‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 54 sur 117 · IL · texte numérisé non relu

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Il vendit son patrimoine, reçut des avances considérables de son frère, président de la généralité de Guyenne, et équipa trois vaisseaux légers, montés par cent arquebusiers et quatre-vingts soldats de marine, et qui avaient l'avantage de se gouverner également à la voile et à la rame. Afin de dissimuler le but de l'entreprise, Blaise de Montlue, lieutenant pour le roi en Guyenne, lui donna une commission de guerre contre les nègres de Benin, ou plutôt pour le trafic des esclaves, considéré alors comme une carrière honorable.

De Gourgues conserva pour lui seul le secret de ses projets, et s'embarqua à l'embouchure de la Charente, le 2 août 1567. Après avoir subi, au cap Finisterre, un orage tel que ses hommes voulaient retourner en France, il les réconforta de son mieux sur la côte d'Afrique ; puis il fit voile pour le cap Blanco, où la jalousie des Portugais lui suscita les poursuites des rois nègres des contrées riveraines; il n’en arriva pas moins au cap Vert et poursuivit sa course vers geants de M, Bancroft. IL est semblable à celui de deux narrations intitulées /a Reprinse de la Floride, et qui sont à la Bibliothèque nationale de Paris. L'une d'elles porte le nom de Robert Prevost, mais sans indiquer si c’est comme auteur où comme copiste; celle-ci a été imprimée en entier par Ternaux-Compans, et M. Gaillard, après uu

minutieux examen, a fait une notice sur leur contenu. (Note de l'auteur.)

les Indes en suivant le chemin ouvert par Vasco de Gama,

A Hispaniola, Gourgues obtint à grand'peine, de la jalousie des Espagnols, l’eau dont il avait besoin : « ces Espagnols, dit le narrateur indigné, qui croient que le Nouveau Monde n’a été créé que pour eux, et qu'aucun autre individu qu'eux n’a le droit d'y respirer! » Cenefutqu'’en arrivant au cap St-Antoine, sur la côte de Cuba, que de Gourgues s'ouvrit de ses desseins et, avec une éloquence toute méridionaie, chercha à communiquer à ses compagnons la passion qui l’animait. Il leur dépeignit l’humiliation du drapeau français dans ces parages : «Quoi! s’écriait-il, une pareille insulte resterait impunie! quelle gloire pour nous de venger nos frères! j'ai sacrifié ma fortune, parce que j'ai compté sur vous; serai-je déçu dans ma conviction que vous seriez assez jaloux de notre patrie pour lui sacrifier jusqu’à votre vie? Non! je vous montrerai le chemin; toujours à votre tête, je réclame le poste le plus périlleux ! Refuserez-vous de me suivre ? »

Leur chef n'avait pas parlé en vain; la première surprise se changea en enthousiasme, et ces natures inflammables atteignirent un tel degré d’entraînement que de Gourgues dut user de son auto-

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DOMINIQUE DE GOURGUES. 107 rité pour les empêcher de tenter la périlleuse navigation du canal de Bahama avant que le lumineux clair de lune des tropiques eût éclairé leur course aventureuse, Bientôt les navires purent poursuivre leur course et jeter l’ancre à l'entrée de la rivière Sainte-Marie, à quinze lieues au nord de la rivière de Mai : les Espagnols soupçonnaient si peu une croisière ennemie, que lorsqu'ils virent passer les trois voiles au large, leurs batteries envoyèrent des salut: qui furent rendus par las vaisseaux français.

Menendez avait employé les deux années qui venaient de s'écouler à s’affermir dans sa nouvelle conquête ; Saint-Augustin était bien fortfié, et le fort Caroline, devenu le fort San-Matéo, était tout à fait réparé; deux redoutes gardaient l’entrée de la rivière, Mais ses procédés envers les Indiens étaient ceux que la cruauté espagnole avait mis en usage dans toute l'Amérique; la guerre et les embûches s'ensuivirent ; aucun Espagnol ne pouvait plus franchir l'enceinte après le coucher du soleil sans tomber sous les flèches ou le poignard des sauvages, qui ne cessaient de regretter les mœurs deuces et humaines des Français de Laudonnière et de Ribaut.

Au point du jour, Geurgues vit les rives couvertes de naturels, qui, creyant à un débarquement

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des Espagnols, se préparaient à es U rans; mais un trompette, qui avait déjà séjourné alis la Floride, alla vers les Indiens avec des oran tions d'amitié; dès qu’ils l’eurent POOORMA, ci tude se changea en danses et en HATAEOEES Joyeux, «Comment avait-il pules quitter?» lui CEPSAGMEON Le chef n’était autre que notre vieil allié Satourons, et Gourgues se présenta à lui comme son pa et porteur de présents devant lesquels la joie indienne ne connut plus de bornes ; PAURONR Reset voquer tous les guerriers des environs pour tenir un grand conseil le lenderrain. Gourgues remonta sur ses vaisseaux et pour plus de sûreté les fit entrer dans l’intérieur de la rivière. | | Dès le matin les bois étaient remplis Le sauvages gucrriers qui se portaient Sd de ne celui-ci débarqua avec la pompe ARE ne gage de mutuelle confiance, les Français mirent . o leurs arquebuses, les naturels leurs arcs et pi ches. Satouriona vint recevoir les franges: le monial accoutumé ct silencieux die son Cours, : le commandant français se Here eh demeure :

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n’avait pas appris les manières françaises, se leva : sans lui laisser le temps de parler, commença la plu:

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DOMINIQUE DK GOURGUES. 109 violente diatribe contre les cruautés des Espagnols. Depuis la prise du fort français, disait-il, les Indiens n'avaient plus eu un jour heureux. Les Espagnols les chassaient de leurs demeures, prenaient leurs femmes, tuaient les enfants, et les persécutaient ainsi parce qu'ils savaient que les Indiens aimaient les Français. Un jeune garçon avait échappé au massacre du fort, ils l'avaient trouvé dans les bois et, en dépit des efforts des Espagnols pour le reprendre et le tuer, l’avaient gardé afin de le rendre à leurs bon: amis, « Regarde, poursuivit le chef, le voici; » et il amena devant eux un adolescent de seize ans nonimé Pierre Debré, qui devint tout de suite un précieux auxiliaire pour Gourgues, sa connaissance du langage des naturels en faisant le meilleur interprète. Gourgues dissimula l'étendue de la satisfaction que lui causait cette violente sortie contre ses ennemis; il remercia vivement les sauvages de leur bon vouloir, fit un éloge bien peu mérité des mérites de son souverain, puis finit en disant que quant aux Espagnols, 1e Jour de la réparation était proche, et que ai les Indiens avaient souffert pour l'amour des Français, ceux-ci les vengeraient de leurs ennemis... « Quoi ! s’écria Satouriona oubliant sa dignité et dansant de joie, vous combattrez les Espagnols!

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