Lettre à Mademoiselle Rivière du 10 janvier
XMII NOTICE SUR JEAN RACLNE
ments de ses fils, les invite à l'économie *» et élève sans cesse vers Dieu la pensée des siens. Il écrit à son fils Jean-Baptiste, ,1e 5 octobre 1692 : « Je les exhorte [los sœuy^s) à bien servjr-Bieu, et vous surtout, afin que, pendant cette année de rhétorique que vous commencez, il vous soutienne et vous fasse la grâce de vous avancer de plus en plus dans sa connaissance et dans son amour. Croyez-moi, c'est là ce qu'il y a de plus solide au monde : tout le reste est bien frivole. » Il a un violent chagrin de voir son fils prendre goût au théâtre; il s'en ouvre à BoileauS, gourmande le jeune homme 3, et lui écrit enfin, le 9 juin 169S : « Je vous sais un très-bon gré des égards que vous avsz pour moi au sujet des opéras et des comédies ; mais vous voulez bien que je vous dise que ma joie serait complète, si le bon Dieu entrait un peu dans vos considérations. Je sais bien que vous ne seriez pas déshonoré devant les hommes en y allant : mais ne comptez-vous pour rien de vous déshonorer devant Dieu « La mort de la Champmeslé ne lui donne pas plus d'émotion que s'il ne l'avait jamais connue *. Il ne regarde plus qu'avec tristesse son ancienne gloire; il pense déjà ce qu'il écrira dans son testament, au sujet des scandales de sa jeunesse.
Ce n'était pas cependant sans de sourdes luttes que Racine avait rompu avec son passé, et l'auteur des Petites Lettres reparaît en 1694 et en 1695 dans de cruelles épigrarames dirigées contre le Germanicns de Pradon, contre le Sésostris de Longepierre, contre la Judith de Boyer s. Nous ne pouvons pas les regretter, car elles étaient méritées, et jamais on n'en a fait de plus fines, ni de plus piquantes.
Pendant ces années. Racine visitait souvent les Messieurs de Port- Royal, particulièrement Arnaud et Nicole, et ne cacha jamais ces relations 6 ; c'est dans leur amitié qu'il puisait l'austérité de ses senti-
1. Lettres à J.-B. Raffine du 26 janvier et du 14 avril 1698.