EE D
accusateurs vis-à-vis d’un vice-amiral anglais. Turnel les lui conduisit donc dans leurs robes noires un peu usées, et les recommanda comme personnes irréprochables ; «en cela, observe le père, il disoit vray!» Le résultat de cette présentation fut que Turnel reçut le traitement dû à un gentilhomme et non plus à un pirate. On se rencontra avec plusieurs dignitaires de l’église anglicane, qui, trouvant un vif intérêt à s’entretenir avec les jésuites, furent remplis d'étonnement ct d’adrniration de leur conduite, raconte Biard ; il explique aussi que ces ministres diffèrent grandement comme doctrine et comme forme des calvinistes anglais qui sont appelés puritains, et il les trouve bien supérieurs à ceux de cette secte, «qu'ils détestent comme peste exécrable. » On renvoya le père en France par Douvres et Calais; peut-être reprit-il les tranquilles fonctions de sa chaire de théologie à Lyon. Saussaye, La Motte, Flory et les autres prisonniers revinrent aussi de la Virginie: quant à madame de Guercheville, elle ne paraît pas avoir recouvré de plus amples compensations à la destruction de toutes ses espérances que celle d’être rentrée en possession de son vaisseau ; l'ambassadeur de France porta plainte, mais de délai en délai la satisfaction demandée semble être tombée en oubli.
s, Turnel es un peu s irréproit vray!»
1e Turnel ne et non sieurs diant un vif rent rem- * conduite, ; ministres et comme pelés puriux de cette able. » On et Calais; de sa chaire lory et les à Virginie; paraît pas ations à la celle d’être nbassadeur en délai la se en oubli.
RUINE DE L'ACADIE FRANÇAISE. 249 Argall devint gouverneur de la Virginie; ce caractère audacieux et sans scrupule, mais relevé par une certaine grandeur d'âme et un brillant courage, imposa un joug de fer à la colonie. L'inobservance du dimanche était sujette à l’emprisonnement d’abord, à l'esclavage pour un mois, puis enfin pour un an; il n’en rendait pourtant pas un moindre culte à l'amour du lucre; il s'enrichit par tous les moyens, aidé du crédit du comte de Warwick, qu'on croitavoir été en association de bénéfices avec lui, et la compagnie ne put jamais parvenir à lui faire rendre ses comptes ; en 1623, le roi Jacques le créait chevalier {. Pendant le printemps qui suivit l'agression anglaise, Poutrincourtse rendit à Port-Royal; il trouva le lieu en cendres, son malheureux fils et ses hommes errants dans la forêt sans abri, et venant de passer un hiver de misère, pendant lequel ils avaient dévoré des racines, des lichens et les bourgeons des arbres.
Désespérant de son entreprise, Poutrincourt revint en France; en 1615, pendant les troubles qui suivirent le mariage du roi, il reçut le commandement
1. Voir les traits de l'histoire d'Argall, dans Purchas, Smith, Gorges, Beverly, ete., ete. On en trouve un excellent somma’.e dans la Biographie américaine, de Belknap, et un plus court dans Allen,
oo réaéallé dede marsrearenminencenegrtiinnnenneersretaemtenettete seen
RE
des forces royales qui firent le siége de Méry-sur- Seine, et là, plus heureux que pendant le cours de son existence troublée, âgé de 58 ans, il trouva la mort du soldat; il fut enterré dans sa baronnie de Saint-Just, en Champagne.
Malgré leurs revers, les Français ne renoncèrent pas à l’Acadie; plus de cinq cents bâtiments français allaient tous les ans en Amérique soutenir la pêche de la baleine et de la morue, et faire le commerce des fourrures. Biencourt rebâtit, au moins en partie, Port-Royal, et la fumée des huttes des trafiquants persista à travers les frimas de cette région jusqu'à ce que l'établissement fût repris dans de plus favorables circonstances !. Quelle eût été la destinée de l'Amérique si le zèle des jésuites eût pu convertir ces contrées en colonies catholiques? Les éléments de lutte eussent éclaté tôt ou tard entre les inflexibles puritains de la Nouvelle-Angleterre et ces prêtres
4. 11 existe aux Archives de la marine une lettre autographe de Biencourt, qui avait succédé aux titres de son père, écrite de Port- Royal, en 1618, « aux autorités de la ville de Paris, » dans laquelle il appuie sur les divers avantages qu'il y aurait à établir des rostes fortifiés en Acadie, la défendant contre les incursions des Anglais, et assurant, en l'augmentant, le commerce de fourrures, dont la ville de Paris retirait de si grands avantages. De plus, disait-il, cette contrée servirait de refuge aux indigents de la ville, et la municipa-
lité y gagnerait, puisqu'elle serait déchargée du fardeau de ces misrables. Mais il ne semble pas que la ville ait répondu à son appel.
e Méry-surt le cours de il trouva la baronnie de
renoncèrent ents français nir la pêche >mmerce des s en partie, s trafiquants gion Jusqu'à plus favoradestinée de convertir Ces éléments de 3 inflexibles , ces prêtres e autographe de , écrite de Port- » dans laquelle il lir des rostes for- des Anglais, et es, dont la ville , disait-il, cette , et la municipa-
eau de ces mist- | à son appel.
RUINE DE L'ACADIE FRANÇAISE. 251 à la volonté indomptable, C'est dans une action presque de piraterie, par un obscur coup de main exécuté au mépris de toutes les lois, que commença la lutte de la France et de l'Angleterre ; tandis qu’elle s’apaisait en Europe elle reparaissait ici sous la forme de l'antagonisme religieux, et devait, après un siècle et demi de conflits, se terminer dans les plaines d'Abraham en préparant le triomphe futur de l'union des divers États de l’Amérique du Nord.
roses ee