‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 89 sur 117 · LA · texte numérisé non relu

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s’écrier que le salut d’une seule âme était pour lui de plus grande conséquence que la conquête d’un empire.

De Monts em'rassa ses vues : équipant deux navires, il remit le commandement de l’un à l’aîné des Pontgravé, et celui de l’autre à Champlain. Le premier devait trafiquer avec les Indiens et rapporter la cargaison de fourrures qui payerait, espérait-on, les dépenses de l'expédition. Au second, échéait la rude tâche de l’exploration et de l'établissement.

Pontgravé, chargé d'objets d'échange pour le commerce de la baie de Tadoussac, partit, le 5 avril 1608, de Honfleur; Champlain, avec les hommes, les armes et les approvisionnements, le suivait huit jours après. Le 3 juin, il approchait de Tadoussac; mais rien de Pontgravé n'apparaissait. Ne serait-il pas encore arrivé? Jetant l'ancre, il se mit dans un canot; et, revenant autour de la pointe rocheuse du sud-ouest, nommée la Pointe de tous les Diables, à cause de la fureur des vents et des courants, il entra dans le port. Ici, la vie renaissait et lui apparaissait plus agitée qu'il ne s’en serait soucié : le vaisseau de Pontgravé stationnait sous les rochers, et à côté de lui se tenait un navire commerçant de fourrures, venant de la Biscaye.

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GHAMPLAIN A QUÉBEC, 255 Pontgravé, en arrivant quelques jours avant, s'était trouvé devancé par les Basques, qui entretenaient un trafic animé avec des bandes d’Indiens dont les huttes bordaient l’anse du mouillage. Il déploya aussitôt les lettres royales, et enjoignit la cessation du trafic; mais les Basques résistèrent, déclarant qu'ils continueraient à commercer en dépit des prohibitions, et, tirant sur Pontgravé leurs canons et leurs mousquets, ils lui tuèrent ou blessèrent trois hommes. Enfin, ils abordèrent son navire en force et lui enlevèrent ses canons et ses armes, disant qu'ils les rendraient lorsque, leur saison de commerce finie, ils seraient prêts à rentrer chez eux. Champlain trouva les choses en cet état, mais il comprit que les Basques étaient déjà alarmés des conséquences de leur coup de tête. On put donc conclure la paix, et s’en remettre au Jugement des cours françaises au retour, puis laisser nos irascibles Basques se livrer de nouveau à la pêche de la baleine.

Longtemps le port de Tadoussac fut le centre du commerce canadien ; la civilisation n’a rien diminué du sauvage aspect des montagnes arides qui en-

tourent la baie : à travers les fissures granitiques, desquelles s’échappent les sombres eaux du Saguenay baignant les racines des bouleaux et des sapins, le

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lac aux ondes immobiles reflète leurs ombres, et grandit, dans son miro'r ardoisé, les précipices, les pointes de rochers et la forêt, que virent Champlain et ses compagnons. Près de la crique qui abritait les vaisseaux et de l’une des sources qui alimentent le petit lac, se voyaient encore les débris des baraques en bois construites par (Chauvin huit ans auparavant, Au-dessus de ce ruisseau se trouvait pour lors un campement indien‘, aux huttes formées de faisceaux de perches reliées avec l'écorce du bouleau. Il appartenait à une tribu d’Algonquins, nommés Montagnais, suzerains du domaine sauvage d’alentour, faisant leur unique moisson de peaux de daims et d'ours, de martre, de loutre, de castor, de renard et de lynx. Ces Algonquins servaient aussi d'intermédiaires entre les Français et les bandes errant dans les bois rabougris qui recouvrent le terrain entre le Saguenay et la baie d'Hudson.

Rameurs infatigables dans leurs canots d’écorce, légers comme des coquilles, les Montagnais effleuraient les innombrables petits cours d’eau qui sil- Jonnent les profondeurs des forêts, où le canard sauvage trouve à peine assez d’eau pour s’ébattre puis ils gagnaient les lieux de trafic à travers ces

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