‹ Les plaideurs (volume 2)Chapitre 12 sur 129 · NOTICE SUR JEAN RACINE. XVH · texte numérisé non relu

NOTICE SUR JEAN RACINE. XVH

pectueuse affection au monarque, pour les victoires duquel il composait des inscriptions. Quand il fut nomme, avec Despréaux, historiographe du Roi, il accepta avec dévotion ses nouvelles fonctions; il voulut écrire une histoire complète du règne de Louis XIV, et il avait rédigé d'assez longs morceaux de cette œuvre, à laquelle il se consacrait tout entier. Tout périt dans l'incendie de la maison de M. de Valincour, à Saint-Cloud. Une certaine quantité d'extraits et de notes sans grande valeur ont été publiés sous le nom de Fragments historiques. Racine fut dérangé dans ses nouveaux travaux par Mesdames de Montespan et de Thianges, pour lesquelles il corûmença un opéra de Phaéton, que les réclamations de Quinault lui permirent de ne pas achever ; puis par leur sœur, l'abbesse de Fontevrault, qui eut l'idée, assez étrange, de lui demander une traduction du Banquet de Platon ; nous ne parlerons pas du jeune duc du Maine, pour lequel il dut mettre une petite pièce de vers en tête des Œuvres diverses d'un auteur de sept ans. C'est le moment des grands triomphes de Racine à Versailles, où tout le monde est charmé de son heureuse et noble physionomie, que le Roi avait vantée comme étant une des plus belles de sa cour, de son esprit délicat * et de sa parole élégante. Il faisait moins bonne contenance en campagne, quand leur charge d'historiographes obligeait ces Messieurs du sublime d'accompagner le Roi au voyage de Gand; on les raillait tous deux, mais ils savaient gagner l'estime de Vauban et de Luxembourg 2.

Ces occupations ne détournaient pas Racine des soins de sa famille. Il est dans sa maison le plus simple, le plus affectueux et le plus pieux des pères ; c'est sous ce jour que nous le montre sa correspondance. Il entre dans les détails les plus intimes, s'occupe avec sollicitude de choisir les nourrices de ses enfants, secourt ses parents pauvres et la bonne femme qui l'a nourris, surveille les ajuste-

1. « Dans la conversation, dit Louis Racine, il n'était jamais distrait, jamais poète ni auteur; il songeait moins à faire paraître son esprit que l'esprit des personnes qu'il entretenait Il vécut dans la société des femmes avec unepolitesse toujours respectueuse. » La Grange-Chancel, dans la Préface qui est en tête de ses œuvres (1734), rapporte qu'il demanda un jour au comte de Fiesque pourquoi, lorsque Racine dinait avec lui, Monsieur le Duc avait des tablettes à côté de son couvert, et que le comte lui répondit : « Cet homme, partout admirable, l'est infiniment davantage lorsqu'il se trouve à table avec une compagnie qui lui convient ; et il lui échappe des impromptus si agréable» que Monsieur le Duc se fait un plaisir de les recueillir, et qu'ils ne sont pas plutôt sortis de la bouche du Poète qu'ils sont sur les tablettes du Prince. » Peut-être retrouvera-t-on un jour ces tablettes de Monsieur le Duc. «a 2. Lettre d'Antoine Arnaud à J. Racine, du 2 juin 1692 : « On cherchait des recommandations pour lui {un échevin de Liège) auprès de M. le maréchal de Luxembourg. Mais j'ai assuré qu'il n'y en avait point de meilleure que la vôtre. »

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