XXIV NOTICE SUR JEAN RACINE
d'Euripide ; Achille avec son chapeau à plumes ne pouvait pas rester un soldat grossier. Il fallait qu'ils prissent l'élégance de tenue et de langage sans laquelle ils n'auraient su plaire à une cour où l'on soumettait tout à rétiquette. jusqu'aux arbres. Les ^«Ourtisans assistaient aux scènes les plus intimes de la vie de^ouis XIV, dont la journée était une perpétuelle parade ; il devait à ces regards toujours attachés sur lui une dignité extraordinaire, dont il ne se départit jamais. Cette dignité, tous les héros de Racine la conservent, même dans les circonstances les plus tragiques ; et, à la représenUtion, la mélopée monotone des acteurs du dix-septième siècle devait ajouter encore à cette majesté un peu guindée, à laquelle les confidents eux-mêmes n'échappent pas, malgré le tutoiement protecteur dont les princes les avilissent. Le temps est déjà loin où, en composant son Pûlyeucte, Corneille essayait de personnifier dans la confidente Stratonice la violence souvent injuste et stupide de la populace. Tous les confidents de Racine ^ n'ont ni caractère, ni sexe, ni âge : ils n'ont que des costumes. Le prince a des confidents pour parler, comme des fauteuils pour s'asseoir, et tout l'ameublement est d'un seul modèle. Les confidents ne sont là que pour éviter un trop grand nombre de monologues; ils sont de l'avis du monarque, ou, s'ils le combattent un moment, avec tout le respect possible, c'est pour le distraire en lui laissant le plaisir de croire qu'il sait persuader. C'est le type des chambellans vêtus de velours ou de soie qui apportent respectueusement les dépêches à Louis XIV, des duchesses aux lourdes robes garnies de perles et de brillants qui présentent respectueusement la chemise à Marie-Thérèse, obséquieux et dignes, méritant le mot cruel de Napoléon : ail n'y a que ces genslà qui sachent servir. « Tout le monde connaît les bienséances et les mœurs oratoires dans le théâtre de Racine, même ceux qui ne connaissent pas d'autres mœurs, comme Agrippine, Néron, Roxane, Pharnace. A un certain point de vue, M. Taine a donc raison de dire qu'il faudrait, pour qu'on pût bien comprendre le théâtre de Racine, représenter ses tragédies avec les costumes du dix-septième siècle ». Sous des noms grecs, ses personnages vivent et parlent
I. On peut jusqu'à ua certain point excepter Œnone dans Phèdre, Hydatpe dans Esther, et surtout Nabal dans Athalie. . , . -.
2 M. Taine n'est pas seul à le demander ; Théophile Gautier écrivait un jour : . Il faudrait, ce nous semble, jouer les tragédies en costumes de 1 époque a^ec des casques à panaches, des tonnelets et des perruques tn-folio. Ce serait au^.i vrai que de les représenter avec des rideaux drapes, et 1 harmonie y gagnerait. Nous nous souvenons d'avoir tu à une représentat.on au beneûce de MaTiame Dorval un octe de la Phèdre de Pradon. mis en scène de a ^orte- - U'Ppolvte avait des cothurnes ornés de feuillages, pour designer son caractère *^este et farouche, un tonnelet de salin, une petite peau tigrée sur le coin de