GUERRE, COMMERCE, DÉCOUVERTES
ques d'acier et leurs lourds corselets ; enfin ils aperçurent deux Indiens courant dans le lointain : harassés et indignés, ils leur crièrent que s'ils désiraient leur aide il fallait au moins qu'ils les guidassent vers l'ennemi.
Is finirent par entendre les hurlements des combattants, et, traversant la forêt, ils arrivèrent à une ouverture faite par les haches des Iroquois près de la rivière; Champlain put alors distinguer leur barricade. Des arbres empilés en palissade circulaire, dont les troncs, les branches et les feuillages enlacés faisaient une forte défense, abritaient les Iroguois acculés et grinçant des dents. Autour d’eux se pressaient les alliés, à moitié cachés par les recoins de la forêt, excités, hurlant comme des chiens devant le sanglier, mais redoutant d'attaquer après avoir déjà subi une sanglante rebuffade. Tout leur espoir reposait sur les Français, et en les voyant apparaître, ils les saluèrent d’une variété de cris sauvages dépassant tous ceux qu’ils étaient destinés à imiter, les hurlements des loups affamés, la plainte des hiboux, le cri du couguar.
Les Français se jetèrent dans la mêlée à travers une nuée de flèches ; Champlain en arracha une qui lui dé-
chirait l'oreille et le cou, et rendit le même service à l’un de ses hommes. Mais les Iroquois n'étaient nullement revenus de la terreur causée par l’arquebuse, et lorsque les mystérieux assaillants, tout bardés de fer, armés de ces foudres portatifs, coururent sur la barricade ct, plaçant leurs pièces meurtrières dans les interstices, semèrent la mort parmi la multitude enfermée, celle-ci, ne pouvant maîtriser sa terreur, à chaque décharge se jetait à terre. Animés par le succès, les alliés, couverts de leurs larges boucliers, commencèrent à arracher les troncs de la palissade, tandis qu’une partie d’entre eux, sous la direction de Champlain, se massait à l'angle du bois, afin de terminer l'affaire par une vive attaque. Cependant de nouveaux acteurs apparaissaient en scène ; en entendant le feu, l'équipage d’un des navires de commerce, sous les ordres d’un jeune homme de Saint-Malo, Des Prairies, n'avait pu résister à la tentation de se joindre au combat ; en les voyant, Champlain arrêta l'assaut, afin que les nouveaux venus pussent en prendre leur part. Les trafiquants ouvrirent le feu, tandis que les Iroquois, fous de frayeur, bondissaient sous la grêle de plomb qui traversait leurs frêles armures rustiques. Au signal de Champlain, les alliés s’élancèrent contre la barricade, arrachant les bran-
Lens
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GUERRE, COMMERCE, DÉCOUVERTES. 203 chages ou escaladant les défenses, enfin se conduisant, selon son témoignage, « si bien et si bravement » que, quoique fortement atteints par les flèches, ils ne laissèrent pas que de forcer l'entrée d’un côté, tandis que les français, avec un petit nombre de sauvages, l'escaladaient par l’autre bout ; c'en était fait, au milieu des cris, des hurlements et des blessures. Quelques-uns des Iroquois furent tués tout debout, tenant encore leur hache de guerre, écumant de rage comme des tigres; d’autres, montant par-dessus la barrière, trouvèrent la mort au milieu de la foule furieuse; une partie se noya dans la rivière, et quinze survivants restèrent prisonniers. « Par la grâce de Dieu, dit Champlain, la bataille est gagnée! » Les conquérants, enivrés de férocité, scalpaient les morts, brûlaient les vivants, tandis que quelques-uns des trafiquants, arrivés trop tard pour prendre part à la bataille, dépouillaient les cadavres de leurs robes de peaux de castor, au milicu des sarcasmes des Indiens.
Champlain ne réussit à sauver de leurs griffes qu’un des prisonniers; tous les autres périrent, et l'un d’eux fut même coupé en quartiers et dévoré ?.