‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 46 sur 117 · NON · texte numérisé non relu

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MENENDEZ, 69 par le chapelain Mendoza, personnage d’une maladroite naïveté, sans cesse aux prises entre ses déboires spirituels et son penchant pour les soins tem porels,

L'expédition n’atteignit la Dominique qu'après avoir subi une effroyable tempête, pendant laquelle le danger fut si imminent, que les pilotes passèrent la nuit à implorer de Mendoza la faveur de les confesser, tandis que le pauvre prêtre, à demi noyé par les cataractes d’eau, pouvait à peine faire entendre es exhortations aux hommes de l'équipage.

On atteignit la Dominique, et le chapelain est là pour nous narrer la frayeur qu'il ressentit lorsque, voulant prendre le frais sur le rivage, il rencontra une tortue monstrueuse, puis l'apparition des indisènes cannibales qui le décida à une prompte retraite vers les canots.

Le 10 août, on jetait l'ancre à Porto-Rico, ct là, les taisseaux séparés pendant la tempête, desquels était celui monté par Menendez, rejoignirent leurs com-

ynons. Trente hommes désertèrent ainsi que trois prêtres, acte que Mendoza blâme d'autant plus que si besogne s’en trouve accrue ; la tentation s’offrit à

sous la forme de messes bien payées tout le long le l'année, et d’une vie aisée dans le pays. Mendoza

ajoute qu'il repoussa ces offres avec l'espoir que le Seigneur le récompenserait avant la fin du voyage, pour avoir si bravement résisté ‘.

Le dessein primitif était de se réunir à la Havane; mais la pensée dé gagner du temps dominait chez l’Adelantado toute aitre considération. De ses vaisseaux désemparés, il n’en réunissait alorsque cinq, avec 500 soldats, 200 marins, et 100 colons ?. Il résolu néanmoins de pousser droit sur la Floride, en longeant le passage alors inconnu et dangereux de la côte d'Ifaïti à travers l'archipel de Bahama. Après avoir touché deux fois, le calme les prit dans le canal de Bahama, et le conseil des officiers fut convoqué sous la chaleur torride d’un ciel d'août. L’indécision privalait : pourtant le conseil opinait généralement pour attendre l’arrivée des vaisseaux laissés en arrière, car il fallait prévoir que Ribaut eût déjà rejoint la colonie. Menendez insista pour l'attaque immédiate, invequant la volonté manifeste de Dieu, que la victoire fût due, non pas à leur nombre, mais à son aide toutepuissante. Un phénomène céleste vint à l'appui de hi volonté absolue du commandant : un immense mttéore apparut dans la soirée, poursuivant sa course

1. Mendoza, dans la traduction littérale de Ternaux-Compans, 2, Lettre de Menendez au roi,

dans la fit voir décisio:

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ele D dans la direction de la Floride. « Le Seigneur nous age, D fit voir un grand miracle, » dit la narration. La décision était laissée à Menendez.

ane: Pour tromper l'ennui, on exerçait les recrues et VA. À on disait des prières en faveur de la croisade; EAUX mais le calme plat persistait; enfin la brise s’éleva avec et bientôt apparut l'horizon boisé de la Floride. ssolut Dans le but de découvrir l'établissement du fort alon M Caroline, on jeta l'ancre, et cinquante hommes fua côte D rent envoyés à la recherche des Indiens, qui donnèavoir D rent le renseignement demandé. Le 4 septembre, \ nal de ls Espagnols aperçurent quatre des vaisseaux de ésous BB Ribaut, amarrés à l'embouchure du Saint-Jean : la n pré À proie Ctait en vue; on se prépara à l'action, en avant pour D cut lentement par une faible brise ; maisle vent tomre, Car bant, on dut s'arrêter sous une pluie d'orage à trois onie, A lieues environ de l'ennemi, La nuit était close, lorscuve MR que, le vent revenant, les Espagnols purent reirefüt Æ prendre leur course silencieuse, et le San-Pelayo, toute- signalé par la sentinelle française, venait jeter l'ancre idel M à côté du vaisseau-amiral de Ribaut, la Trinité ; tous Le mé- ls navires prirent leurs positions respectives, et les cours? hommes des deux bords manœuvraient dans un si- | lence égal, « conime je n’en vis jamais, » dit le cha- |

Lise

pelain,

Une trompette le rompit sur le pont du San-pelayo, et la trompette française lui répondit. Alors s'engagea le dialogue suivant, relaté par le panée\riste espagnol : « Messieurs, dit Menendez, d'où vient cette flotte ?

