‹ Les plaideurs (volume 2)Chapitre 17 sur 129 · XXII NOTICE SUR JEAN RACINE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE SUR JEAN RACINE

« lui fit son dernier adieu, il se leva sur son lit, autant que pouvait lui permettre le peu de forces qu'il avait, et lui dit en l'embrassant : « Je regarde comme un bonheur pour moi de mourir avant vous. » Il avait demandé à être inhumé à Port-Royal, ma.\gs4 les scandales de sa vie passée ; l'archevêque de Paris donna sans difficulté l'autorisation, et deux épitaphes latines furent gravées sur sa tombe, l'une de M. Tronchai, l'autre de M. Dodart, qui l'avait traduite du français de Boileau. Mais quand la persécution détruisit Port-Royal, elle n'épargna pas même les tombeaux, et, le 2 décembre 1711, les restes du grand poète durent être transportés dans les caveaux de Saint- Étienne-du-Mont, en même temps que ceux de MM. de Saci et Antoine Le Maître. La pierre tombale, retrouvée en 1808, fut placée solennellement dans la chapelle de la Vierge, le 21 avril 1818, en présence d'une députation de l'Académie Française, dernier honneur accordé aux cendres du grand homme, à qui l'impiété de la persécution religieuse n'a point permis de reposer en paix dans la tombe qu'il s'était choisie.

Corneille se débattît toute sa vie contre les règles étroites que le dix-septième siècle, au nom d'Arlstote, avait imposées à la tragédie. Racine ne s'en plaignit jamais ; il se trouvait à son aise dans les trois unités ; leur cadre lui semblait commode, et il sut en tirer de nouvelles beautés*. Il excella dans la composition de ses œuvres, et, à l'inverse de Shakespeare, qui jetait les scènes un peu à Taventure, Racine attachait une telle importance au plan que, ce plan terminé, il disait : « Ma tragédie est faite ; il ne me reste plus que les vers à écrire. «

De même qu'il pliait les événements à sa guise, pour les faire entrer dans le cadre qu'il leur imposait, le poète devait aussi choisir et grouper les caractères de façon qu'ils ne dérangeassent pas l'économie harmonieuse de son plan. Voilà pourquoi un seul personnage sera presque toujours le foyer du drame ; les autres acteurs seront plus ou moins en lumière, selon qu'ils seront plus ou moins rapprochés de ce foyer central. Cet effacement, des personnages secondaires de la tragédie est raisonné et voulu, et nous ne sommes pas de l'avis d'un de nos anciens maîtres de conférences, M. Paul Albert, qui, dans son étude originale et piquante sur Racine, a vu là l'influence de Louis XIV et une question d'étiquette. Chacun de ses protagonistes représente une passion ou une vertu, et les autres

1. Voir pour toute cette dernière partie les quatre articles publiés en 1858 p»r M. Taine dans le Jcvmal des Débats.

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