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MASSACRE DES HUGUENOTS. 97 remis entre les mains de bourreaux. Tous ses compagnons furent réunis autour de lui, comme un misérable troupeau destiné à mourir; les Espagnols, ne respirant que carnage, tirèrent leurs épées, et l’on posa la question de vie ou de mort :
« Êtes-vous catholiques ou luthériens? Y en a-t-il parmi vous qui consentent à se confesser ? »
Ribaud répondit :
« Nous sommes tous de la religion réformée. » Et, récitant le psaume Memento Domine.. : « Nous sommes terre, ajouta le courageux soldat, et terre nous redeviendrons ; peu importent vingt années de plus ou de moins. » Puis, se tournant vers l’Adelantado, il lé: dit de faire à sa volonté.
Aucune pitié ne pouvait atteindre l’âme de l’ambitieux fanatique qui, impassible, donna le signal de l'effroyable massacre.
Un petit nombre fut épargné, d’après le récit de Menendez lui-même ‘. « Je sauvai, écrit-il, deux
jeunes gentilshommes âgés de dix-huit ans, avec un
fifre, un trompette et le tambour; mais j'ordonnai de tuer Juan Ribao avec tous les autres, jugeant cela nécessaire pour le service de Dieu et de Votre Majesté.
1, Texte espagnol de la lettre de Menendez au roi, 15 octobre 156. Ms,
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Je considère comme une heureuse fortune que lui (Ribao) soit mort, car certes le roi de France eût pu faire bien plus avec lui et 500 ducats qu'avec beaucoup d’autres et 5000 ducats; celui-là eût mieu: réussi en une seule année qu'un autre en dix années, car je n'ai pas connu de meilleur commandant ni de marin plus expérimenté dans cette dangereuse navigation des Indes et de la côte de France, etc. »
Parmi ceux qu’on épargna, se trouvait Christophe Le Breton, qui, emmené en Espagne, s'échappa, revint en France et fit à Challeux le récit de l'horrible tragédie. Une autre victime, un marin de Dieppe, fut miraculeusement sauvé; laissé pour mort sous le monceau de corps, il reprit ses sens &t s'enfuit chez les Indiens, qui furent obligés de k livrer aux Espagnols; vendu par ceux-ci comme es clave, et le vaisseau qui l’'emmenait en Portugal ayant été pris par les huguenots, le marin recouvra liberté ; son récit a été publié dans la narration de L Moyne,
C'est à l’aide de ces sources authentiques, ains que de la pétition faite par les amis et parents des victimes, quand le massacre fut connu, dans le bu d'obtenir justice de Charles IX, qu'a été formée li
version elle difrè établit s mit à L pagnons,
l'usage d croix, ai puis Le donna l'o rappeler command
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trages, L’accuse dans les ré ‘époque m isculper 1 narration,
l Challeux, ‘rme de com uns et autres, ruellement e lite le Florid Écits parlent « ‘ntemporain, ut été enley Barcia nie cetti
que lui D srsion française de ces lamentables événements ; eût pu D le diffère des relations espagnoles, en ce qu’elle beau- D pit surtout ceci : d'abord, que Menendez promieu D jt à La Caille la vie sauve pour lui et ses comjix an- pagnons, et scella sa promesse par un baiser selon * com-
l'usage du temps, un serment et plusieurs signes de
NS CEE D croix, ainsi qui par un écrit marqué de son sceau;
côte de puis Le Breton assure que lorsque l’Adelantado
donna l'ordre du massacre, Ribaut le conjura de se ristophe rappeler son serment ; il ajoute qu'il vit Menendez Chap, À mmander à un soldat de le poignarder ainsi qu'Otè pi ignv !, et que le corps de Ribaut subit tous les ouarin de
trages.
no: pont L'accusation de mépris de la foi jurée, contenue
SNS € D dans les récits français, était généralement admise à :s de le ‘époque même du massacre, et c’est dans le but de ame se
üisculper Menendez que son beau-frère entreprit sa
san! . , 1 AU EE ration, On reste frappé, en effet, en lisant ces
uyra Si
bn de Li l Challeux, d'après Christ. Le Breton. — Requéte faite au roi en
‘rme de complainte par les femmes veuves, petits enfants orphe-
ns et autres, leurs parents, amis et alliez de ceux qui ont été
$, ain. 'uellement envahis par les Espagnols en la France antarctique,
| lite la Floride, Tel est le titre de la pétition à Charles IX. Tous les
dits parlent des outrages infligés au corps de Ribaut. Prevost, un
le but BR 'temporain, Lescarbot et d’autres affirment que la peau de Ribaut
dit été enlevée, tannée et envoyée en Espagne comme tronhée. Barcia nie cette monstrueuse aggravation.