— De France, lui fut-il répliqué.

— Que faites-vous ici? poursuit l’Adelantado,

— Nous amenons des soldats et des vivres pour le fort que possède le roi de France dans ce pays, et pour tous ceux qu’il y ajoutera bientôt.

— Êtes-vous catholiques ou luthériens?.. »

Presque toutes les voix s’élevèrent pour cricr :

« Luthériens de la nouvelle religion. » Puis à leur tour ils interrogent Menendez, qui répond : «Je suis Pedro Menendez, général de la flotte du roi d'Espagne, Don Philippe deuxième, qui viens en cette contrée pour pendre ou décapiter tous les hérétiques que Je trouverai sur terre ou sur mer, selon les instructions de mon roi, et si précises sont-elles que je n’ai le pouvoir de faire merci à aucun, Ce ordres, Je les exécuterai comme vous le verrez; car, au point du jour, j'aborderai vos vaisseaux; si J trouve des catholiques, ils seront bien traités, mais

tout luthérien périra {, »

Récits extraits du partial Barcia et de la relation de Mendoza,

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Les Français s’écrièrent d’une seule voix : « Si vous êtes un brave, n’'attendez pas le jour; venez nous attaquer tout de suite, et vous verrez comment vous serez reçu |! »

Menendez ivre de rage ordonna l'assaut ; mais à l'approche de la noire carène du vaisseau amiral les Français ne soutinrent pas leur défi; incapables dans le fait de résister, puisque Ribaut et ses soldats itaient au fort Caroline, ils coupèrent les amarres ct prirent le large à travers le feu échangé des deux parts; mais, « ces diables, a écrit Mendoza, une fois affolés, sont de si adroits marins et manœuvrent si habilement que nous ne pûmes atteindre aucun d'eux. »

Menendez abandonna la chasse le lendemain main, et revint en toute hâte avec le San-Pelayo seul au Saint-Jean; mais là, une réception lui avait été préparée, et à son tour il n’osa attaquer les bandes d'hommes armés alignées sur le rivage ei soutenues par le reste de la flottille de Ribaut; tournant vers le sud, Menendez gagna une crique qu’il nomma Saint- Augustin.

Trois de ses vaisseaux s’y trouvaient déjà, en train

| de débarquer les troupes et les provisions ; deux offi-

ders s'étaient emparés de la demeure du chef indien

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Seloy, sorte de grande grange faite en troncs d'arbres et couverte de feuilles de palmier; ils l’entouraient de retranchements auxquels travaillaient des escouades de nègres, la pioche à la main; telle fut l’origine de Saint-Augustin, la ville la plus ancienne des États-Unis, et aussi celle où prit naissance le travail des esclaves sur ce sol. Menendez célébra la possession de son domaine avec tout l'appareil religieux et militaire calculé our frapper l'imagination des Indiens,

Pendant ce temps, la colonie du fort Caroline ne restait pas inactive : Ribaut, revenu en toute hâte ses vaisseaux, avait suivi sans pouvoir y prendre part les incidents que nous venons de relater; au retour de ceux des navires qui avaient pris le large, il apprit de l’un des capitaines, nommé Cosette, que, confiant dans la rapidité de marche de son vaisseau. il avait suivi les Espagnols, reconnu leur position et vu les nègres à l’œuvre pour élever des retranchements,

Laudonnière malade était retenu au lit, lorsqu' vit entrer Ribaut accompagné de La Grange, Sainte Marie, Ottigny, Yonville et d’autres officiers; près du lit de l’ancien commandant ils tinrent consti! Trois propositions furent discutées : la première, ce

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MENENDEZ. 15 se fortifier sur les lieux et d'y attendre l'ennemi; la seconde, de pousser sur Saint-Augustin et d’y attaquer les Espagnols, avant l'achèvement de leurs défenses; enfin, celle de s'embarquer et de les poursuivre sur mer. Les deux premiers projets avaient le tort de laisser leurs vaisseaux à la merci des ennemis, et de s’exposer aux hasards d’une marche à travers un pays inconnu ; par mer au contraire, la route était explorée et tracée, ils pouvaient, par un coup d’audace, détruire les vaisseaux ennemis, ct surprendre les troupes en ne leur laissant pas de moyens de retraite,

