‹ Les placards mortuairesChapitre 4 sur 52 · Fin du xvir siècle. — Magasin pittoresque, 1837, p · texte numérisé non relu

Fin du xvir siècle. — Magasin pittoresque, 1837, p

Va faire ailleurs, engeance de démon, Ton vain et tragique sermon !

Peu à peu, surtout au xviii^ siècle, cet usage disparut; cependant, il existait encore à Poix (Somme) en 1842. Un bon vieux octogénaire, pour le modeste salaire de deux sous, la nuit, dans les veilles des grandes fêtes, parcourait la commune en recommandant aux prières des fidèles les âmes des défunts dont on lui donnait les noms. La clochette dont il se servait, conservée dans l'église de Poix, porte cette inscription : « Geste clochette est faicte des biens de riiostel Dieu pour les habitans de la ville de Pois, et me fondist Andrieu Munier, 1.582.. »

Le recommandeur des défunts existe encore en diverses paroisses de Normandie, notamment au Havre. C'est le plus souvent un des bedeaux de Féglise paroissiale qui va discrètement, de porte en porte, notifier le décès et recommander l'âme aux prières.

« Dans beaucoup de villes, le clocheteur ou crieur des corpSy ou simplement crieur, était une sorte d'entrepreneur des pompes funèbres, qui conduisait le convoi en sonnant de sa clochette et proclamant le nom du défunt. » « La physionomie de Laurière, dit Saint-Simon, serroit le cœur de tristesse; elle étoit faite pour être crieur d'enterrement. » La profession de croque-mort ne fut jamais en bonne odeur, et Saulecque, contre elle, fait chorus avec Saint-Amand :

Un infâme crieur, de qui lame inhumaine Marchande insolemment pour enterrer les corps !

« Le crieur ou clocheteur était chargé d'apprendre

aux habitants les décès; la clochette au poing, il passait par les rues en criant le nom du défunt, le jour, l'heure et le lieu du convoi, du service et de l'enterrement, en demandant des prières pour l'âme du trépassé , et en convoquant les fidèles à ses obsèques. Celles d'un prêtre, d'un seigneur, d'un bourgeois attiraient les pauvres en foule ; c'était pour eux pain bénit, car la triste et pieuse cérémonie n'allait pas sans une plus ou moins large distribution d'aumônes, qui se répétait aux Vigiles du bout du mois, au service des six semaines, au Boutde-l'an, à la messe de sortie de deuil.

« L'avènement de l'imprimerie eut pour effet de modifier la coutume; dans les villes, le crieur fut tué par l'usage des placards funéraires afïîchés à la porte de l'église et probablement aussi, ça et là, sur les murs, comme on fait encore en Italie. Déjà la coutume s'était introduite de faire présenter par un valet chez les amis et connaissances un billet circulaire et manuscrit, annonçant d'abord le décès, puis un autre précisant l'heure du convoi.

« Cela s'appelait « faire courir le billet. » Dès la fin du XVI® siècle, comme les placards, le billet fut imprimé, tiré et distribué en nombre, généralement très bref, sur feuille volante et sans encadrement noir. »

On dut, en effet, constater que le système qui consistait à « faire courir le billet *, » un billet unique, n'allait pas sans de grands inconvénients : le porteur s'acquittait avec plus ou moins de conscience de sa commission et négligeait probablement

1. « Billets d'enterrement sont les imprimés qu'on donne pour inviter aux enterrements. On le dit aussi de ces petits écrits circulaires, par lesquels on fait assembler les gens d'un même corps ou qui sont intéressez en une même affaire, ce qui s'appelle faire courir le billet. » (Furetière.)

souvent de se présenter chez les personnes dont le domicile était, à son gré, trop éloigné. Le temps même devait parfois manquer pour prévenir tout le monde. C'est alors qu'intervint cet embryon d'administration des pompes funèbres dont parle Tabbé Pelletier :

« Sur plusieurs billets du xviii^ siècle, on remarque au milieu de deux cercles concentriques les initiales majuscules J. C. C'est la marque àQsjui'és-crieiwsK^ qui tenaient ce qu'on appelait alors le bureau du noir. Ce bureau fournissait du deuil aux familles ; il se chargeait aussi des billets d'enterrement. C'était une sorte d'entreprise des pompes funèbres, mais dans des conditions tout à fait modestes. On en jugera par la facture suivante :

