XI\ NOTICE SUR JEAN RACINE
contre 13 bon sens, depuis le commencement jusqu'à la fin. ». Racine riposta aussitôt par une seconde Lettre, qu'il allait éditer, quand, dit Jean-Baptiste Racine, il fut arrêté par Boileau, qui a l'écouta de grand sang-froid, loua extrêmement le tour et l'esprit.de l'ouvrage, et finit en lui disant : « Cela est fort joliment écrîlV mais vous ne « songez pas que vous écrivez contre les plus honnêtes gens du « monde. » Racine ému ne publia pas ea Lettre, qui fut retrouvée plus tard, avec la piquante Préface qui la précède, dans les papiers du docteur EUies du Pin, cousin du poète. Il paraît même que Racine détruisit tous les exemplaires qu'il put retrouver de sa première Lettre, et son fils dit que, longtemps après, il répondit en pleine Académie aux reproches de l'abbé Tallemant : a Oui, Monsieur, vous avez raison; c'est l'endroit le plus honteux de ma vie, et je donnerais tout mon sang pour l'efiFacer. » Ces deux Lettres sont dignes, par leur forme vive, piquante et délicate, d'être placées à côté des immorLelles Lettres de Pascal ; mais n'oublions pas que Pascal attaquait un corps tout-puissant, et Racine ses maîtres persécutés.
Cette polémique n'avait point cependant absorbé Racine ; la preuve s'en trouve dans l'éclatant succès que remporta Andromaque en 1667, C'était l'avènement de la tragédie fondée sur l'amour, et elle fit à sa naissance à peu près autant de bruit que le Cid. Le théâtre de Molière en joua une critique', qui établit la vogue de l'œuvre nouvelle. Dans la maison où se passe l'action, « cuisinier, cocher, palefrenier, laquais, et jusqu'à la porteuse d'eau, il n'y a personne qui n'en veuille discourir. Je pense même que le chat et le chien s'en mêleront, si cela ne finit bientôt ». Dans une autre scène, on dit à la vicomtesse : « Hé ! Madame, vous avez une femme de chambre qui s'amuse, il y a une heure, à faire l'Hermione contre votre cocher, dont elle est coiff"ée. » A quoi la vicomtesse répond : a Tout parle d'Andromaque^. a
A partir de ce moment, l'histoire du poète est intimement liée à celle de ses œuvres, et, comme entre Alexandre et Phèdre il existe une lacune considérable dans sa correspondance, ce que nous avons à dire de sa vie trouvera place dans les Notices qui précéderont chacune des pièces dont se compose cette série de chefs-d'œuvre : AndrO' maque [1(j61), les Plaideurs (IGÙS), Britanniciis, IGQ9,, Bérénice {leiO), Bajazet (1672), Mitkridate {U'Z), Iphig^nie (1674), Phèdre (1677).
Vers le temps où parut Mitkridate, Racine fut appelé à TAcadémie Française, où il remplaça La Motte Le Vayer : « C'était, dit l'abbé d'Olivet dans son Histoire de l'Académie Française, un honneur dont