‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 96 sur 117 · GUERRE. == COMMERCE, = DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

GUERRE. == COMMERCE, = DÉCOUVERTES

Champiain à Fontainebleau. — Champlain sur le Saint-Laurent, — Bataille. — Partis de guerriers. — Les Icebergs. — Aventures. — Champlain à Montréal. — Il revient en France. — Le comte de Soissons, — Le prince de Condé.

Champlain et Pontgravé rentraient en France, | et Pierre Chauvin gardait Québec en leur absence. F ë À

Henri IV était alors à Fontainebleau, quelques (. mois avant son assassinat, et c’est là que Champlain 4 vint lui conter ses aventures, qui divertirent fort le : roi ; il lui offrit aussi, non la tête d’un Iroquois, mais ALL un ceinturon brodé en dards de porc-épic teints du ot Canada, ainsi que deux oiseaux au plumage écarlate,

De Monts, alors à la cour, tentait d'obtenir le renou- xl: vellement de son monopole; n’y pouvant parvenir, « # il résolut alors, avec plus de hardiesse que de sens, | de s’en passer, et de n’en pas moins poursuivre son entreprise. Au printemps de 1610, Champlain et Pontgravé s'embarquaient; tout était prêt, lorsque

le premier fut saisi d’une maladie violente, qui mit cet esprit ardent aux prises avec les défaillances du corps; mal remis encore, il reprit la mer en trisie état pour affronter les misères et les fatigues de la vie du Nouveau Monde, mais le voyage fut heureux, sauf pour un jeune homme de Saint-Malo, qui mit tant d’ardeur à boire à la santé de Pontgravé, qu'il tomba à la mer et se noya.

La baie de Tadoussac était pleine de navires opérant leurs chargements d° fourrures, et de barques qui, remontant la rivière, faisaient le commerce de première main.

Champlain, autorisé à se battre et à explorer là où il le jugerait à sa convenance, s'était muni, selun sa phrase, « de deux cordes à son arc. » D’une part, les Montagnais avaient promis de le guider par le Nord vers la baie d'Hudson ; de l’autre, les Hurons devaient lui montrer les grands lacs avec les mines de cuivre sur leurs rives, et à chacun il avait promis la même récompense, celle de les soutenir contre l’ennemi commun, les terribles Iroquois. Le rendez-vous était à l'embouchure de la rivière Richelieu, où les Hurons devaient descendre en force avec les Algonquins de l’Ottawa ; Champlain s'y rendit donc, pendant que la foule des Montagnais entourait son bateau

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GUERRE, COMMERCE, DÉCOUVERTES. 289 de leurs canots remplis de ces sauvages aux longs cheveux plats flottant au vent.

Près de l'embouchure du Richelieu, sur le Saint- Laurent, se trouve une ile que, le 19 juin, une multitude d'Indiens faisaient retentir de leurs bruyantes clameurs ; les Montagnais, alliés de Champlain, abattaient des arbres et préparaient le terrain pour les danses et le festin, car ils attendaient les guerriers Algonquins, et désiraient les recevoir avec honneur. Tout à coup on aperçut un canot au loin sur la rivière, chaque coup d’aviron le faisait voler comme s’il apportait un message de vie ou de mort; dès qu'il fut à portée de la voix, ceux qui le montaient crièrent que les Algonquins étaient à une lieue de là, dans la forêt, engagés contre les Iruquois qui, cédant sous le nombre, se battaient avec désespoir derrière une barricade d'arbres.

L'air retentit de cris perçants; les Montagnais saisissant, qui un bouclier, qui les flèches et les massues, se précipitaient vers leurs canots, se nuisant par leur encombrement, criant à Champlain de les suivre et invoquant avec la même véhémence l’aide de quelques trafiquants en fourrures, arrivés en ce moment dans quatre bateaux. Ceux-ci firent la sourde

oreille; sur quoi, nos Indiens partirent à la rame,

à Vu

les taxant de couardise et de n'être que des femmes bonnes à guerroyer contre les castors.

Champlain et quatre de ses hommes se placèrent dans les canots; les embarcations filèrent promptes comme l'éclair, et à peine les proues eurent-elles touché le bord, que chaque guerrier, jetant son aviron et saisissant une arme, s’élança dans les bois ; les Français les suivirent, mais, incapables de soutenir la course avec cette horde aux pieds de daim qui disparut bientôt comme des ombres fantastiques, ils se trouvèrent abandonnés à eux-mêmes, vexés et déroutés, au milieu d'un marais, et n'entendant même plus les cris lointains des Indiens.

La chaleur était écrasante, l'air lourd et épais, obseurci par des nuées de moustiques, « qui estoient si espoisses qu'elles ne nous permettoient point presque de reprendre haleine, tant elles nous perséeutoient, ct si cruellement que c’estoit chose estrange !. » Champlain et ses hommes cherchaient néanmoins à avancer dans cette boue noire, semée de mousses spongieuses, et dans l’eau jusqu'aux genoux ; trébuchant sur des racines, arrêtés par des lianes qui les déchiraient, nos Français haletaient sous leurs cas-

1, Champlain (1613), p. 250.

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