LA SPECULATION — SES ABUS
Les abus de la spéculation sur les valeurs, qui ont provoqué des protestations contre les Bourses, sont nés de la pratique qui consiste à acheter des valeurs sur paiement d’un petit acompte en argent, le solde étant constitué au moyen d’un emprunt. Et encore, dans les achats de ce genre, il n’est pas facile de dire où la spéculation commence et où finit le placement.
C'est une opération parfaitement régulière que celle d’un particulier qui achète, par exemple, une maison et qui en paie comptant une partie du prix dont la balance est constituée au moyen d’un prêt hypothécaire sur la propriété.
L'acquéreur de valeurs à la Bourse s’engage à acheter à un certain prix. Son premier versement — sa marge — peut être de 10 p. c., de 20 p. c. ou de 30 p. c. du prix à d’achat, selon la convention qu'il a faite avec son courtier. Il peut, le lendemain, Passer chez son courtier et prendre livraison des valeurs contre paiement de la différence
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du prix d'achat. Le courtier est libre aussi d'exiger en n'importe quel temps de son client le paiement intégral des valeurs.
Le plus grand danger de la spéculation sur marge, c'est de s'engager dans ces opérations avec un capital insuffisant. Le même danger menace le marchand qui achète plus qu'il ne devrait. Ce danger existe, et il a généralement son origine dans l’âpreté au gain; mais ce n’est pas une raison pour condamner des méthodes qui permettent l’achat de valeurs et de marchandises à crédit.
Qu'est-ce qui constitue une marge raisonnable, on a vainement tenté de l'établir. La commission Hughes, qui a fait une enquête sur la question de la spéculation, et notamment de ses effets sur la Bourse de New York, recommandait en 1901 une marge minimum de 20 p. c., mais en suggérant seulement que ce chiffre tendrait à réduire les pertes attribuables à la folle spéculation.
Mais on fit observer que des courtiers prudents seraient justifiables d'accepter même parce que les fluctuations en sont faibles, une marge de 5 p. c. pour des valeurs d'Etat, tandis qu’il y a d’autres valeurs qu'ils refuseraient d’acheter, sauf sur paiement intégral. Les différences profondes entre la qualité des valeurs et la situation des clients
rendent impossible l'établissement d’un étalon arbitraire,
Il n’y a pas, du reste, que les clients d’un Courtier qui subissent des pertes dans la spéculation à cause d’un capital insuffisant. Le courtier en est lui-même atteint de façon directe ou indirecte. Dans son propre intérêt, il insistera donc sur l'importance des précautions préliminaires, de son point de vue Comme de celui de son client.
Les experts qui formaient la commission Hughes ont résumé leurs constatations dans les phrases suivantes:
“L'achat de valeurs sur marge est une Gpérations aussi légitime que l’acquisition de toute autre propriété dont une partie du paiement est différée. Nous ne voyons, par conséquent, aucune raison de recommander le changement radical qui à été suggéré, l'abolition de la spéculation sur marge.”