Laudonnière ne se fit pas faute de critiquer ce deruier projet, dû à l'initiative de Ribaut, et pourtant c'était le seul qui par sa prompte hardiesse pût laisser une chance de succès ; la mauvaise chance seule des hasards de la mer le fit échouer. Les Espagnols, l'appés de terreur, durent leur salut au déchaînement des éléments et l’attribuèrent à la protection toute spéciale de la très-sainte Vierge. N’anticipons pas sur les événements qui marquèrent cette terrible tragédie, mais disons que des deux parts ls chefs étaient dignes de la lutte par les talents de natures si diverses. Menendez peut marcher de

» pair avec Cortex et Pizarre; son adversaire l’égalait

serre

par sa hardiesse, le sang-froid et l'habileté de ses conceptions ; tous les témoignages de l’époque font de Ribaut un caractère bien au-dessus de celui de la foule : « Un homme distingué et possédant de rares qualités, » ainsi en parle Le Movyne qui le bläme pourtant souvent, guidé par son dévouement absolu à Laudonnière; sa supériorité s’appuyait sur une piété solide et sous sa cuirasse se trouvait un cœur accessible à tous les sentiments d'humanité.

Le 10 septembre, les vaisseaux mettaient à la voile portant tous les hommes valides et leurs officiers, dont La Caille, Arlac, Ottigny ; Le Moyne, bien qui blessé dans l’engagement contre les Indiens d'Outina, voulait les suivre, mais Ottigny le renvoya fort !,

Les forces vives de la pauvre petite colonie dispraissaient avec Ribaut ; les lugubres pressentiment qui accablaient Laudonnière et ses rares défenseurs s'augmentèrent des ravages d’un ouragan tel que le: naturels ne se souvenaient pas d’en avoir vu; les caurchemars les plus affreux poursuivaient pendant cet: nuit le sommeil brisé des pauvres femmes confiée: aux défenses à demi ruinées de l’enceinte et aux et

1. Laudonnière, 107. L'état de ce qui restait de forces au cap écrit de sa main,

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MENENDEZ. 11 borts des quelques invalides, ainsi que nous le dépeint l'infortuné commandant. Neuf ou dix seulement des hommes laissés par Ribaut avaient des armes, cinq d’entre eux étaient de jeunes garçons dont plusieurs savaient à peine se servir de leurs armes; puis quelques artisans, entre autres Challeux le charpentier, qui nous a donné le récit de ses mistres; enfin une foule de femmes, d'enfants et de traineurs de camp ; des soldats de Laudonnière, dixsept seulement se trouvaient en état de porter les armes, le reste étant malade ou incapable à la suite de blessures.

Laudonnière divisa ces forces illusoires en deux patrouilles commandées par Saint-Cler et La Vigne, avec tout ce qui était nécessaire pour faire les rondes de auit ; lui-même, bien qu’épuisé par la fièvre, passait

| toutes les nuits dans la chambre de garde. Le 19 sep- ; tembre, la pluie tombait tellement que La Vigne, » prenant pitié des sentinelles, les renvoya au quar-

D Gr, se doutant peu de ce que l'énergie, stimulée par : le fanatisme et la cupidité, allait accomplir.

Nous avons laissé les Espagnols à Saint-Augustin :

F en voyant apparaître deux des navires montés par les ! troupes de Ribaut, sans un souffle de vent qui fût

hvorabledleurs vaisseaux, ils se crurent perdus et, se

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jetant à genoux, ils prièrent Notre-Dame d'Utrera de leur envoyer un peu de brise. « Aussitôt, écrit Mendoza, on eût dit que Notre-Dame était descendue sur nos vaisseaux », car le vent s’éleva et les vaisseaux espagnols se réfugièrent dans la baie. Le lendemain matin ramenait les vaisseaux français chargés d'hommes ct cherchant l'entrée du port; mais protection de Notre-Dame d’Utrera se continuant, brise se tourna en une tempête furieuse, et le reconnaissant Adelantado put suivre des yeux les navire: ennemis ballottés par les vagues furieuses qui, d'un instant à l’autre, pouvaient les briser sur les rivages mêmes de Saint-Augustin.

Un audacieux projet germa dans l'esprit de Menendez ; il résolut de marcher avec cinq cents hommes par terre contre le fort, évidemment dépour de ses défenseurs, et de le surprendre par ce coup de main ; la tentative parut si insensée aux yeux du couseil qu’il assembla sur l'heure même, qu'il y rencontra la plus énergique résistance. Les officiers moins imbus de fanatisme, etqui d’ailleurs n’avaient pas nn million de ducats et des honneurs en jeu, allèrent jusqu'à dire qu'ils ne participeraient pas à une entre-

prise aussi folle, dont l’unique résultat serait unt

mort certaine ; mais la volonté de fer de l'Adelantad

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