‹ Les placards mortuairesChapitre 2 sur 52 · EoG meis · texte numérisé non relu

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mille qui nous dit que le défunt a écrit un livre dont elle donne le titre, suivant l'exemple de Mallevault qui imprimait au verso de ses cartes de visite les titres de tous ses ouvrages tombés dans l'oubli. C'est un fils qui veut qu'on sache que son père était « membre de plusieurs sociétés savantes, musicales, littéraires, artistiques et autres; » un autre, fils d'un huissier, qualifie son père « officier ministériel. » Peut-être un jour croira-t-on qu'il était avoué. Il y a aussi le neveu qui, faisant part de la mort d'une tante par alliance, rappelle qu'elle était veuve d'un officier supérieur tué à l'assaut d'une forteresse '. »

Mais ce n'est pas seulement le pittoresque de l'expression ou des sentiments que l'on recherche dans la lettre de deuil ou le placard, c'est aussi la documentation : quel trésor généalogique qu'une série des billets et faire-part ! C'est le « familiaire » d'une localité et les renseignements qu'il contient ne se trouvent rassemblés que là.

Feue M™^ la comtesse de Raymond avait réuni 36,000 pièces qu'elle légua à la ville d'Agen; M. le marquis de Granges de Surgères, M. le comte de Saint-Saud, la Bibliothèque Nationale, la Bibliothèque de l'Université de Gand, et tant d'autres, possèdent également des collections d'un inexprimable intérêt.

Le classement chronologique et géographique

1. J. Pellisson : A propos des Lettres de Deuil, in Bull, du Vieux Papier, t. I, p. 577.

des billets de décès et de part permet encore de faire de curieuses études comparatives entre les usages d'autrefois et ceux d'aujourd'hui ; d'une région, d'une nation et d'une autre ; les transformations subies par les mœurs au sujet du deuil et de la manière de l'annoncer.

Il n'est pas jusqu'à l'iconophile qui ne trouvera son compte en recueillant les pièces anciennes, car, si nous ne voyons de nos jours que la banale bordure noire, nos pères ornaient, et parfois magnifiquement, l'avis de l'entrée dans l'éternité de quelque membre de la famille.

(C'est à ce double point de vue : les us et coutumes et l'iconographie, que je m'occuperai des placards mortuaires rennais.)

Donc, recueillez, recueillez toutes les pièces de deuil; on n'en fait pas assez de cas. Ecoutez ce que disait en 1861 un amateur éclairé, l'initiateur en la matière, l'abbé V. Pelletier, d'Orléans :

«... Les pauvres billets d'enterrement, Dieu sait ce qu'ils deviennent quand le moment du deuil ou de la curiosité est passé. Ces papiers mortuaires souffrent tout, et vous êtes bien heureux si un ami mal avisé ne vous a pas renvoyé le billet d'enterrement de votre père en guise d'enveloppe quelconque. Cela s'est vu. Nous estimons qu'il y a là une sorte de profanation. Jugez : cet imprimé est sorti d'une maison visitée par la douleur; avant d'être humecté pour passer sous la presse, il a été arrosé des larmes de votre ami, de vos parents, de toute une famille : vous-même, vous n'avez pu le lire sans

émotion. Bientôt, pourtant, ce témoignage d'amitié, ce monument bien fragile il est vrai, laissé ici-bas par ceux qui nous précèdent au tombeau, nous échappe des mains et du cœur et s'en va périr sous les doigts impitoyables d'une ménagère, d'un fumeur, de je ne sais qui.

« Voilà comment il se fait que les vieux billets d'enterrement soient si rares. Si chez nous la piété filiale eût été plus attentive et plus soigneuse; si chaque famille pouvait montrer dans ses archives domestiques la collection des billets de faire-part se rattachant aux épisodes de tristesse et de joie qui composent son histoire, et cela depuis un siècle, deux siècles, les pièces authentiques ne nous manqueraient pas pour étudier les mœurs de nos pères et pour en transmettre à la postérité l'utile et intéressant souvenir. Malheureusement, ici comme toujours, le génie de la destruction se hâte de dissiper et d anéantir les matériaux attendus et convoités par la science ^ »

1. Abbé V. Pelletier : Essai historique et critique sur les Billets d'entérinements Orléanais. — Orléans, Herluison, 1861, p. 4.

Les placards rennais semblent avoir une origine, je dirais plutôt récente, s'il était permis d'employer ce terme : le plus ancien que je connaisse appartient à la belle série des Archives départementales d'Ille-et-Vilaine et porte la date du 9 juillet 1736.

Peut-être cependant en trouvera-t-on d'antérieurs, car Rennes, ville de Parlement, était en relations fort suivies avec Paris et l'on en signale dans la capitale depuis au moins 1634 '. (Voir aussi le Billet d'enterrement de Biaise Pascal, du 21 août 1662, publié dans le Bulletin de la. Société de l'histoire de Paris et de II Ile-de-France, 1890, p. 43, et reproduite par M. Pellisson.)-

Comment agissait-on dans la bonne ville bretonne avant qu'on y imprimât des placards?

Je n'en sais rien et force me sera de recourir à ce qui a été écrit ailleurs sur les usages funéraires qui devaient, à peu de choses près, être admis dans les grands centres provinciaux.

Je ferai à ce propos un large emprunt à l'excellent article de M. le vicomte de Poli : Vieux us et coutumes. Billets d'obsèques et lettres de faire-part, publié dans VAnnuaire du Conseil héraldique de France, 1897 :

« Au moyen-âge, dans toutes les localités un peu importantes, il y avait un clocheteur ou reconimandeur des trespassez, chargé de « recommander aux « prières des bonnes gens ceux qui sont décédez la « veille, dont il luy est baillé mémoire, » comme

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