« Mémoire des fournitures faites par les Jurés-crieurs pour « l enterrement de Mademoiselle Boilèçe^ le 30 décembre « 1112 :

a Pour treize pièces de noir 1 livre 19 sous

« Pour le poêle 3 »

« Pour la thierce » 10

« Pour l'assistance de quatre crieurs. . . 12 »

« Pour fourniture de six-cents billets. . . 12 »

« Pour le port desdits billets 9 »

a Pour un crêpe de dame » 10

« Pour dix robbes 2 »

40 livres 19 sous (( Plus pour avoir annoncé la mort aux

« parents et amis suivant l'ordre qu'on nous

« a donné 3 livres »

« Total 43 livres 19 sous

« Reçu le contenu cy dessus à Orléans, le 31® déc. 1772.

(( Léger jeune, pour M. Duhau. »

1. Voir sur le crieur des morts, les Œuvres complètes de M^^ X. Barbier de Montault, t. XII, p. 314.

M. P. Flobert, le sympathique secrétaire général de la Société le « Vieux-Papier, » a bien voulu me communiquer le tarif des jurés-crieurs de Paris en 1671 :

Etat et tarif des droits, salaires et çaccations attribuez aux jurés-crieurs de corps et de vins en cette ville et fauxbourgs de Paj^s :

Pour la vaccation de l'homme qui portera

les billets pour chacun jour » liv. 30 sols

Pour chacun cent des dits billets qui auront servi à la semonce des obsèques et convois :

Pour ceux qui seront en petit papier » 40

Pour ceux qui seront en moyen papier. ...» 50

Et pour les autres billets qui auront été faits

en grand papier 3 »

« D'après le tarif de 1760, réformé par le Prévôt des marchands de Paris, un cent de petits billets d'enterrement coûte 5 livres; un cent de grandeur extraordinaire pour des personnes qualifiées et constituées en dignité, 8 livres; un grand corbillard, 30 livres; un carrosse de suite drapé, 15 livres. Les jurés-crieurs étaient tenus de porter sur leur robe de palais les armes du défunt peintes en carton sur leur poitrine ^ »

Je n'ai trouvé sur aucun placard rennais la marque des jurés-crieurs; il ne faudrait pas en conclure qu'il n'en existait pas. En effet, un édit du roi, de 1690, portait création de cet office dans chaque paroisse : le trésor royal, toujours en déficit, recourait à quantité d'expédients de ce genre pour recueillir des fonds.

1. Alfred Babeau, La Ville sous l'ancien régime, Paris, Didier, 1880.

(( On ne saurait s'imaginer le nombre de charges qui furent érigées en offices à partir de 1689... La plupart de ces charges n'étaient pas nouvelles; il en existait depuis longtemps beaucoup , comme celles des crieurs de corps et de vins, qui eurent d'abord à Paris, puis dans tout le royaume, le monopole de la fourniture des pompes funèbres sous le titre de jurés-crieurs d'enterrements et de vins.

« Les jurés-crieurs étaient au nombre de cinquante à Paris ; ils dépendaient de la juridiction de la ville et étaient chargés de fournir les billets de faire-part, les corbillards, les carrosses de suite drapés •... »

Cet usage persista longtemps et de nos jours encore on en vit les vestiges à Rennes, où Ton faisait figurer aux obsèques riches des pleureurs recrutés parmi les vieillards des hospices. Leur chapeau spécial et leurs vêtements noirs d'une coupe surannée nous ramènent au xviii^ siècle. Ils portaient des cierges dans des godets (ou poignées) de métal peints en blanc.

L'abbé Pelletier nous donne le costume des anciens fonctionnaires funéraires à Orléans : une robe noire, un grand rabat blanc et un feutre à larges bords. Dans les grands enterrements, ils précédaient le convoi en agitant de temps en temps la clochette dont ils étaient munis.

Les porte-corps, qui, chez nous, transportaient à bras les cercueils avant l'adoption des corbillards, rappellent tout à fait par leur costume, moins la clochette, les crieurs d'Orléans : grand feutre à large bord relevé derrière, longue blouse noire serrée à

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