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raille de bois, surmontée d’une galerie à meurtrières, renfermant trois corps de logis ; une cour, d’un côté de laquelle s'élève un pigeonnier aussi haut qu'un beffroi. Un fossé entourait le tout, et quelques canons commandaient la rivière. Enfin, le terrain environnant était converti en jardin, avec un vaste magasin rapproché du centre des constructions.
C'est dans ce jardin, dont Champlain dirigeait les travaux, qu'un matin le pilote du navire vint tout troublé lui demander à l’entretenir en particulier; Champlain l’'emmena vers les bois voisins, et R le marin se délivra du secret qui l’oppressait. Un serrurier, Antoine Natel, poussé par sa conscience ou la peur, lui avait fait l’aveu d’une conspiration dont le but était d’assassiner Champlain, et de livrer Québec aux Basques réunis à quelques Espagnols de la baie de Tadoussac. Un autre serrurier, du nom de Duval, avait conçu le plan, et, à l’aide de trois complices, réussi à entraîner et à terrifier le reste de la compagnie. Tous avaient la promesse de faire fortune, et prenaient l’engagement de tuer le premier qui dénoncerait le complot. La partie la plus difficile de l’entreprise était le meurtre de Champlain : les uns voulaient l’étrangler dans son lit, les autres propo-
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CHAMPLAIN A QUÉBEC. 261 saient de feindre une fausse alerte, et de le tuer lorsqu'il sortirait de son quartier.
Après avoir entendu le récit du pilote, Champlain resta dans les bois, et le pria de lui amener Antoine Natel. Ce dernier apparut bientôt, tremblant d'émotion, et il ne resta plus aucun doute sur l'exactitude de l'information. Les mesures furent vite et bien prises : une chaloupe, coustruite par Pontgravé, venait d'arriver et mouillait près de l'habitation ; on pouvait avoir toute confiance dans le jeune homme qui la commandait; Champlain lui apporta du vin, lui enjoignant d'inviter les quatre meneurs, en leur disant que c'était un présent de ses amis basques de Tadoussac, et qu’ils vinssent en prendre leur part. Ils se rendirent à l'appel dans la soirée, et l’on se saisit d'eux aussitôt. « Voilà donc mes galants bien étonnés, » dit Champlain.
Dix heures sonnaient, et la plupar: 1es hommes à terre étaient endormis. Éveillés soudainement, on leur apprit la découverte du complot et l’arresiation des conspirateurs ; puis le pardon leur fut promis, et on les renvoya se coucher, grandement soulagés, car ils vivaient dans la terreur, se redoutant les uns les autres. Le corps de Duval, suspendu au gibet,
donna un salutaire avertissement à ceux qu'il avait D.
entraînés. Ses trois complices. transportés en France par Pontgravé, subirent leur punition aux galères.
Ce fut le 8 septembre que Pontgravé mit à la voile, laissant à Champlain, avec vingt-huit hommes, le commandement de Québec.
Quelques semaines encore, et les beautés de l’automne devenaient les messagères de l'hiver; les érables se couvraicnt de teintes jaunissantes; le feuillage du chêne s’empourprait; les jeunes chênes se revêtaient d'un sombre coloris, et les cépées de bouleau se détachaient argentées sur les anfractuosités des rochers. Bientôt la forêt quitta ces habits de fête de trop courte durée; l’air cristallin et les rayons d'octobre disparaissaient, et novembre s’appesantissait sur les colons avec ses froides brumes et son silence glacé.
Une bande de Montagnais avaient bâti leurs huttes près des Français, et s’occupaient de la pêche des anguilles, sur laquelle ils comptaient pour soutenir leurs misérables existences durant l'hiver. La récolte vaseuse achevée, fumée et séchée, ils en confièrent le dépôt à Champlain, et partirent pour chasser les castors, L'hiver était déjà avancé lorsque ces sauvages revinrent réclamer leurs anguilles, rebâtir leurs cabanes d’écorce, et se livrer à une vie de repos, jus-
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CHAMPLAIN A QUÉBEC. 263 qu'à ce que la famine ou leurs ennemis missent un terme à cette satisfaction, qui n’était point sans mélange.
Superstitieux autant qu'ignorants, alors que, gorgés de nourriture, ils sommeillaient sur des amas de branchages dans leurs huttes enfumées, où pénétrait un froid capable de congeler le mercure, leurs rêves étaient hantés par des cauchemars de rencontres avec les roquois, de scalps et de massacres ; ces rêves constituant leurs seuls oracles, le camp devenait aussitôt fou de terreur. Ils n’envoyaient pas d'espions, ni ne plaçaient de sentinelles ; mais à chaque renouvellement de ces alarmes nocturnes, on les voyait arriver en foule et demander l'hospitalité dans le fort. On permettait aux femmes et aux enfants d'entrer dans la cour, pendant que les hommes, jaloux et grelottants, passaient la nuit adossés aux remparts de bois.
Dans une de ces occasions, les Français virent, sur l’autre rive du Saint-Laurent, une bande d'êtres décharnés semblables à des animaux en quête, pourchassés par la faim. La rivière, couverte de glaçons flottants, ne pouvait être traversée qu'au risque de la vie. Pourtant, les Indiens, désespérés, hasardèrent la tentative ; mais, au milieu du fleuve, les mas-
alarme nement
ses flottantes broyèrent leurs frêles embarcations. Agiles comme des chats sauvages, ils sautèrent tous sur un banc de glace, les squaws portant les enfants sur leurs épaules ; fait d'adresse qui surprit Champlain d'autant plus, qu’il voyait leur état de dénument et d’exténuation. Alors commencèrent les gémissements de désespoir; mais, heureusement pour eux, d’autres glaçons vinrent se souder au bloc principal qui les portait et les poussa vers la rive du nord où, débarquant, ils atteignirent le fort, et montrèrent l’horrible état de squelette auquel ils étaient réduits. Les Français leur donnèrent des aliments, qu'ils dévorèrent avec frénésie ; puis, inassouvis, ces malheureux tombèrent sur un chien mort, laissé dans la neige deux mois auparavant pour servir d'appât aux renards; ils dépecèrent cette charogne, n’en laissant aucun débris, malgré les efforts qu’on fit pour la leur arracher,
Les Français voyaient là un épisode des famines périodiques qui, pendant l’hiver, devenaient la condition normale des tribus algonquines de l’Acadie et des contrées du Saint-Laurent inférieur; différentes en ceci des tribus de la Nouvelle-Angleterre, elles ne cultivaient jamais le sol, ni ne formaient d'approvisionnements pour la mauvaise saison,
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