CHAPITRE IX
Sa vie, — Sa haine et son désir de vengeance contre les Espagnols, — Il réunit une bande d’aventuriers, — Discours qu’il leur tient et enthousiasme qu'il excite. — Arrivée de Gourgue: en Amérique, — Il attaque les Espagnols après s'être concerté avec les Indiens. — Victoire définitive. — Destruction des forts, — Suite de la carrière de Gourguea, — Menendez, — Sa mort.
La première partie de la vie de Dominique de Gourgues est intéressante à faire connaître parce qu'elle explique la sincérité et la durée de la haine qu'il portait au nom espagnol.
Né à Mont-de-Marsan, il ajouta de bonne heure à l'illustration de sa famille le renom d’un valeureux soldat, On est peu fixé sur la religion qu'il profrssait; le chroniqueur Espagnol l'appelle un terrible hérétique, mais le jésuite Charlevoix, jaloux de revendiquer pour sa foi l'honneur de ses exploits, affirme que lui et sa famille étaient de bons catholiques !.
Sa foi la plus évidente nous semble avoir été une sainte horreur contre l'Espagne; voué à l’état mili-
1. Barcia, 433 ; Charlevoix, Nouvelle France, 1, 115; Guérin, Navigateurs français, 200; Lescarbot, 1, 141.
dk LES HUGUENOTS A LA FLORIDE.
taire dès son enfance, il fut fait prisonnier par les Espagnols pendant les guerres d'Italie, près de Sienne, où il s'était signalé par sa bravoure. Par un raffinement d’insulte ils en firent un rameur de galères, et ce ne fut qu'après plusieurs années de ce traitement barbare qu'il changea d’esclavage, les Turcs s'étant emparés du vaisseau espagnol. Enchainé de nouveau à son banc de misère, il se vit enfin délivré par une galère de Malte qui captura la barque et l'équipage. Le repos n’était pas le fait de cet esprit inquiet : l'Afrique, le Brésil ct toutes les contrées lointaines le virent tour à tour ; sa réputation maritime s’en accrut, mais ses légitimes rancunes contre les Espagnols redoublèrent, lorsqu'au retour de ces expéditions il apprit les massacres de la Floride. Nous avons vu qu’il fallait renoncer à obtenir justice du roi ou de la cour, la plupart des membres de la noblesse de l’époque étant dévoués au parti de l'Espagne. Dominique de Gourgues résolut donc, lui simple gentilhomme, de se faire le vengeur des victimes, et le champion des intérêts français abandonnés par leur souverain dans le Nouveau Monde. 4. De Gourgues, mss. Ce manuscrit est une copie faite en 1831 par
le vicomte de Gourgues sur le manuscrit original de de Gourgues, coiservé dans sa famille et dont j'ai eu communication par les soins obli-