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MENENDEZ, 83 point ceux qui mettraient leur foi en lui!, Six des fugitifs tinrent nonobstant au premier avis et descendirent vers le port ; leurs compagnons suivaient des yeux, le cœur serré, le résultat de leur démarche ; ils purent voir les Espagnols les hacher à coups de hallebarde et d'épée, puis traîner les corps au bord de la rivière où s’amoncelaient déjà les victimes du mas sucre.
Le Moyne et uu soldat nommé Grandchemin erraient pendant ce temps à travers la forêt dans l'espoir de rejoindre les navires, encore à l'ancre à la barre de la rivière ; ne les apercevant nulle part, le soldat ‘exaspéra et déclara qu'il retournait au fort. Le Moyne, obligé de lui céder, ne voulut pas l'abandon ner; mais arrivés près de la scène sanglante, le cœur
b de l'artiste lui manqua devant les hurlements de
triomphe féroce et les horreurs qu'il aperçut : embrasnt tristement son camarade, il le laissa s’avancer ul, put le voir de sa cachette s’agenouiller ct demander grâce, recevoir la mort pour toute réponse, [son corps être aussitôt coupé en quartiers, puis sispendu en triomphe.
Les cadavres de cent quarante-quatre personnes
!. Chalieux, dans Ternaux-Compans, 272.
couvraient le rivage, la soldatesque enragée ne leur épargnait aucun outrage et cela à portée de la vue d'un petit vaisseau français, /a Perle, commandé par Jacques Ribaut, fils de l'amiral, à l’ancre presque en face du fort,
Menendez rendit des grâces publiques à Dieu pour son inhumaine victoire; son chroniqueur, comme preuve de sa magnanimité, raconte qu'après le premier massacre, il laissa la vie aux femmes, à leur: enfants et aux garçons au-dessous de quinze ans, au nombre de cinquante; Menendez écrit au roi quil croirait s’attirer la colère de Dieu s’il les faisait périr maintenant, mais que d'autre part, il a une crainte extrême de les voir répandre le venin de leur héréatc parmi ses troupes. On assura en France que les prisonniers de distinction périrent de mort ignominieuse et qu'on les pendit aux arbres, avec l'inscription suivante, placée au-dessus d’eux : «Je subis ceci non comme Français, mais comme luthérien. »
Les Espagnols recueillirent un grand butin e: armes, en vêtements et en provisions ; la victoire n° fut pourtant pas absolument complète, car tout en tx
4. «... Car, arrachans les yeux des morts, les fichoyent au bout : leurs dagues, et puis avec cris, heurlemens et toute gaudisserie, jettoyent contre nos François vers l’eau, à qui les jetteroit plus loi Challeux (1566), 34. Prévost, Reprinse de la F'oride.
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MENENDEZ. 85 nonnant les trois navires restés avec Jacques Ribaut à la portée du fort, ils ne purent empêcher deux de ces vaisseaux de s'échapper ct d'aller Joindre les autres embarcations légères, réunies plus loin et parmi lesquelles était celle achetée à Ilawkins.
Nous avons laissé Le Moyne et un certain nombre de fugitifs cherchant à gagner l'embouchure de la rivière où ils comptaient trouver les vaisseaux dont uous parlons; en traversant les marais, ils aperçurent d'autres infortunés qui se frayaient péniblement un chemin à travers l’eau salée et les roseaux coupants qui déchiraient leurs membres meurtris; parmi ces derniers étaient l’intrépide Challeux, toujours armé du eiseau qui lui avait prêté bonne aide, et enfin Laudonnière; la bande, réunie au nombre de vingt-six, se sentit ranimée à la vue d’une voile; celleci appartenait au vaisseau du capitaine Mallard, qui, en apprenant le massacre, longeait la côte dans l'espoir de recueillir les fugitifs ; l'épuisement de Laudonnière était tel qu'il fallut, ainsi que beaucoup de ses compagnons, le porter à bras Jusqu'au navire sauveur; dès qu’ils se sentirent à l'abri, ces malheureux débris de la colonie demandèrent à être conduits en France. k
On recueillit encore quelques personnes, puis le
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jeune Ribaut, bien que sans aucune nouvelle du sort de son père, se joignit à eux avec trop d’empressement pour ne pas mériter la réputation de poltronnerie qu'il conserva parmi ses contemporains, Après un voyage dont les privations causèrent la mort de plusieurs d’entre eux, ils débarquèrent, les uns à La Rochelle ei les autres à Swansea, dans le pays de Galles.
