‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 67 sur 117 · LA ROCHE, CHAMPLAIN, DE MONTS. A · texte numérisé non relu

LA ROCHE, CHAMPLAIN, DE MONTS. A

Il existe à Dieppe un curieux manuscrit, d’une écriture claire, nette et un peu raide du xvi° siècle, orné de soixante-une illustrations en couleur, d’un style digne d'un enfant de dix ans. Ici, on peut reconnaître les ports, les îles, les rivières, enjolivés de portraits de bêtes, d'oiseaux et de poissons; là on voit des fêtes et des danses indiennes, des Indiens fouettés pour n'avoir pas assisté à la messe, des Indiens travaillant aux mines d'argent, et six d’entre eux brûlant sur le même bûcher pour cause d'hérésie ; puis viennent les descriptions d'objets naturels, accompapagnées de leurs figures dessinées sur le vif ou de mémoire ; dans cette dernière partie se trouve le portrait du griffon, qu’on disait exister dans certains districts autour de Mexico, monstre aux ailes de chauve-souris, à la tête d’aigle et la queue d’un alligator,

Tel est le journal de Champlain, rédigé et illustré par lui, avec l’absolue indépendance de la perspecservi, ainsi que le Grand Insulaire et Pilotage, d'André Thevet, recueil ancien et très-curieux, traitant en outre des superstitionis communes aux marins normands et bretons, auxquelles cet auteur croit fermement, et divers documents provenant des archives de France et l'Amérique.

Quant aux descriptions des contrées, nous devons à d'anciens goûts

de voyage la connaissance intime de la plupart des localités mises en scène dans ce récit, (Note de l'auteur.)

tive et des règles de l’art, qui caractérise les premiers essais de la peinture !.

Il passa deux ans et demi aux Indes orientales, visitant les principaux ports des îles, levant des plans et des dessins, puis, débarquant à la Vera Cruz, il s’achemina, par terre, vers Mexico. Son retour eut lieu par Panama, et là, son esprit entreprenant conçut la première pensée d’un canal à travers l'isthme « par lequel, disait-il, le voyage aux mers du sud serait abrégé de plus de 1500 lieues? »

Revenu à la cour, Champlain se lassa promptement de l’inaction; mais sa destinée l’attendait. Un vétéran des guerres civiles, Aymar de Chastes, gouverneur de Dieppe, rêvait de finir ses jours dans l'accomplissement de quelque grande œuvre, pour le service du roi et de l'Église; son dévouement n'avait pas failli à Henri IV, dans le moment le plus

1. Le Journal de Champlain, mss de son écriture, est ou était entre les mains de M. Féret, de Dieppe, descendant collatéral du protecteur de notre héros, le commandant de Chastes, Il contient environ 150 pages petit in-40, et c'est à M. Jacques Tiger que l'auteur doit la communication de sa copie.

2, « L'on accourciroit par ainsy le chem'n de plus de 1500 lieues, et depuis Panama jusqu'au détroit de Magellan, ce seroit une isle, el de Panama aux Terres-Neufves une autre isle,... ete. » Un pilote hiscayen avait avant lui suggéré ce projet au gouvernement espagnol. mais Philippe IH, dans l'intérêt de certains monopoles, interdit le projet sous peine de mort.

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LA ROCHE, CHAMPLAIN, DE MONTS. 173 décisif; alors que, pressé par les troupes de la Ligue, ses amis l’abandonnaient, et que des Parisiens retenaient des fenêtres, dans la rue Saint-Antoine, espérant le voir mener à la Bastille, de Chastes lui remit sans conditions la ville et la citadelle de Dieppe. C’est ce secours qui lui permit de gagner la bataille d’Arques, le premier des succès qui assura son triomphe ; aussi l’entendit-on dire souvent que c'était à cet ami de l’adversité qu'il devait le salut de la France.

Bien qu'ennemi des ligueurs, le vieux commandeur de Malte était un dévot catholique, et il se sentit entraîné par le projet de planter la croix et les fleurs de lis dans les solitudes de la Nouvelle-France; Chauvin était mort après avoir fait plusieurs tentatives désastreuses pour établir le commerce des fourrures à Tadoussac. De Chastes demanda au roi des lettres patentes, et résolut, nous dit Champlain, bien que sa tête fût couronnée de cheveux gris, de se rendre lui-même à la Nouvelle-France, et d'y consacrer le reste de ses jours au service de Dieu et de son roi.

Les lettres patentes ne coûtant rien, furent promptement délivrées ; de Chastes, pour couvrir les dépenses de l'expédition, et afin de prévenir les ja-

lousies des commerçants bretons et normands,

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