’aide de leurs armes magiques ; il devait en être bien différemment.
Ottigny remonta les eaux paisibles du Saint-Jean à travers un paysage dont l’immuable beauté a subi peu de changements jusqu’à nos jours : les eaux du
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après un officier nommé Vasseur all | Thimagoa dans un but tout Pacifique ; car L'ière, croyant cette nation sur Ja »
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de son mieux, et leur dit êtr “UX du puissant Outina, dont tous les
LAUDONNIÈRE
fleuve, comme celles d’un lac, s’é de la luxuriante végét
tendaient au milieu ation des maJestueux cyprès, des odoriférants Magnolias et des palmiers au feuillage tropical, Égayé par les longs festons de jasmin et de bignonia écarlate. Nos aventuriers naviguèrent pendant environ vingt lieues sur le Saint-Je lrouvaient encore éloignés du Pays des Thimagoa , lorsque trois canots, montés par des membres de cette peuplade, se Présentèrent devant eux; l’exaltalion des deux Indiens n'eut plus de bornes, et ils se P'éparaient au COMbat ; mais Je sag de se rer. : 2 à Jeurs instances par Queiques présents, ouvrit lions avec eux et échange
an et se
e Ottigny, loin » attira les Thimagoa ainsi les Communicaa des assurances d'amitié
| qui indignèrent les sujets de Satouriona.
Ottigny revint an fort Caroline, et uinze jours
ait trouver les Laudonoute des mines de l’imprudent
Vasseur fut accueilli par deux Indiens
qui le conduisirent vers leur chef Mollua ; celui
-Ci les régala e l’un des Quarante vas Suerriers
portaient des armures d'or et d'argent, Il les entretint aussi du grand Potanou, leur ennemi, et de deux rois de la contrée des Appalaches, riches audelà de toute expression en or et en pierres précieuses, À peine Vasseur eut-il saisi le sens de c discours, qu'il s'empressa de promettre de se joindre à Outina contre les deux potentats des montagnes: Mollua répliqua par l'assurance que chacun des àlliés français recevrait en récompense une pile dr et d'argent de deux pieds de haut, Ainsi donc, lim prudent Vasseur s’alliait au mortel ennemi de x touriona, l’allié avoué de Laudonnière!
De retour au fort Caroline, Vasseur rencontra un des vassaux de Satouriona qui le questionna sur se rapports avec les Thimagoa; le capitaine répondi par le récit d'un massacre terrible qu'il venait d’extcuter contre cette nation, et pour achever de convaincre le chef, le sergent François La Caille se mi alors, nouveau Falstaff, à exécuter devant lui de passes héroïques, simulant avec ses armes le mas sacre et la fuite des Thimagoa imaginaires ; l'Inde enfin convaincu voulut faire fête aux Français et hr: traita avec honneur.
Enorgueilli à la pensée de l'alliance française, touriona avait convoqué ses vassaux pour le combat:
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LAUDONNIÈRE. 39 tous répondirent à l’appel, et bientôt les bords du Saint-Jean se couvrirent de leurs bivouacs. Cinq ou six cents hommes environ, dont dix chefs, étaient assemblés. Quand tout fut prêt, Satouriona rappela à Laudonnière sa promesse; mais il n’en reçut que des paroles évasives, suivies d’un refus plus net. Dissimulant sa fureur, le chef indien se disposa au départ sans lui,
Après avoir accompli tous leurs rites religieux, les Indiens ouvrirent la campagne, et revinrent, peu de jours après, avec treize prisonniers et un grand nombre de scalps, qui, suspendus à un mât devant la hutte royale, donnèrent lieu aux fêtes accoutumées, Un projet audacieux germa dans l'esprit de Laudonnière ; résolu, coûte que coûte, à se faire l'ami de l’opulent Outina, il méditait de s’employer
L à lui faire rendre deux des prisonniers faits sur sa Ltribu. Il envoya, dans la matinée, exposer la requête à à Satouriona : celui-ci, stupéfait de cette audace, re- | usa nettement, en ajoutant que la mauvaise foi des
Français ne pouvait le porter à leur accorder aucune
Lhveur. Alors, réunissant vingt hommes armés, Lau-
donnière se rendit dans la ville indienne, pénétra dans la pièce principale de la hutte royale et s’assit \la place d'honneur en y gardant le silence pendant
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une demi-heure en signe de mécontentement, ||
Ces d
parla enfin et renouvela sa demande; au bout de quelques instants, Satouriona répondit froidement que la vue de tant d'hommes d’armes avait fait fuir les prisonniers. Laudonnière, insistant plus vivement, vit Athore, fils de Satouriona, se lever et aller chercher les deux prisonniers, que les Français ramenèrent en triomphe au fort Caroline, laissant Satouriona en proie à un ressentiment qu'il n’oubli
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Le capitaine Vasseur, un enseigne suisse du nom d’Arlac et dix soldats furent chargés de conduire leur prise à Outina. Après des remercîments emphatiques, le roi sauvage s’empressa de tirer parti de | l'alliance promise, pour engager les Français dan: la lutte qu'il allait entreprendre contre son voisin Potanou. Arlac et cinq soldats demeurèrent à cette
ces prairie l'approche à leurs allic grossière € suerriers d > caient hardi irmes à fer
| ; D charge d’ intention; leurs camarades, sous les ordres de Vas à ged” | L (utrèrent de seur, regagnèrent le fort. j A | ecarnag La route suivie par la sauvage cohorte a consenti à A À TT de Yengo jusqu’à ce Jour ses caractères distinctifs : on retrouve D . seen > omphante
encore les landes de pins, 6ù pius d’un infortuni voyageur a péri, implorant en vain, d’un œil éperdu, le secours ou le guide qui le sauverait à travers cette inexorable solitude.
A | de nent ur ie aller s T'dt Sue ublii
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L'AUDONNIÈRE, s1
Ces déserts ont pourtant de fraîches et odorantes oasis,'qu'on rencontre avant de pénétrer dans le site marécageux couvert de cyprès suintant d'une humidité perpétuelle, dans la noire lagune qu'habite le visqueux alligator. Puis l'on revoit la lumière du soleil, inondant la savane de ses feux, et activant la luxuriante végétation des arbres fleuris et des plantes odorantes,
Les Français traversèrent ces forêts, ces marais, ces prairies, guidés par les guerriers d'Outina, qui, à l'approche de l’ennemi, cédèrent le poste d'honneur à leurs alliés. Sous leurs yeux s’étalaient une culture grossière et les défenses d’une ville indienne; les guerriers de Potanou les avaient aperçus et s'élan-
> caent hardiment à leur rencontre; mais le bruit des L armes à feu et la mort de leur chef, tué par une : décharge d’Arlac, les mirent en fuite. Les agresseurs | eutrèrent dans la ville avec les fuyards, et les scènes de carnage et de destruction s’ensuivirent. L'œuvre de vengeance accomplie, la bande sauvage revint triomphante.