‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 56 sur 117 · De Gourg'ies, mss · texte numérisé non relu

De Gourg'ies, mss

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Une distribution de cadeaux suivit l'entretien, la foule bigarrée se pressait pour recevoir couteaux, hachettes, perles, sonnettes, miroirs ; puis Gourgues demanda aux chefs s’il y avait quelque désir particulier qu’il pût satisfaire; sur ce, désignant la chemise des Français, leur admiration se traduisit par le désir d’en avoir chacun une qu’ils porteraient aux grandes solennités de la nation. Gourgues satisfit ce désir d’une primitive naïveté.

Trois espions partirent pour reconnaître les forces des Espagnols. Olotoraca, jeune guerrier de grand renom et neveu de Satouriona, les accompagnait ; le chef livra son fils unique et sa femme favorite en otage, en signe de bonne foi et d'amitié.

Au jour fixé, l’armée sauvage était réunie, faisant retentir l'air de ses cris discordants, vantant les prouesses qu'elle allait accomplir, et buvant la célèbre décoctien noire faite avec le suc d'une plante nommée vulgairement cassina eu unpentea; Geurgues alfecta d’avaler sa part de ce gage d'amitié et d'ailance destiné à deuer les guerriers de toutes les vertus et à les rendre invincibles,

La journée s’écoula en cérémonies ; le seir venu, ls alliés entrèrent dans les forêts et se dirigèrent \ers les forts espagnols ; les Français devaient ga-

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gner le rendez-vous par mer. Avant leur départ, Gourgues harangua ses hommes, mais leur ardeur était déjà à son comble et on l’interrompit en demandant à marcher; il confia la garde des vaisseaux avec vingt hommes à François Bourdelais. L’entreprise était si téméraire que les adieux furent empreints d'une touchante gravité,

« Si Je suis tué dans cette juste entreprise, dit le commandant en l’embrassant affectueusement, je vous remets toute l'autorité et je vous prie de ramener mes soldats en France...—Ceci, nous dit le narrateur, attendrist fort le cueur de tous, et mesruement des mariniers qui demeuroient pour la garde des nvires, lesquels ne peurent contenir leurs larmes, et fust cette départie pleine de compassion d’ouïr tant d’adieux d’une part et d’aultre, et tant de charges ct recommandations de la part de ceulx qui s’en alloient à leurs parents et amis, et à leurs femmes et alliez au cas qu’ils ne retournassent... »

Le cœur encore ému, les marins se placèrent aux rames, et bientôt les bateaux s’éloignèrent, emmcnant le jeune Debré qui évaluait à 400 le nombre dés Espagnols abrités derrière leurs remparts,

On navigua toute la nuit; à l’aube, les rameurs aspiraient au repos, mais un vent de nord-est les àÿ-

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