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cudez revient à Saiut-Augustin. — Il apprend le naufrage de Rihaut, — Marche de Menendez, == 11 découvre les Français; entrevue, — Espoir en sa miséricorde, qui décide les Français stparés de Ribaut ndre, Massacre, — Retour à Saint-Augustin, — Convention de Ribaut avec Menendez, — Trahison de ce dernier, — Assassinats et nouveaux massacres, — Projets des Espagnols, — In-
diffcrence de Ja cour de France sur le sort de ses & jets,
Le chapelain Mendoza et ses confrères, restés à Naint-Augustin, craignaient à toute heure de voir la flotte de Jean Ribaut venir les surprendre en labsemee du chef, ainsi que projetait de le faire celui-ci
par son attaque sur le fort Caroline. Tout en se con-
liant à la protection céleste, l’Adelantado avait laissé
à son frère Barthélemy, avee une centaine d'hommes, là garde de l'établissement naissant; une semaine “écoula æinsi dans l’appréhension, lorsqu'ils virent un messager courir vers le fort, criant à Mendoza qui ‘enait à sa rencontre :
« Victoire ! victoire ! Le fort français est à nous! »
Ft, hors de lui, il se jetait au cou du chapelain.
Celui-ci nous dit, dans son Journal, que bientôt leur vaillant général arriva avec cinquante soldats, bien las, et qu’il rendit grâce au Seigneur, en gentilhomme et en bon chrétien, de la victoire qu’il lui avait accordée; une solennelle procession célébra leur entrée triomphale.
Quatre jours plus tard, la sieste de l’Adelantado était troublée par l’arrivée d’une troupe d'Indiens; ecux-ci venaient lui dire qu’on avait vu un navire français échoué sur la côte du sud, et que les naufragés, éloignés seulement de quatre lieues des Espagnols, ne pouvaient traverser le bras de mer qui les séparait. Menendez envoya sur l'heure cinquante hommes en reconnaissance; puis, appelant son chapelain, dont la présence lui semblait devoir appuyer l’œuvre pie qu'il méditait, il s'embarqua avec douze hommes et deux guides indiens dans une autre barque; après une marche pénible à travers les marais, les deux bandes se Joignirent et bivouaquèrent sur le rivage, d’où ils aperçurent les feux du camp des naufragés français.
A partir de ce moment, nous n’avons pour nou: renseigner sur les événements que les narrations espagnoles, celle des Fra::çais n'étant plus le récit de témoins oculaires.
