‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 95 sur 117 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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ayant été attaché à un arbre, la féroce multitude l’assaillit, armée de fers rougis au feu; Champlain, révolté de ces tortures, criait :

« Laissez-moi lui mettre une balle dans la tête. »

Ils ne voulurent rien écouter ; mais, en voyant le scalp arraché de cette tête vivante, il s’éloigna plein d'horreur et de colère; les Indiens vinrent lui dire alors : « Faites de lui ce qu'il vous plaira...» Cham-. plain se retcurna, et au bruit de son arquebuse les souffrances Gu malheureux prirent fin {.

Dans les reproches qu’il leur faisait, il disait que les Français n’agiraient jamais ainsi avec des prisonniers ; il disait vrai pour des prisonniers de guerre,

mais si Champlain, à quelques mois de là, avait vu la foule furieuse pressée sur la place de Grève et se repaissant des tortures de Ravaillac, déchiré par le plomb fondu et l’huile bouillante, et livré aux efforts impuissants des chevaux qui devaient le mettre en pièces, il aurait sans doute pensé que la barbarie in-

1. C'est une opinion erronée que d'affirmer qu'avant l'arrivée des Européens, les Indiens ne pratiquaient pas le scalp; en 1535, Cartier vit cinq chevelures séchant au soleil, à Québec, sur dez pauiers G'oser; en 1564, Laudonnière en vit parmi les Indiens de la Floride, Les Canadiens scalpaient souvent les morts sur le champ de bataille, mais les Algonquins avaieut coutume de couper les têtes et de les scaiper ensuite ; cet usage d'emporter les têtes comme trophées est mentionné par Lallemant, Lescarbot et Champlain,

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LE LAC CHAMPLAIN. 285 dienne pouvait être dépassée par la savante cruauté des juges civilisés et les transports féroces d'un peuple chrétien |

Les vainqueurs quittèrent bientôt le lieu de leur triomphe et revinrent en trois ou quatre jours à l'embouchure du Richelieu; là, on se sépara. Les Hurons et les Algonquins se dirigeaient vers l'Ottawa, emmenant chacun leur part de prisonniers; en quittant Champlain, ils lui demandèrent de visiter leurs villes et de les aider dans leurs guerres ; double invitation que le paladin des bois ne faillit pas à

‘ accepter.

Il lui restait maintenant comme compagnons les Montagnais; mais un rêve leur ayant fait voir un parti d'Iroquois s’approchant du campement, ils s'enfuirent à grands coups d’aviron jusqu'aux îles audessus du Saint-Pierre et se cachèrent tout le jour dans les broussailles. Reprenant courage, nos Indiens revinrent le lendemain à Québec, et, de là, à la baie de Tadoussac où Champlain les accompagna; les Squaws, dans le primitif appareil de notre mère Eve, vinrent à la nage recevoir les têtes des Iroquois tués, et, les pendant à leur cou, exprimèrent leur joie en dansant sur le rivage. Une des têtes et deux bras furent offerts à Champlain comme un témoignage de grati-

tude, qu'il devait transmettre ensuite à son souverain.

” C’est par cet épisode que la Nouvelle-France entra en lice contre les guerriers redoutabies des cinq nations; nous avons donc ici la cause et le début de cette longue suite de conflits sanglants, qui devait moissonner des générations encore à naître. Champlain avait envahi l’antre du tigre, et le sauvage allait de ce jour, avec la ruse patiente des animaux félins, attendre l'heure des vengeances. *

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