NOTICE SUR JEAN RACINE. XV
il pouvait à bon droit être flatté, car il n'avait qu'un peu plus de trente-trois ans, et c'était être admis de bonne heure dans la célèbre compagnie. » Sa réception eut lieu le même jour que celle des abbé» Gallois et Flcchier. Ce jour-l;\, qui était le 12 février 1673, le public fut, pour la première fois, admis à la cérémonie : « Fléchier parla le premier et fut infiniment applaudi ; Racine parla le second, et gâta son discours par la trop grande timidité avec laquelle il le prononça, en sorte que, son discours n'ayant pas réussi, il ne voulut point le donner à l'imprimeur. » Le récit de l'abbé d'Olivet est confirmé par le témoignage de Louis Pxacine lui-même, et voici comment il s'exprime '. « Le remerciement de mon père fut fort simple et fort court, et il le prononça d'une voix si basse que M. Colbert, qui était venu pour Fentendre, n'en entendit rien, et que ses voisins même en entendirent à peine quelques mots. Il n'a jamais paru dans les recueils de FAcadémie. et ne s'est point trouvé dans ses papiers après sa mort. L'auteur apparemment n'en fut pas content, quoique, suivant quelques personnes éclairées, il fût né autant orateur que poète. »
Peu de temps après, le 27 octobre 1H74, Racine, « avocat au Parlement, fut reçu au serment de Foffice de conseiller du Roi, trésorier de France en la généralité des finances de Moulins», ce qui lui permettait, comme Guilleragues le lui écrira plaisamment de Péra, le 9 juin 1G81, de prendre le titre de chevalier, et lui valait « la satisfaction honorable d'être enterré avec des éperons dorés ».
Racine se releva de son échec académique dans le discours qu'il composa en 1078 pour la réception de l'abbé Colbert, et dans Fadmirable éloge du grand Corneille, qu'il prononça le 2 janvier 1685, jour où l'Académie reçut dans son sein Thomas Corneille et le sieur Bergeret, « secrétaire ordinaire de la chambre et du cabinet du Roi, premier commis du sieur Colbert de Croissy, ministre et secrétaire d'État ». Lorsqu'eut lieu cette solennité académique, U y avait huit ans déjà que Racine n'écrivait plus de tragédies.
Le chagrin que lui avait causé la scantlaleuse cabale formée paî l'hôtel de Bouillon contre sa Phèilre au profit de celle de Pradon, et, selon toute vraisemblance, les tendres avis de Mère Agnès l'avaient porté à renoncer au théâtre et à renouer avec Port-Royal. Phèdre, qui avait reçu les approbations du P. Bouhours, s'était trouvée merveilleusement propre à préparer cette réconciliation ; jamais inspiration ne fut plus chrétienne, plus janséniste, que celle de cette tragédie : Phèdre est une femme vertueuse, à qui la grâce a manqué. Arnaud approuva la pièce ; Boileau lui amena Racine, qui tomba à ses pieds ; Arnaud se jeta lui-môme à genoux, et, dans cette position, ils s'embrassèrent. Cette scène qui, dans Ja/'^wy^e, soulève les rire»