ents des
rmée là
faits, du contraste incroyable que présentent le caractère énergique et sensé de Ribaut, reconnu mème par Menendez, et la folle confiance avec laquelle il eût livré sa vie et celle de ses compagnons à l'ennemi avoué de leur reïigion, sans avoir obtenu préalablement une garantie positive; d'un autre côté, les mœurs du temps nous permettent de croire qu celle-ci peut avoir été jugée de peu de valeur par la conscience de Menendez, qui devait professer l'axiome qu'on n’est tenu à rien envers des héritiques.
L'Adelantado rentra la nuit suivante à Suint- Augustin ; bien peu blâmèrent son inhumain exploit,
ct Menendez se mit en devoir d'envoyer au roi l kg
relation qui nous est conservée. Il ajoute à tous se motifs de sévérité envers des hérétiques le détail dé empiétements imaginaires que complotait la France. et qui s'accordent avec ses étranges notions géogriphiques, que nous avons signalées au début de soi histoire. N'oublions pas, du reste, qu'il n’y à guèr plus d’un siècle qu’on a renoncé à l'espoir de rt Joindre les Indes orientales par le Saint-Laurent. que Menendez signale comme étant un bras de me qui devait donner accès de Terre-Neuve aux îles Moluques. Menendez se glorifie d’avoir déjoucé ces prt-
tentions puté du Il nou des hom rendre.
çaient de les vaiss( Espagno ls natur de terret vers les c prometta autres ré] ls sauva, pagnol. I tint son ( et les pris de l'Adel:
pour mar aient e ques-uns Crreurs ; prix de 1e marge de du roi, pe
Ccaracmèmi uelle il nnem alableté, les re que eur pat rofesser
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MASSACRE DES HUGUENOTS. (ot tentions, et espère ainsi avoir assuré l'empire indisputé du Nouveau Monde à Philippe IT.
I nous reste à faire connaître le sort réservé à ceux des hommes de Ribaut qui avaient fui, refusant de se rendre. Parvenus sr:r la côte du Canaveral, ils s'efforçaient de reconstruire un navire avec les débris de tous les vaisseaux naufragés, lorsqu'ils virent paraître les Espagnols au nombre de 250 ; ceux-ci, prévenus par les naturels, étaient arrivés à marches forcées. Saisis de terreur, les malheureux Français prirent la fuite vers les coteaux. Menendez envoya un trempette, leur promettant la vie sauve; le commandant et plusieurs autres répliquèrent qu'ils préféraient être mangés par ks sauvages plutôt que de croire à la parole d’un Espagnol. Le reste des naufragés se rendit, et Menendez tint son engagement. Ils furent même bien traités, et les prisonniers de bonne naissance, reçus à la table de l'Adelantado, perdirent assez le sens de l'honneur pour manger le pain de l’homicide dont les mains ttaient encore teintes du sang de leurs amis; quelques-uns, cédant aux exhortations, abjurèrent leurs crreurs; mais, S'ils espéraient un sort meilleur pour
prix de leur conversion, la note suivante, écrite en marge de la dépêche de Menendez, de la main mème du roi, peut nous détromper. On y lit :
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« Dites-lui que quant à ceux qu'il a tués, il a bien fait, et pour ceux qu'il a épargnés, qu'on les envoie aux galères. »
On peut deviner quelle approbation reçut l’auteur de ce drame en Espagne; elle fut égale à l'horreur avec laquelie les huguenots et même les catholiques en accueillirent la nouvelle en France; mais les victimes étaient des protestants, fauteurs de désordres politiques et religieux, et bien que l’entreprise patronnée par Coligny eût un caractère essentiellement national, sanctionné par la signature du roi, et que la colonie eût été assaillie en pleine paix par une puissance amie, l'influence catholique et espagnole prévalut sur l'esprit pusillanime de Charles IX. Les pétitionneurs s’élevèrent en vain contre cette iniquité, et le sang de ses sujets cria vengeance sans éveiller d’écho dans le cœur du Valois.
IL était réservé à la France outragée de trouver parmi ses enfants son champion et un vengeur. Les annales de la chevalerie renferment peu d'épisodes plus romanesques que celui auquel l'audace de Dominique de Gourgues va attacher son nom.
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