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On se souvient que, sur le point d'attaquer les ennemnis à Saint-Augustin, Jean Kibaut fut assailli par une tempête, considérée par les Espagnols comme la manifestation d’une intervention divine; bientôt tous ses vaisseaux furent jetés à la côte, le plus grand nombre près du cap Canaveral, Une lettre de Menendez dit que les Français éprouvèrent beaucoup de pertes en hommes ; Challeux affirme que seul le capitaine La Grange, officier du plus grand mérite, disparut parmi tout l'équipage naufragé. Un de ces vaisseaux ayant échoué plus au nord que les autres, c’étaient les feux de son bivouac que les Espaenols avaient aperçu, en face des sables de l’île Anastasia; ces hommes comptaient gagner par terre le brt Caroline, dont ils ignoraient la ruine; Ribaut, de son côté, avec le reste de sa troupe, prit plus au sud, dans le même dessein. Tout ce qui concerne le sort de ceux qui nous occupent actuellement nous est parvenu par la plume de Solis de la Meras, prûtre et beau-frère de Menendez, mais surtout par la volumineuse collection des dépèches de Menerdez, recueil l'atrocités relatées de sang-froid, et au dos duquel on voit écrit de la main même du Roi, ces mots : « Dites-
lui qu'il a bien agi... »
L'Adelantado, ayant reconnu les Français, fit
marcher jusqu’au point qu’on croit avoir été a baie de Matanzas; là, il cacha ses hommes dans les broussailles ; puis, saisi, selon Mendoza, d’une inspiration de l'Esprit saint, il se vêtit en marin, entra dans un bateau et rama vers les fugitifs afin de mieux connaître leur situation ; un Français nagca à sa rencontre, et Menendez lui demanda qui il était : « ilomme d'arme de Ribaut, vice-roi du roi de France, répondit le nageur. — Etes-vous catholiques ou luthériens ? — Tous luthériens. »
Un court dialogue s’ensuivit, au bout duquel l'Adelantado déclara son nom et sa qualité; le Français, retournant vers ses compatriotes, revint promptement demander un sauf-conduit pour son capitaine et pour quatre officiers qui désiraient couférer avec le général espagnol ; Menendez donna sa parole, et, de retour au rivage, envova son bateau les chercher. Pendant ce temps, il disposait habilement ses gens à travers les accidents de terrain, de façon à donner une idée exagérée de leur nombre, car ils n'étaient que 60, et Menendez parle de 140 Français, Solis de 200.
Les officiers français, courtoisement accueillis, expliquèrent leur naufrage et demandèrent une chaloupe, afin de les aider à traverser la rivière qui les
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MASSACRE DES HUGUENOTS. o séparait d'un fort appartenant à leur roi, et vers lequel ils se rendaient.
Alors se reproduisit la sinistre interrogation : «Etes-vous catholiques où luthériens? — Nous sommes luthériens. »
«Messieurs, reprit Menendez, votre fort est en mon pouvoir, et tous ses défenseurs ont été passés au fil de l'épée; » et pour appuyer sa déclaration, il icur fit montrer les objets pillés au fort. Les laissant alors sur cette cruclle nouvelle, 1l leur fit apporter de la nourriture et alla déjeuner avec ses officiers.
À son retour, le capitaine français convint de la vraisemblance de ses assertions, et implora un navire pour rentrer en France, ou au moins, si on lui relusait cette requête, il exprimait l'espoir qu’on lui permettrait de demeurer sur le rivage jusqu'à l'arrivée des vaisseaux de secours, puisque les deux couronnes d'Espagne et de France étaient en paix.
« Tout catholique, répliqua l'Espagnol, sera traité en ami; mais comme vous êtes de la nouvelle secte,
je vous tiens pour ennemis, et je serai sans merci;
ceci, Je l’exécuterai avec toute la cruauté (crueldad) que me donne en ce pays mon droit de vice-roi et de
Capitaine général pour mon souverain. Je suis ici pour
planter la bannière de l'Évangile et éclairer les Indiens dans la vraie foi catholique et romaine. Si vous voulez remettre vos armes et votre drapeau, et vous rendre à merci, vous pouvez le faire, et j'agirai envers vous selon que Dieu m'inspirera. Faites comme il vous plaira, car nulle autre paix ou amitié vous n'aurez de moi!, »
Telles sont les paroles de l'Adelantado, rapportées par son beau-frère, témoin oculaire et admirateur, et 1l a été soutenu, non-seulement par les protestants, mais même par les Espagnols, qu'elles contenaient une promesse implicite de merci; la dépêche de Menendez est plus brève et moins nette ?.
Le Français retourna consulter ses compagnons: deux heures après, il revenait et offrait 50,000 ducat: pour sauver leurs vies; mais Menendez ne voulut, selon Solis, donner aucune assurance plus positive. Pourtant on trouve dans ses dépêches des expressions tendant à impliquer qu’une promesse verbale fut faite au moins à quelques-uns.
Il ne restait aux Français affamés d'autre ressource que de se rendre à merci. Un second voyage du b-
1. Texte espagnol donné par Solis, 2. Texte espagnol de la lettre de Pedro Menendez à Sa Majesté
Fort Saiut-Augustin, 15 octobre 1565, Mss,
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