‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 47 sur 117 · Menen · texte numérisé non relu

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MENENDEZ. 19 ne plia pas, et le matin du 17 septembre cinq cents arquebusiers et piquiers étaient en ligne devant le camp, munis chacun d’un flacon de vin et d’un sac de pain ; deux sauvages ct un Français renégat du nom de François Jean devaient les guider; vingt pionniers étaient chargés d’abattre les obstacles de la marche. Mendoza nous décrit l'angoisse avez ja quelle il attendit de leurs nouvelles; mais le troisème Jour un messager de l’Adelantado annonça qu'ils étaient en vue du port français, et qu’il espérait donner l'assaut dès l'aurore du lendemain, 20 sep« tembre.

On peut imaginer quelle volonté il fallut pour soutenir les soldats à travers les souffrances d’une parille marche, et deviner les difficultés de se frayer un passage dans les fourrés impénétrables de la lorêt, les gémissements des pins secoués par la rafale, ls nuits sans abri sur un sol détrempé et les armures ruisselantes de l’eau qui doublait le poids du casque et des buffleteries. L’avant-sgarde s'arrêta à moins d’une lieue du port, protégée par la forêt qui Sétendait près du cap Saint-Jean; frissonnant de fatigue et de faim, et les munitions noyées par la pluie, chacun maudissait l’auteur de tant de maux !.

1. Menendez feignit même de ne pas entendre un enseigne disant

Celui-ci, après avoir passé sa nuit en prières, appela ses officiers et leur demanda ce qu’ils résolvaient devant cette position désespérée, avec leurs munitions et les provisions perdues. Pour lui, il ne voyait de salut que dans une attaque immédiate contre le fort. Les officiers et soldats, également découragés, l'écoutaient silencieusement ; à la fin, son ardenteélo. quence prévalut, ils consentaient à le suivre; on se jeta à genoux sur le terrain marécageux qui formait le sol sous leurs pieds, et on recommença de marcher en avant, guidés par le renégat auquel, pour plus de sûreté, on lia les mains. Mais bientôt, aveuglés par les branches, glissant et tombant sur les obstacles dans l'obscurité, les hommes s’arrêtèrent plus rebutés encore qu'avant. Menendez ordonna d'avancer sous peine de mort; on lui obéit, et alors sortant de: bois, ils distinguèrent une colline derrière laquelle, leur dit le renégat, se trouvait le fort; Menendez, ave quelques hommes, monta sur le sommet de l'éminence et vit de là les constructions à trois portées de fusil ; deux de ses officiers envoyés en reconnaissance

à ses camarades : « Ce Coreto (surnom donné aux habitants de l'A: turie et de la Biscaye) de malheur ne sait pas plus la guerre de m1 qu'un âne, et nous a tous perdus, Car, si on avait suivi mon avis, |! aurait été traité selon ses mérites le jour où il nous a embarqués dis ce maudit voyage. » Barcia, 79.

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MENENDEZ. st rencontrèrent un Français isolé, le blessèrent et le lirent prisonnier, puis le poignardèrent en regagnant la troupe qui attendait impatiemment.

«Santiago! cria Menendez, sus, sus, Dieu et la victoire sont avec nous! » Proférant de féroces cris de guerre, tous les Espagnols s’élancèrent.

Comme nous l'avons dit, aucune sentinelle n’était ur les remparts ; mais un trompette, qui par hasard \ était resté, distingua, à travers les torrents de pluie qui tombait, la troupe d’assaillants descendant de la colline. Il sonna l'alarme et à son appel sorti-

| rent quelques soldats à peine vêtus; il était trop tard :

mr les brèches, par les remparts, les Espagnols apmraissaient de tous côtés, criant : « Santiago, San-

À tiago ! »

Les malades, les femmes, les enfants s’élançaient lors des barraques, affolés de terreur, et ne rencontaient que des soldats sans pitié recevant ces malheureux à coups de pique ou d’arquebuse. Laudonhière se jeta sur ses armes et courut vers la brèche

jincipale, ralliant ses soldats autour de lui; un flot

lennemis leur barra le passage; resté seul avec un soldat nommé Barthélemy, acculés dans une cour, is saisirent le moment où les assaillants trébuchaient

Lans les cordages d’une tente, s’échappèrent derrière

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la demeure d'Ottigny, sautèrent par-dessus le rempart de l’ouest et gagnèrent les bois‘.

Le Moyue venait de se jeter sur son hamac lorsque, le tumulte lui révélant le danger, il se précipite au dehors, et voyant tout perdu, parvient aussi à s'échapper vers la forêt. Le vieux Challeux, le charpentier, armé de son ciseau, retrouve l’agilité de h jeunesse devant l'horreur de la position ; escaladant la palissade, il arrive au haut de la montagne voisine sans être poursuivi; là, il peut voir la boucherie humaine et entendre les cris d’agonie; se retournant avec terreur, il se Jette dans les bois à travers les épines et les lianes. Il y rencontre d’autres fugitifs, et tous ces malheureux, à peine arrachés à lhorrible mort, tiennent conseil ensemble; l’un d'eux, fervent chrétien et versé dans la lecture de la Bible, opinait pour se rendre aux Espagnols, qui après tout étaient, disait-il, des hommes, et qui, le premier moment de fureur passé, les épargneraient. La plupart partagèrent cet avis, mais Challeux jugeait tout différemment et le vieil huguenot invoqua le témoignagt des apôtres et des prophètes pour les assurer que, dans la plus dure extrémité, Dieu n’abandonnerai

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